‹ L'Empire MexicainChapitre 80 sur 127 · PREMIERE PARTIE. 1.T · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. 1.T

continuait à la travailler; mais si, par sa faute, il la négligeait pendant deux années consécutives, le chef du capuUi en disposait en faveur d’nn autre. Personne ne pouvait aliéner la terre dhm capulli, cependant celui qui en avait défriché une partie était en droit de la louer pour un certain nombre d’années. Le conseil dn capulli se composait des anciens de la tribu sous la direction d’un président élu par eux. Le territoire d’une ville comprenait autant de capullis qu’on y trouvait de quaniers ; les capullis réunis formaient la banlieue. Chaque banlieue renfermait un fonds réservé, cultivé en commun par les habitants de la localité, et dont le produit sei vait à l’entretien des troupes en temps de guerre.

Les impôts se payaient en nature après la moisson et les récoltes; on les conservait dans de vastes greniers construits en bambous, bien aérés et d’où on les tirait à mesure qu’on en avait besoin.

Les TlalmàUl, qui vivaient sur les terres seigneuriales, occupaient une position inférieure à celle des membres des capullis. Les Tlalmaül ne payaient pas d’impôt direct au souverain, mais ils étaient tenps au service militaire, et à des redevances annuelles et fixes au seigneur de la terre dont ils avaient le domaine utile. Le Tlalmaïtl était vassal, mais non attaché à la glèbe ; il pouvait se faire rayer des rôles de son village et aller se fixer ailleurs.

Outre fimpôt, les sujets non nobles et les vassaux des seigneurs étaient tenus à des services ])ersonnels envers le prince et les grands feudataires. Chaque jour on répartissait, par quartiers ou par villages, l’obligation de porter feau et le bois à la maison des chefs. Toutefois il n’y avait guère que les sujets du voisinage qui fussent obligés à ce service, et cela n’atteignait l’individu qu’une ou deux fois par an. Les corvées se faisaient généralement par les esclaves; ceux-ci formaient trois catégories, à savoir : les prisonniers de cjuerre non offerts aux dieux, les malfaiteurs dont les

crimes n’entraînaient pas la peine de mort, et les achetés qui se vendaient eux-mêmes en présence de quatre témoins. Les esclaves de l’Analuiac jouissaient d’un sort assez doux, ils pouvaient posséder, acheter, se marier. Leurs enfants étaient libres. D’après la loi du pays, nul ne naissait esclave.

Certaines villes, chargées spécialement de l’approvisionnement des demeures royales, ne payaient aucun autre impôt. Elles livraient les étoffes, les nattes, les objets de luxe, les vêtements, les ustensiles, la poterie, l’encens, le gibier, le poisson, le bois, le charbon nécessaires au service du prince, et elles lui fournissaient en outre ses jardiniers, ses bûcherons, ses porteurs d’eau, ses hommes de peine. La quantité de vivres et de provisions de toute nature que fournissaient ces villes était considérable. Torquemada en donne le détail, copié sur des livres de comptes écrits en caractères hiéroglyphiques et qui existaient de son temps. Il fait observer, à ce propos, que tous les employés, les seigneurs de la cour, les membres des conseils, les juges, etc., vivaient au palais.

Les marchands, les artistes, les artisans, acquittaient leurs impôts en objets de leur industrie ou en articles de leur commerce, et le roi prélevait un droit sur tout ce qui paraissait aux mai’cbés.

Enfin toutes les provinces conquises étaient tributaires de la couronne et lui devaient une ipiantité déterminée d’animaux, de fruits, de minéraux et de produits de leurs terres et de leur industrie. Des peintures conservées au trésor royal indiquaient les lieux tributaires et le montant des tributs L

Les impôts, les présents offerts à la couronne par les

* Les tributs consistaient en plumes, étoffes, peaux de jaguars, cacao, vaisselle d’or, poterie, cochenille, manioc, maïs, poudre d’or, colliers, bracelets, émeraudes et autres pierreries, boucliers d’or et d’argent, boucles d’oreilles, turquoises, ambre, cristal, cuivre, copal, gomme élastique, liqueurs diverses, miel, ocre jaune, petits joncs pour faire des dards, nattes, bois, joncs, pierres et chaux pour bâtir, feuilles de papier d’agave , aigles vivants, oiseaux et quadrupèdes pour les ménageries et la table royale.

gouverneurs des provinces et les grands feudataires , et les dépouilles des vaincus formèrent peu à peu ces immenses trésors que les Espagnols trouvèrent dans les palais des souverains du nouveau monde au moment de la conquête.

Les appointements des fonctionnaires de l’Élat, depuis les plus élevés jusqu’à ceux du rang le plus infime, se payaient en nature. Les employés du conseil des finances n’en avaient pas de fixes. Les rois se contentaient de leur donner libéralement de quoi vivre, et de leur faire tous les quatre-vingts jours des distributions d’or, de pierreries, de plumes, d’étoffes, de cacao, de maïs, proportionnées à leur mérite. Les percepteurs qui faisaient payer plus qu’il ne leur était dû encouraient la peine de mort. Il était interdit sous la même peine aux membres du conseil de recevoir des présents ou de favoriser une partie de leurs administrés aux dépens des autres.

Le ministre de finstruction publique, ou des académies, était babituellement un prince du sang. Un conseil composé de poètes, de musiciens, d’historiens et de savants l’assistait. Le conseil, divisé en classes distinctes, tenait ses séances dans des bâtiments spéciaux où Ton conservait les archives et les cartes géographiques. Ces cartes, habilement peintes sur toile, indiquaient avec beaucoup d’exactitude la situation des villes, des chemins, des cours d’eau et la direction des montagnes L La surveillance de l’enseignement, des écoles et des collèges rentrait dans les attributions du conseil académique.

Les importantes fonctions de ministre de la guerre étaient également dévolues à un prince du sang, ou au moins à fun des principaux seigneurs du royaume. Son conseil se com- •l)Osait des plus illustres guerriers du paysL La surveillance

‘ Les conquérants espagnols ont fait un éloge pompeux des cartes américaines.

^ Dans le royaume de Tezcuco, six vaillants guerriers, dont trois de race noble et trois plébéiens , et quinze officiers originaires des quinze villes

des arsenaux, hninenscs dépôts d’armes conservées dans des bàlimenls dépendants des demeures royales ou des principaux sanctuaires, entrait dans ses attributions.

La plupart des guerres entreprises par les souverains de l’Anabuac, ai)rès le rétablissement de l’empire, eurent pour motif ou pour prétexte les obstacles opposés aux relations commerciales de leurs sujets, le relus de payer des tributs convenus, ou des actes de rébellion.

Avant de commencer une guerre, les trois rois se réunissaient pour délibérer sur la marche à suivre. Après s’étre entendus, ils chargeaient des ambassadeurs d’aller réclamer le redressement des griefs dont on se plaignait. Ces envoyés, dont la personne était sacrée et inviolable, se faisaient reconnaître à leurs insignes. Ils ])ortaient des vêtements verts garnis de franges, des chaperons à plumes, et tenaient dans la main droite des llècbes renversées.

Arrivés dans le pays qu’on voulait châtier, ils réunissaient les vieillards des deux sexes et, de la part des trois rois, cherchaient à les amener à leur avis. Puis, par eux, ils exhortaient le seigneur du lieu à se mettre sous la protection de l’empire, et à ne plus se laisser aveugler par l’orgueil. Ils accordaient vingt jours polir solliciter le pardon des offenses commises, et en tinissant ils déposaient à tciTc une certaine (piantité d’armes ])our prouver (pi’ils ne voulaient ]>as prendre l’ennemi au dé})Ourvu. Les ambassadeurs attendaient pendant le délai lixé la réponse des vieillards. Si ceux-ci parvenaient à apaiser leur chef, on lui paidonnait, et on le recevait comme allié, en lui faisant jurer de ne jamais se révolter, de laisser les sujets d(' l’empire libres d’entrer, de sortir, de vendre et d’acheter dans ses Eitats, et enfin de payer une redevance modérée en or, pierreries, plumes et étoffes. Lorsipi’au contraire la réponse

principales, formaient le conseil de s^erre. I.e roi Net/almalcoyotl , plus libéral <iue ses collègues, avait accordé aux plébéiens une large part dans l’administration.

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