‹ L'Empire MexicainChapitre 98 sur 127 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

On chercha d’abord à cacher la mort du roi, mais ses enfants et ses parents en furent promptement informés et se réunirent pour la célébration de ses funérailles. Les grands du royaume et les ambassadeurs des deux autres rois assistèrent à la cérémonie. On brûla avec le corps une trèsgrande quantité de bijoux, de panaches et de magnifiques ouvrages en plumes; on sacrifia en fbonneur du défunt cent esclaves mâles et cinq femmes; furne d’or renfermant ses cendres fut déposée dans le temple de Huitzilopochtli à Tezcuco.

Netzabualpilli n’avait pas désigné son successeur. Tetlabiiebuequitiltzin , l’aîné de ses fils légitimes, passant pour timide et faible d’esprit, fut déclaré incapable de porter la couronne, et quekpies-uns des grands du royaume s’opposaient à ce. qu’on lui substituât l’un des deux autres jirinces légitimes, Coanacocli ou Ixtlilxochitl , parce qu’ils étaient tous deux de la première jeunesse. Montézuina profita adroitement de ces discussions; il envoya à Tezcuco un ambassadeur pour solliciter les voix des électeurs en faveur du prince Gacama, fils de Netzabualpilli et de la sœur aînée du roi de Mexico-Tenocbtitlan. Ce jeune homme s’était déjà distingué, dans les guerres précédentes, par sa valeur et ses talents; mais sa naissance semblait f exclure du trône, il était l)âtard; la princesse mexicaine avait été au nond)rc des femmes de Netzabualpilli, sans jamais porter les titres de reine et d’épouse légitime. Gacama * était très-dévoué à son oncle Montézunia, et ce dernier comprenait qu’en plaçant une de ses ci’éatures sur le trône de Tezcuco, il en deviendrait en réalité le maître. La proposition du roi de Mexico souleva d’abord une formidable opposition; après une discussion très-orageuse, les grands du royaume se décidèrent à réunir dans une salle les trois princes, Gacama, Goanacocli et Ixtlilxocbitl , et à leur an-

‘ Cacama signifie petit épi croissant à côté de V épi principal. Ce nom convenait parfaitement à un bâtard.

noncer que Montéziima voulait qu’on proclamât roi Cacama, et qu’il n’y avait pas moyen de se sousiraire à ses exigences. Goanacoch, auquel le trône revenait de droit à défaut de l’aîné des princes légitimes, n’éleva aucune objection et déclara que cette élection lui semblait sage et convenable en tous points.

Ixtlilxocbitl , au contraire, éclata. Ce jeune prince, âgé de seize ans à peine, élait passionné, fier et très-bouillant. Au moment de sa naissance les astrologues avaient annoncé à son père qu’un jour cet enfant serait l’ami d’une nation étrangère et l’ennemi des siens et de son propre sang; ipi’il vengerait les captifs qu’on immolait en l’bonneur des dieux et détruirait la religion et les rites du pays. Dès sa plus tendre enfance, Ixtlilxocbitl avait montré ce qu’il deviendrait. A l’àge de trois ans, il avait tué sa nourrice en la précipitant dans un puits, parce qu’elle se faisait courtiser par un des nobles du palais. Agé de sept ans, il avait réuni un bataillon de jeunes garçons, à la tête duquel il troublait fréquemment la tranquillité des quartiers voisins de la demeure royale. Deux des seigneurs de la cour ayant engagé le roi à faire mourir ce petit prince si turbulent qui {lourrait compromettre dans l’avenir la tranquillité de l’empire, Ixtlilxocbitl s’était rendu chez eux à la tête de (piatre jeunes gens de sa garde, et les avait étranglés. Agé de quatorze ans, il s’était déjà tellement distingué dans les combats contre lluexotzinco, que bientôt après il avait été revêtu des insignes et du bandeau de vaillant capitaine.

Ixtlilxocbitl exéci'ait Montézuma depuis ses dernières trahisons; il haïssait les Mexicains parce (ju’ils étaient sujets de ce prince, et il haïssait Cicaina parce (|u’il était lilsd’une Mexicaine; il s’opposa avec la plus grande énergie à une élection tyrannique qui violait tous les droits, et excita un tel tumulte dans le sénat, que Gacama fut obligé de se retirer à Mexico, pour suiiplier son oncle Montézuma de lui venir en aide et de le mettre en [lossession de son royaume.

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