PREMIERE PARTIE
porteur du message disait en outre que Montézuina, indigné d’une semblable trahison, engageait les Tlaxcaltèques à prévenir leurs ennemis, et qu’il se trouverait lui-même sur les lieux pour les soutenir, si cela devenait nécessaire.
Le sénat ajouta foi à cette communication perfide et en éprouva un profond ressentiment; car Netzahualpilli, on ne l’a pas oublié, s’était engagé non-seulement à respecter le territoire des Tlaxcaltèques, mais même à venir à leur secours en cas d’attaque, en reconnaissance des services qu’ils avaient rendus à son père. Les chefs de la république remercièrent Montézuma de son avis, et préparèrent une eml)uscade dans un ravin nommé Tlalpepexic, voisin de la montagne de Quauhtepec, et où les Tezcucains avaient coutume de passer la nuit lorsqu’ils partaient pour la guerre sacrée.
Ceuv-ci étaient sans défiance; cependant, disent les annales du pays, plusieurs présages sinistres jetèrent l’effroi parmi eux après qu’ils se furent établis dans le ravin. Une quantité de vautours, oiseaux de mauvais augure, qui se nourrissent de cadavres, ne cessèrent de voler au-dessus de leurs têtes en décrivant de grands cercles; des llammes sortirent de terre , d’immenses tourbillons de poussière obscurcirent fair. Quatre des plus vaillants capitaines de l’armée eurent durant la nuit des songes identiquement semblables. Ils rêvèrent tous quatre que, revenus aux jours de leur enfance, ils couraient en pleurant se réfugier dans les bras de leurs mères. Tout cela donna beaucoup à penser aux chefs et aux soldats, ajoute le chroniqueur indigène, et leur fit comprendre qu’un malheur les menaçait. Ils passèrent donc la plus grande partie de la nuit à veiller ensemble. Dès le jioint du jour ils prirent à la bâte quelque nourriture, craignant de n’en pas avoir le temps clans la journée. Tandis qu’ils mangeaient, une cigale colossale vint toml>er au milieu des officiers et se briser en deux morceaux. Effrayés de ce nouveau présage, les capitaines ordon-
nèrent aux soldats de s’armer à la liàte et de sortir du ravin; mais au moment où ceux-ci se mettaient sur pied pour obéir à cette injonction, les Tlaxcaltèques, qui les observaient, fondirent sur eux sans leur donner le temps de se mettre en bataille, et les massacrèrent presque tous. Les chefs succombèrent après des prodiges de valeur, un seul d’entre eux réussit à s’échapper et porta à Tezcuco la nouvelle du désastre. Les deux fds du roi furent entraînés couverts de blessures à un temple voisin du champ du carnage, et sacrifiés aux idoles. Le sang des morts et des blessés coulait dans le ravin comme une rivière, et Montézuma, posté avec son armée sur les flancs d’une montagne voisine, assistait sans bouger à ce tei’rible spectacle et se réjouissait de voir moissonner la fleur de la jeunesse de Tezcuco.
Le roi de Mexico, ayant réussi de la sorte, jeta complètement le masque.^Il retourna à sa capitale et fit défendre aux villes et aux villages de la province de Ghinampa de payer désormais à soncollègue le tribut qu’ils lui devaient. Et lorsque Netzabualpilli envoya à Tenocbtitlan des ambassadeurs chargés de sommer Montézuma de rester fidèle aux traités, ce dernier leur répondit avec hauteur que bientôt il serait seul maître et seigneur de l’empire, que les deux autres royautés de l’Anabuac allaient s’éclipser, et qu’il engageait le roi de Tezcuco à ne plus le fatiguer de rejirésentations inutiles.
Cet insolent discours affecta d’autant plus douloureusement Nctzahiialpilli que, privé de ses plus braves guerriers, il ne pouvait songer à en tirer vengeance. Il confia le gouvernement du royaume à deux de ses parents dignes de sa confiance, se retira, avec la reine et ([uebiues serviteurs dévoués, au jialais d’été de Tetzcotzinco, et y passa six mois, loin des affaires, occupé à chasser et à observer le cours des astres. Il mourut peu de jours après être revenu dans sa capitale, en l’année 1.515, âgé de cinquante-deux ans. Il en avait régné (juarante-quatre.