PREMIÈRE PARTIE
les hommes seuls y figuraient, en d’autres occasions les femmes s’y mêlaient. Les nobles qui dansaient se revêtaient de leurs plus riches habits, et tenaient à la main de gros bouquets ou des éventails; les plébéiens portaient de fantastiques costumes et des coiffures représentant des têtes de divers animaux. Lorsque le l)allet se dansait en ronde, la musique, placée au milieu, commençait d’un tou lent et grave; insensiblement elle s’animait, la danse suivait ce mouvement, ceux qui y étaient engagés entonnaient de gaies chansons, observant tous la même mesure, levant ou baissant la tête, le corps et les bras avec grâce et ensemble. Des écbansons circulaient de temps en temps dans les rangs des danseurs, pour leur offrir des boissons rafraîchissantes^ du chocolat ou des pâtisseries. Le j)lus solennel ballet se célébrait dans la cour du temple de Huitzilopocblli; nous en avons parlé en faisant la description de cet édifice. Les prêtres, les princes et les grands y figuraient; souvent plus de deux mille personnes se mettaient en mouvement à la fois à cette occasion.
On connaissait également dans l’Amérique centrale les représentations dramatiques, mais elles ne consistaient guère qu’en farces et en pasquinades de mauvais goùl. Les théâtres se composaient d’une scène plus ou moins élevée, couverle d’une tente de feuillage, ornée de mâts et de banderoles; le public se tenait en plein air, et le spectacle avait lieu d’habitude aj)rès le repas de midi. Les acteurs, le visage couvert de masques sculptés en bois, figuraient presque toujours, dans une première pièce, des aveugles, des sourds, des estropiés et des malades se rendant aux temples j)Our y implorer leur guérison. Les coq-à-l’âne par lesquels tous ces infirmes répondaient aux questions qu’on leur adressait, leurs turlupinades et les coups qu’ils se donnaient, fournissaient le sel du drame. Dans une seconde pièce, les acteurs, déguisés en animaux de différentes sortes, s’expliquaient dans des dialogues vifs, souvent spirituels, et
qui excitaient d’universels éclats de rire, sur la nature et les instincts des bêtes qu’ils représentaient. Ensuite les élèves des temples, ayant des ailes d’oiseaux, de papillons ou de* scarabées fixées aux épaules, allaient se percber sur des arbres disposés à cet effet; les prêtres leur lançaient des boulettes de terre au moyen de longues sarbacanes et leur adressaient une foule de quolibets. Une danse dans laquelle reparaissaient les acteurs des trois pièces terminait la fête.
Ces peuples n’étaient pas moins passionnés pour le jeu du ballon ou diWac/i///, Chaque ville de quelque importance possédait un local disposé à cet effet et qui avait de l’analogie avec nos anciens jeux de paume. Les règles du tachtU étaient assez compliquées ; les joueurs sc dépouillaient de leurs vêtements, sauf un léger caleçon ; on ne recevait et ne lançait le ballon qu’avec le coude, l’épaule ou le derrière; la grande adresse consistait à le faire passer au travers d’un anneau fixé au mur. Les rois engageaient parfois des villes entières dans une partie de ballon.
On connaissait également dans l’Anabuac, avant la conquête, divers jeux de calcul ou de hasard, tels que les osselets, les dés et une sorte de trictrac appelé patoli; certains joueurs y engageaient leur liberté, a})rès avoir perdu leur fortune.
Les haliitants de f Amérique centrale, les Aztèipies en particulier, aimaient beaucoup aussi les bons mots, les énigmes, les jeux d’esjirit, et ils avaient le goût de la conversation. Ils estimaient beaucoup l’art oratoire; les images, les comparaisons leur ])laisaient ; ils s’exprimaient avec noblesse, se distinguaient par la solidité des arguments, j)ar la profondeur des raisonnements et par l’élégance des tournures de phrases. Ils brillaient surtout dans les discours d’apparat, lorsqu’ils parlaient aux princes à leur avènement, ou en qualité d’ambassadeurs. Dès l’enfance, on leur faisait apprendre par cœur des morceaux d’éloquence, afin de leur rendre familières les formes du beau langage. Ils avaient le