PREMIÈRE PARTIE
goût de la poésie, et en saisissaient vivement les finesses et les beautés. Aux fêtes principales de l’année, ils chantaient des hymnes et des ballades héroïques dont les contemporains espagnols vantent la versification harmonieuse et cadencée.
La langue que l’on parlait principalement dans fAnahuac était le nahuail, l’ancien toltèque *, qui est encore trèsrépandu dans la Nouvelle-Espagne, Ce langage ne manque pas de sonorité, il est très-riche, capable d’exprimer les idées les plus abstraites, et se prête à la poésie et à féloquence. Les aspirations en sont douces, et il se distingue surtout par les nombreuses transformations qu’il peut faire subir aux mots, par l’abondance des augmentatifs et des diminutifs, par la facilité avec laquelle il se plie au style de la conversation et aux formules de l’étiquette. Il est bizarre que cette langue si abondante manque entièrement des lettres b, d, f, g, r et s; les sons, au contraire, qui se rendent par les consonnes 1, t, tl, x, tz et z, y sont multipliés presque à l’infini.
On comprend, d’après tout ce qui a été exposé dans ce chapitre et dans ceux qui le précèdent, qu’antérieurernent à la. conquête on trouvait dans fAnahuac des institutions, un gouvernement, des monuments, un développement industriel et commercial constituant une civilisation avancée sous de certains rapports, bien qu’il faille peut-être retrancher quelque chose des éloges pompeux et des comparaisons brillantes qui abondent dans les récits des pi’emiers compagnons de Cortès. Mais nous ne saurions trop le redire, les rites d’une religion qui répandait des torrents de sang humain et f anthropophagie imprimaient à cette civilisation le plus hideux, le plus dégoûtant stigmate.
* Outre le nahuatl, ou parlait dans l’Amérique centrale plus de vingt langues diverses. Cette multitude de langages qui différaient essentiellement entre eux indique une grande variété de races.