PREMIERE PARTIE
pressentiments. Il disait â ses amis que les anciennes prophéties étaient au moment de s’accomplir, (iiie la ruine de l’empire approchait, et que hientôt on verrait arriver les étrangers barbus chargés de le détruire.
Estimant qu’il n’y avait aucun remède au mal et désirant passer dans le repos le peu de temps qui lui restait à régner, il ordonna aux commandants de ses armées d’interrompre la guerre sacrée qu’on entretenait toujours avec Iluexolzinco, Tlaxcallan et Atlixco, afin de maintenir les guerriers en haleine et d’avoir des victimes pour les sacrifices; en même temps il fit savoir aux corps chargés de la garde des frontières qu’à l’avenir ils devaient se contenter de les protéger, sans faire d’incursions dans les pays ennemis.
Rientüt le public partagea les craintes du roi. Divers phénomènes contribuèrent à les augmenter. Une éclipse de soleil fut considérée comme l’annonce de prochains malheurs; pendant plusieurs mois il y eut un épouvantable déchaînement des éléments; une immense lumière de forme pyramidale d’où partaient des jets de flammes se montra du côté de l’orient en l’année 1510, enfin une ])arüe assez considérable du temple de Huitzilopochtli, à Mexico, fut dévorée par un incendie.
De l’Aiiahuac, les sinistres prophéties pénétrèrent dans les' pays voisins. En quelques lieux elles excitèrent la terreur, mais en d’autres endroits elles firent naître des sentiments très-différents. Les nombreux partisans de Quetzalcohuatl considéraient l’arrivée des étrangers barbus comme l’accomplissement de la dernière promesse du grand roi. Beaucoup de peuples, de petits États, de villes, tous ceux, en un mot, (|ui étaient fatigués du despotisme mexicain et de la multii)lici!é de plus en plus effroyable des sacrifices humains, attachaient une idée mystérieuse de délivrance à l’apparition de ceux qui devaient venir, et étaient déjà disposés à se joindre à eux pour secouer le joug.
Les historiens indigènes contemporains, en parlant des
noirs pressentiments du roi de Tezciico, ajoutent que rien ne demeurait caché à ce grand prince, versé dans toutes les sciences occultes. Toutefois les craintes de Netzahualpilli s’expliquent sans qu’il soit besoin de recourir au surnaturel : Colomb avait découvert les Antilles en 1492, dix ans i)lus tard il débarquait sur la terre ferme, et la première colonie espagnole de l’Amérique septentrionale date de 1503.
Il est très-probable que les caravanes de l’Anabiiac eurent connaissance de cet établissement, trop important pour n’avoir pas frappé les indigènes, et qu’à leur retour elles en rendirent compte à Netzabualpilli. La concordance de ces nouvelles avec les anciennes prophéties attribuées à Quetzalcobuatl et avec quelques phénomènes , grossis peutêtre par la peur, explique le découragement du roi.
Quoi qu’il en soit, Netzabualpilli, oubliant ses rancunes, se rendit à Mexico pour avoir une entrevue avec Montézuma.
Il lui annonça que les futurs maîtres de leur empire ne tarderaient pas à venir du côté de l’orient ; il l’engagea à les bien recevoir et à ne pas les irriter. Puis, afin de lui prouver qu’il ne se faisait aucune illusion, il lui proposa de jouer au tachtli, en trois points, son royaume de Tezcuco contre trois coqs sauvages dont il ne prendrait que les ergots. Montézuma accepta avec transport : il gagna d’abord doux points, et déjà il se croyait souverain des Acolbuas. Mais alors son collègue, lieaucoup plus fort joueur que lui, et qui les avait perdus à dessein, lui dit : « Seigneur, vous > n’ôtes pas encore maître de l’empire, et vous saurez tout à riieure que les choses de ce monde sont chanceuses et périssables, car vous allez perdre la iiartie au moment où vous la croyez gagnée. » En effet, en dépit de ses efforts, Montézuma ne réussit pas à emporter le jioint ([ui lui manquait. Son adversaire en marqua trois de suite et retourna tranquillement à Tezcuco.
Le roi de Mexico ne voulut pas comprendre cette sage leçon. Des sentiments divers l’agitaient. Les sombres près-