‹ L'Empire MexicainChapitre 85 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

curait une boisson saine et très-agréable qui leur tenait lieu de vin; ils tiraient de ses feuilles un fil excellent et un bon papier. Le sucre du inaguy était un remède très-actif pour la guérison des blessures, et ses épines servaient d’épingles et de clous.

L’horticulture et le jardinag-e avaient atteint un degré de perfection extraordinaire parmi les peuples dont nous nous occupons. Les récits des conquérants espagnols, tout em- [ireints d’admiration, donnent à cet égardfles témoignages les plus formels; ils célèbrent les jardins et les vergers des princes et des seigneurs du nouveau inonde; ils décrivent leurs larges et ombreuses allées, aussi agréables à la vue qu’eà l’odorat, la magnifique culture et la variété de leurs arbres fruitiers ‘ et résineux, leurs incomparables bosquets, les longues plates-bandes, où l’on trouvait réunis tantôt les magnificences de la flore américaine, tantôt les végétaux (pii servent à la nourriture de l’homme^; les canaux multipliés de ces vastes jardins, leurs immenses viviers, aux((iiels on descendait par des degrés de marbre et que peuplaient des centaines d’oiseaux aquatiques au plumage varié; leurs volières, semblables cà des écrins vivants, et où les plus gracieux produits de la création étalaient des plumes qui avaient l’éclat du rubis et de rémeraiidc, du saphir et de la topaze; enfin ils font l’éloge de leurs nombreuses collections de plantes médicinales, et de l’iiabileté avec laquelle ou savait appliquer leurs vertus aux diverses maladies du corps humain.

En effet, de longues observations et des expériences multipliées avaient fait acquérir aux médecins de l’Aiiahuac des

' Le cerisier, le noyer, le pommier et le mûrier étaient au nombre des arbres fruitiers de l’Anahuac; on y connaissait egalement la groseille et la fraise.

2 On trou\ait dans l’Anahuac lacacomite , la pistache de terre , la pomme d’amour, l’oignon, l’ail, le porreau, le cresson, le cardon, l’oseille, la bourrache. — Les navets, les choux et les pois y étaient inconnus.

connaissances étendues sur les vertus curatives des simples. Ils formaient un corps très-respecté , et étaient habiles également pour la prompte guérison des fractures et des blessures.

N’ouidions pas de faire mention une fois encore, à l’occasion de l’horticulture mexicaine, de ces charmants jardins flottants, ou chinampas, dont nous avons parlé précédemment, et que les Aztèques, pourchassés et obligés de se réfugier dans les marais du grand lac de l’Anabuac, construisirent pour pourvoir aux premières nécessités de la vie. Parvenus au faîte de la puissance, ils perfectionnèrent leur œuvre, et consiruisirent de très-grands radeaux qu’ils couvrirent de terreau noir imprégné de muriale de soude. Toutes les plantes, tous les légumes, toutes les plus belles Heurs du pays, croissaient avec profusion sur ces îles délicieuses, dont les habitants passaient sans peine d’un lieu à l’autre avec leurs demeures et leurs jardins. Les Espagnols les ont admirés aux jours de la conquête, et aujourd’hui encore, l’étranger qui visite ces pai'ages est ravi de la l)eauté des chinampas.

Les nations civilisées de l’Amérique centrale s’adonnaient en général au commerce; mais le négoce passa piesque exclusivement aux mains des peuples de l’Anabuac, api’ès la dernière reconstitution de l’empire. Les trois rois le protégèrent d’une manière toute particulière.

Une immense corporation des marchands des trois royaumes se forma dans la ville mexicaine de Tlatilolco; celle grande compagnie obtint le privilège exclusif de trati(jucr en dehors de la vallée de l’Anabuac et de fournir ses habitants de produits étrangers. Elle y porta la ])remière les richesses du midi; elle pénétra peu à peu dans les j)rovinces alors encore inconnues de Tehuantepec, de Soconusco, de Guatemala, peut-être même dans les régions éloignées qui s’étendent au delà de l’isthme de Panama; et en rendant compte aux rois des forces, des productions et de l’organisa-

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