PREMIÈRE PARTIE
sentiments de Netzahualpilli, le souvenir des prophéties, les signes divers du courroux céleste, lui inspiraient, à la vérité, de vagues inquiétudes; mais, d’un autre côté, l’infériorité du roi de Tlacopan,.le troisième des monarques confédérés de l’Anahuac, et l’abattement de celui de ses collègues qui seul eût pu lui disputer la toute-puissance à laquelle il aspirait dans le secret de son cœur, lui faisaient concevoir d’ambitieuses espérances. Il se disait qu’après tout les étrangers barbus pourraient bien n’être ni aussi près d’arriver, ni aussi redoutables que l’affirmait le roi de Tezcuco; et que, pour lui , il ne tarderait pas à devenir seul maître des pays qui entouraient son royaume.
Cependant le bruit de la venue prochaine des éti’angers se répandait de proche en proche; en môme temps, l’esprit de révolte se réveillait. — Des provinces et des villes vassales, fatiguées du joug, se soulevèrent et refusèrent de payer le tribut. Le désordre éclata non-seulement dans des lieux éloignés et nouvellement conquis, mais au cœur même du royaume de Tezcuco. Netzahualpilli, de plus en plus découragé, avait laissé son armée se désorganiser; beaucoup de ses sujets profitèrent de la circonstance pour chasser les percepteurs des impôts et proclamer leur indépendance. Le roi, arraché momentanément à ses sombres préoccupations, leva de nouvelles troupes et envoya demander des secours aux rois de Mexico et de Tlacopan, qui avaient été plus prudents que lui. Ils soumirent promptement les rebelles et revinrent de cette expédition avec de riches dépouilles et un grand nombre de captifs qui furent sacrifiés à Iluitzilopochtli.
Ce succès servit de prélude à des guerres nouvelles, dans lesquelles le prince mexicain Quauhtimotzin joua un grand rôle. Après une série de brillantes victoires, il soumit tous les États compris entre les deux océans, depuis les frontières des Gbichimèques indépendants et du royaume de Michoa- can, jusqu’à la dernière extrémité des terres de Iluimolaii,
d’Acalan, de Ycrapaz et de Nicaragua, qu’avaient possédées très-anciennement les Toltèques. L’empire prit ainsi une extension de plus de quatre cents lieues.
Montézuma, exailé par ces nouveaux avantages, oublia toutes ses craintes, et résolut de mettre à jamais hors d’état de lui nuire le plus puissant de ses collègues. Dans ce dessein, il envoya à Netzahualpilli un ambassadeur chargé de dire à ce prince que les dieux étaient irrités de l’interruption de la guerre sacrée, parce que depuis quatre ans on ne leur avait sacrifié aucun captif de Tlaxcalla ni des autres provinces d’où l’on tirait habituellement les victimes qui leur plaisaient le plus. L’ambassadeur devait ajouter que, pour relever riionneur du nom Chicbimèque et Acolliua, il était urgent de faire sur le territoire des Tlaxcallèques une expédition à laquelle Montézuma se réunirait avec son armée.
La ruse du roi de Mexico eut un plein succès. Netzabiudpilli répondit à l’envoyé que, malgré les grands changements qui étaient au moment de s’effectuer dans l’em[)ire, ses guerriers les plus vaillants allaient se mettre en marche pour donner, une fois encore, des preuves de leur courage dans les champs de Tlaxcalla.
Puis le roi réunit son conseil afin de tracer le plan de f expédition. Désirant éviter toute querelle avec Montézuma, qui devait se mettre en personne à la tète de scs troupes, Netzahualpilli se décida à rester à Tezcuco et à charger du commandement Acatlemacotzin et Tequanchuatzin, deux de ses fils, qui s’étaient distingués dans les guerres précédentes.
Cependant un avis secret, parti de Mexico, annonçait aux chefs de la république de Tlaxcalla que le roi dé Tezcuco allait envoyer contre eux une puissante armée, non pas pour l’exercer et pour se procurer des victimes, conformément à la coutume établie par leurs ancêtres, mais afin de ravager leur territoire et lem' capitale et de s’en emparer. Le