‹ L'Empire romain, évolution et décadenceChapitre 4 sur 21 · AUGTSTE ET LA FONDATION DE L EMPIRE · texte numérisé non relu

AUGTSTE ET LA FONDATION DE L EMPIRE

ignorons de même ce qu'elle décidait en ce qui concernait le collège des dix tribuns. Ce qui est certain c'est que, lé?ïalement ou en fait, il importe peu, la puissance tribunicienne des tribuns, en face de celle de l'empereur, ayant été réduite à zéro, et non pas seulement dans les cas oîi elle aurait voulu entrer en conflit avec cette dernière. Les empereurs, qui n'aimaient les souvenirs révolutionnaires que pour les exploiter à leur profit, surent très mauvais gré aux tribuns qui prétendirent user de leurs droits. C'est pourquoi, de toutes les anciennes magistratures, le tribunat est celle qui est tombée dans la plus complète insignifiance. La puissance tribunicienne impériale se distinguait encore de celle des tribuns par ces deux traits : elle n'était pas confinée dans la ville, mais pouvait s'exercer dans toute l'étendue de l'empire, et enfin nous avons vu qu'elle était à vie, ce qui n'empêcha pas d'ailleurs, par une de ces contradictions où se complaisait le génie retors du fondateur de la monarchie, qu'elle ne fût renouvelée tous les ans, de telle sorte que le chiffre accompagnant la mention de cette puissance dans les inscriptions officielles correspond à l'année du règne où elles ont été gravées. Etait-ce une manière de sauver la face en ayant l'air de conserver à la magistrature son caractère annuel? Ou bien y eut-il là une tentative pour transférer à l'empereur le privilège de l'éponymie? La proposition formelle en fut faite sous Tibère, mais elle n'eut pas de suite, et l'on ne cessa pas, à aucun moment, de compter les années par la succession des collèges consulaires.

L'imperium conféré à l'empereur était soustrait aux lois de provocatione qui, de longue date, en instituant pour les condamnés à la peine 'capitale li faculté d'en appeler au peuple, avaient mutilé Vimpenum des consuls, dans la ville et plus tard dans l'Italie, de manière à ne lui laisser toute sa force que dans les

camps et dans les provinces, à l'égard des non citoyens. Il ressuscitait maintenant sans restrictions, sans limites, tel qu'il avait existé aux temps lointains de la royauté et des premières années de !a République, assurant à l'homme qui en était investi le droit de vie et de mort, en dehors des tribunaux ordinaires. Les tribuns d'autre part avaient eu, en vertu de leur caractère sacro-saint et comme garantie de leur inviolabilité, le droit de faire mettre à mort quiconque, en portant atteinte à leur personne, s'était par là même déclaré sacer, voué aux dieux vengeurs. Ce droit, comme celui des consuls, s'était atténué dans la pratique, les tribuns ayant consenti à soumettre de leur côté leur sentence à la ratification populaire, et du reste la peine de mort avait été supprimée par le fait en matière politique, mais ce droit reparaissait lui aussi dans son énergie primitive, impliqué dans la puissance tribunicienne. Ainsi cette puissance et Vimperium convergeaient, si l'on peut s'exprimer de la sorte, pour assurer aux empereurs la juridiction criminelle sans contrôle, une juridiction dont les meilleurs n'ont fait qu'un usage modéré, se bornant à évoquer les causes devant leur tribunal suivant une procédure régulière, mais dont les autres se sont servis trop souvent arbitrairement, comme d'une arme malfaisante et terrible.

En renonçant au consulat perpétuel Auguste avait espéré alléger son fardeau en se désintéressant de Rome et de l'Italie. Sans doute il ne s'en désintéressait pas complètement. Il veillait de haut. Il s'était réservé le droit d'intervenir, soit militairement en vertu de son impcrkun proconsulaire, soit en vertu de sa puissance tribunicienne, pour prendre l'initiative législative ou s'opposer à toute mesure qu'il aurait jugée nuisible. Mais ni Vimperium proconsulaire ni la puissance tribunicienne ne lui attribuaient le gouvernement direct, laissé au Sénat, aux consuls, aux magis-

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trats dont c'était l'office depuis des siècles. Il n'allait pas tarder à s'apercevoir qu'il ne dépendait plus de lui de limiter ses devoirs et ses droits. Il était l'homme nécessaire vers lequel tout le monde se tournait sitôt que les affaires allaient mal, et elles allaient mal sitôt qu'il cessait de s'en occuper. L'incapacité du gouvernement sénatorial, attestée par l'histoire des dernières années de la République, était notoire. Elle tenait, et à l'insuffisance de la machine administrative, restée la même qu'autrefois, malgré la multiplication et la complexité croissante des besoins, et au mauvais esprit d'une aristocratie confinée dans sa routine, indolente et égoïste et, dans sa ruine, s'abandonnant elle-même. Aussi n'était-ce pas sans inquiétude qu'on avait vu Auguste déposer le consulat. L'appréhension parut justifiée dès l'année suivante, en 22, quand reparurent la disette, la peste, les inondations, tous les fléaux qui régulièrement désolaient la ville et dont on rendait responsables, non sans quelque raison, le Sénat et ses agents. Une émeute éclata. Le Sénat, assiégé dans la curie, fut invité à proclamer Auguste dictateur à vie, mais Auguste refusa avec une extrême énergie. Il restait fidèle obstinément à sa politique : ni royauté, ni dictature ; rien qui pût choquer, dans les mots, les sentiments des conservateurs. Cependant il voulut bien se charger du service de l'annone. Ce fut le premier des empiétements successifs de la compétence impériale sur le domaine administratif du Sénat. On doit reconnaître qu'il s'y résigna à contre-cœur. En même temps il y eut des troubles d'une autre nature sur lesquels nous sommes mal renseignés. Le procès intenté au gouvçrneur de la Macédoine, un certain Primus, pour avoir fait une guerre sans autorisation, mit aux prises les partis ou les coteries. L'agitation fut assez vive pour aboutir à un complot qui amena des condamnations capitales. Quand il fut rassuré ou crut pouvoir l'être sur l'état

des choses à Rome, vers le milieu de cette année 22, il partit pour son inspection dans les provinces grécoorientales. Il était à peine rendu en Sicile qu'une députation arriva qui le suppliait de rentrer. La compétition entre les deu?^ candidats au consulat pour l'an 21 .avait amené des scènes dont le retour avait paru conjuré à jamais. Le sang avait coulé. Il ne voulut pas interrompre son voyage, mais ayant constaté l'impuissance du pouvoir consulaire, il décida d'avoir à Rome un représentant personnel. Il revenait ainsi au parti qu'il avait pris en 25, lorsqu'il avait nommé préfet de la ville Valerius Messala. ce qui d'ailleurs lui avait mal réussi. Cette fois son choix fut plus heureux. Il se porta sur le plus énergique de ses collaborateurs, et le plus intime de ses confidents, sur Agrippa. Agrippa n'eut pourtant pas le titre de préfet, dont il pouvait se passer, en tant qu'associé depuis 23 à Vimperium proconsulaire. Tanl qu'il fut là, l'ordre régna, mais en l'an 19 il fut appelé en Gaule, et tout de suite les désordres recommencèrent. Ce fut encore à propos des élections consulaires qui décidément redevenaient, comme par le passé, un champ de bataille. Nous retrouvons ici ce même Egnalius Rufus dont les menées avaient déjà suscité l'agitation démocratique de l'an 25. 11 était préteur, et prétendait se présenter au consulat sans attendre l'intervalle réglementaire, contrairement aux prescriptions du cursus honoruiii, rétablies récemment dans toute leur rigueur. Pour l'écarter, on n'imagina rien de mieux que d'offrir encore une fois le consulat à Auguste qui refusa encore. La conséquence fut qu'un seul candidat fut élu, chargé de s'opposer à la candidature illégale d'Egnatius. Cela dura près de six mois pendant lesquels l'émeute reprit possession de la rue. Heureusement Auguste était sur le chemin du retour. Il rentra à Rome le 12 octobre, rapportant les drapeaux de Crassus restitués par les Parthes.

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L'enthousiasme fut très vif, et sa situation s'en trouva plus forte que jamais. Il nomma ou plutôt fît nommer, son autorité pour cela était suffisante, le deuxième consul, Lucretius Vespillo, un ancien proscrit, rallié comme tant d'autres, mais resté une des notabilités du parti conservateur. Nouveau témoignage de ses efforts pour complaire à ce parti et rechercher ses suffrages. Quant à Egnatius, qui s'était mis à la tète d'un complot, il fut condamné à mort.

En janvier 18, la période décennale ouverte en 27 arrivait à son terme. La confirmation de ses pouvoirs fournit à Auguste une occasion favorable pour procéder à la nouvelle réforme constitutionnelle motivée par les derniers événements.

Il pouvait, en vertu de son imperium proconsulaire, faire intervenir la troupe. Il pouvait, en vertu de sa puissance tribunicienne, prendre l'initiative législative et suspendre l'action des pouvoirs publics. Il pouvait, en vertu de cette puissance et de cet imperium exercer la juridiction criminelle. Mais il ne pouvait pas administrer, présider aux élections des magistrats non plébéiens, des consuls, des préteurs, publier des édits ayant force de loi. Il ne revint pas au système du consulat permanent, mais, de même qu'il s'était fait conférer la puissance tribunicienne qui le plaçait au-dessus des tribuns tout en l'investissant de leurs attributions, de même il se fit conférer, pour la vie également, le pouvoir consulaire qui l'investissait à un degré supérieur des attributions des consuls. Il fut comme un consul en puissance qui laissait aller les choses quand elles suivaient leur cours normal, mais qui pouvait passer à l'acte quand il le jugeait nécessaire. Et enfin le droit de rendre des édits, le jus edicendi, fut élargi dans des proportions qui, cette fois, aboutissaient à la monarchie absolue, armée de pouvoirs discrétionnaires illimités. L'édit du magistrat était restreint à la sphère de ses attributions et

ne demeurait obligatoire que durant sa magistrature. Non seulement l'édit de l'empereur avait un caractère viager comme son pouvoir, mais il avait une portée universelle. Un sénatus-consulte ratifié par le peuple spécifia qu'il serait autorisé « à accomplir tous les actes qu'il estimerait utiles à la république, dignes de la majesté des choses divines et humaines, publiques et privées ». De là est sortie la^ constitution impériale, c'est-à-dire l'ordonnance rendue par l'empereur, en dehors de toute consultation du peuple ou du Sénat et devenue une des sources du droit, à l'égal des sénatus-consultes, des lois et des plébiscites.

La formule reproduite ci-dessus est empruntée à un fragment d'inscription relatant quelques-unes des dispositions du sénatus-consulte ou, plus exactement, de la loi consécutive au sénatus-consulte qui conféra l'empire à Vespasien. Los articles se réfèrent, lorsqu'il y a lieu, aux précédents sur lesquels ils peuvent s'appuyer. C'est ainsi que notre formule est suivie des mots : « comme il a été permis à Auguste, à Tibère, à Claude ». Les noms omis sont ceux des empereurs dont la mémoire a été condamnée et dont les actes ont été abolis. De ce texte malheureusement incomplet, énigmatique à beaucoup d'égards et qui a suggéré' des interprétations diverses et contradictoires, on peut dégager toutefois certaines observations importantes.

Les éléments constitutifs, les supports de la souveraineté impériale sont Vimpcriu m proconsulaire et la puissance tribunicienne, tous deux mentionnés dans la titulature officielle, la puissance tribunicienne expressément, ï'imperium proconsulaire, moins nettement, pour sauver les apparences et ménager les susceptibilités du Sénat, mais néanmoins très clairement impliqué dans le prénom iinperator. Ils sont d'ailleurs conférés successivement, \'impe7'iuin par le Sénat, en même temps et par le fait qu'il conférait

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l'empire, et cela était conforme à l'ancien droit, puisque c'était le Sénat qui, de tout temps, avait décidé de la répartition des commandements militaires, la puissance tribunicienne par le Sénat aussi, mais sous le bénéfice de la ratification populaire, et c'est pourquoi la collation delà puissance tribunicienne suivait celle de Vimperium, car il était correct de laisser entre le vote du Sénat et celui des comices l'intervalle de trente jours, le trinxmdinum requis par la loi. Il est presque inutile d'ajouter que le vote des comices était une formalité dont on finit par se passer, et que l'intervalle entre les deux actes fut aussi arbitrairement abrégé ou prolongé, mais il subsista, et toujours la collation de Vimperium précéda celle de la puissance tribunicienne. Or l'on remarque qu'il n'est question de l'une ni de l'autre dans la pièce qui nous intéresse, ce qui, à la rigueur, peut s'expliquer par l'état de mutilation où elle nous est parvenue, mais de plus, outre qu'il n'y a pas de lien apparent entre ces deux attributs essentiels et les divers pouvoirs énumérés dans les divers articles, il eu est qui logiquement ne peuvent se déduire d'aucun des deux. Si en effet le droit de présider le Sénat est compris dans la puissance tribunicienne, si le droit de paix et de guerre peut èlre considéré comme une extension de Vimperium, s'autorisant des abus et des illégalités du dernier siècle de la République, on n'en saurait dire autant du droit reconnu à l'empereur d'intervenir dans les élections des magistrats en imposant les candidats de son choix.

Que conclure delà sinon que toute cette titulature, tout ce formulaire évoquant des souvenirs chers encore aux Ptomains, n'est qu'un vain décor, une étiquette décente pour masquer à leurs yeux la réalité de la monarchie absolue, formellement et brutalement affirmée par une loi fixant, en dehors de toutes ces déductions, les pouvoirs impériaux dans leur

ensemble et dans leur plénitude ? Cette loi par laquelle « le peuple transfère à l'empereur toute sa puissance » est mentionnée à diverses reprises par les historiens et les juristes. Ces derniers l'appellent la « loi royale », une expression qui n'a rien de romain et qui n'a pu être imaginée que sur le tard, sous l'influence byzantine, mais peu importe le nom. Ce qu'il faudrait savoir, c'est à quel moment elle a été conçue et promulguée pour la première fois. Une hypothèse assez vraisemblable en fait remonter l'origine à cette année 18 où la monarchie absolue a été définitivement organisée au profit d'Auguste. C'est à cette date qu'il faudrait reporter le premier type de ce document dont l'inscription relative à Vespasien nous fait connaître, tout au moins partiellement, un exemplaire. Nous avons signalé le droit d'intervention de l'empereur dans les élections des magistrats. Encore un droit qui a son point de départ dans les institutions ou plutôt dans les usages de l'époque républicaine. Dans cette société profondément hiérarchisée la recommandation accordée aux candidats par les hauts personnages était d'un très grand poids aux yeux des électeurs. Sous l'empire la recommandation, la commeudatio par l'empereur acquit une force obligatoire. Les candidats de l'empereur étaient élus d'avance et ne pouvaient pas ne pas l'être. Il est à remarquer pourtant que l'article de notre loi mentionnant ce droit ninvoque pas, comme les autres, de précédents, d'où il résulte qu'il n'a pas été reconnu aux empereurs antérieurs à Vespasien, du moins avec cette extension, car il est certain qu'ils l'ont possédé dans une large mesure. Déjà César l'avait obtenu, en 44, pour la moitié des places, à l'exclusion du consulat, et il n'est pas douteux qu'il n'en ait été de même, avec cette restriction, pour Auguste. Nous ne voyons pas en effet qu'il s'en soit jamais prévalu pour une élection consulaire, et d'autre part Tibère en usa dans la

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première année de son principal pour des candidats à la préture, sans que rien nous autorise à supposer qu'il y ait là une innovation datant de son avènement.

Le Sénat étant composé des anciens magistrats et les sénateurs occupant dans la hiérarchie une place plus ou moins élevée suivant la magistrature qu'ils avaient exercée, par la commendatio Auguste disposait de la nomination et de la promotion des sénateurs, au moins de la plupart d'entre eux. Et comme il fallait, avant la questure qui ouvrait l'accès du Sénat, passer par le noviciat civil et militaire du vigintivirat et du tribunat légionnaire, il était libre d'écarter préventivement qui il voulait de la dignité sénatoriale, la nomination des tribuns légionnaires, sinon des vigintivirs, lui appartenant en sa qualité de chef de l'armée. Il n'était lié que par les règles du cursus honorwn, car il ne semble pas que la dérogation légitimée pour Vespasien par la loi qui l'élevait à l'empire l'ait été pour ses prédécesseurs. En tout cas il ne s'en est affranchi, à notre connaissance, que pour les memsbres de sa famille, ainsi qu'on le verra par la suite. D'un autre côté, s'il n'était pas maître tout à fait d'introduire dans le Sénat qui il lui plaisait, il l'était d'en exclure quiconque avait encouru sa disgrâce. Il avait hérité, en tant que consul, puis en tant que revêtu de la puissance consulaire, de la lectio senatus, c'est-à-dire du droit de composer la liste des sénateurs, l'album senatorium, un droit qui avait passé jadis du consulat à la censure et qui revenait maintenant, la censure étant abolie, à son premier titulaire. C'est en cette qualité qu'il procéda soit aux épurations extraordinaires des années 28, 18, 13, 11 av. J.-C, et 4 après, soit à la publication annuelle et régulière de la liste, car la lectio, rendue quinquennale alors qu'elle s'associait aux opérations du cens, n'en dépendait pas nécessairement et

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pouvait en ôlve détachée. Or le magistrat chargé de la leciio était autorisé à rayer de la liste tous ceux qu'il jugeait indignes d'y figurer.

La réforme constitutionnelle de 18 est la dernière du règne qui devait se prolonger encore pendant trente-deux ans. Mais on se ferait une idée insuffisante des pouvoirs d'Auguste et de son prestige si on ne le considérait encore à un autre point de vue, dans son autorité spirituelle et dans le culte rendu à sa personne par la gratitude sincère ou par l'adulation servile de ses contemporains, deux sentiments qui se combinèrent en des proportions difficiles à mesurer pour l'élever à une hauteur d'où il dominait et dépassait l'humanité.

II faisait partie depuis longtemps, dès avant Actium, des quatre grands collèges sacerdotaux, pontifes, augures, quindecemviri sacris fachindis, seplemviri epulonum. Plus tard il devint membre des confréries pieuses qu'il réorganisa ou pour mieux dire qu'il ressuscita, les sodalcs Titii, les frères Arvales, et dont il fit, à l'exemple des collèges, des corps éminemment aristocratiques. Il reçut même, pour les uns et les autres, le droit de pourvoir aux vacances, en intervenant dans la cooptation par un procédé analogue à celui qui lui permettait d'agir sur les élections des magistrats. Tout cela, il est vrai, était de pur apparat et n'ajoutait paj grand chose à sa puissance réelle. Il en fut autrement du grand pontificat qui devint un des instruments et un des attributs essentiels et permanents de la souveraineté.

Le grand pontificat était à vie. Il était occupé depuis 44 par Lépide. Bien qu'il s'en fût emparé illégalement, Auguste ne voulut pas l'en déposséder après l'avoir évincé du triumvirat et fait rentrer dans la vie privée. Il n'aimait pas enfreindre la loi religieuse, et il ne lui convenait pas de discréditer une dignité dont il entendait se réserver l'héri-

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tage. Il attendit jusqu'à la mort de Lépide, en 13, et se porta alors candidat, la nomination du grand pontife ayant été, depuis la chute do la constitution de Sylla, restituée au suffrage populaire. Ce fut l'occasion d'une manifestation imposante, témoignant de sa popularité dans les couches profondes de la nation. Les électeurs affluèrent de toutes les parties de l'Italie. Le grand pontife était le chef suprême de la religion nationale. Il avait pour mission d'en maintenir la pureté. A ce titre il intervenait avec un droit de surveillance dans les cérémonies du culte public et privé, et jusque dans les actes juridiques intéressant l'entretien du culte familial. Sans doute son action n'eut pas le caractère oppressif qu'elle eût présenté avec une religion professant une théologie arrêtée et intolérante. Devant l'invasion croissante des superstitions étrangères elle se borna à la défensive. Elle ne fut et ne put être directe que dans le domaine de la religion proprement romaine. Mais précisément il entrait dans les plans d'Auguste de rendre à cette antique religion quelque chose de sa vitalité, et bien que l'œuvre fût déjà entamée et avancée, la prise de possession du grand pontificat en était comme une consécration solennelle. Il ne tenait pas non plus à laisser à quelque autre le bénéfice de ce titre vénérable. Et enfin il n'oubliait pas que ce titre avait été attaché jadis à la royauté, et ainsi l'union du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel réalisée de nouveau en sa personne acquérait par ce souvenir une haute portée. C'est pourquoi les empereurs ses successeurs ne manquèrent pas de se faire proclamer grands pontifes peu de jours après leur avènement, et tandis que dans leurs inscriptions ils ne mentionnaient pas leurs autres prêtrises, ils n'avaient garded'omettre celle-là. et même ils la plaçaient en tête, avant la mention de la puissance tribunicienne. Ils ne la partageaient

avec personne. Il vint un moment où il y eut deux Augustes. Il n'y eut jamais qu'un grand pontife.

Chef de la religion l'empereur était lui-même l'objet d'une religion, un être surhumain, sacré, divin.

D'abord il s'appelait Auguste. Le Sénat lavait appelé ainsi trois jours après la séance du 13 janvier de l'année 27. Il s'agissait de lui trouver un nom qui fût un symbole. On choisit le nom d'Auguste. C'était un adjectif emprunté à la langue sacerdotale, s'appliquant aux objets consacrés. Il était synonyme de sanctus, et conférait donc à l'empereur la sainteté qui l'égalait aux dieux, ou peu s'en faut, qui commandait les mêmes hommages, la même dévotion. Si ce n'était pas précisément l'apothéose, c'était quelque chose d'approchant et, comme dit l'historien Flo'rus, un avant-goût de la divinisation sur terre en attendant qu'elle se réalisât dans les cieux.

Déjà pourtant elle était venue, même sur la terre, cette divinisation anticipant sur la consécration définitive après la mort. Déjà la religion impériale était née, dans la force de son principe et dans la multiplicité de ses formes variées. Auguste sur ce point, qu'il le voulût ou non, dut revenir au système de César, tout en s'ingéniantpour l'adapter aux traditions et au tempérament des populations diverses éparses à travers le monde romain.

§ 3. — La religion impériale.

Il faut faire effort ici pour entrer dans la pensée des anciens. Ils ne croyaient pas, comme nous, qu'il y eût une dillércnce de nature, un abîme infranchissable entre l'humain et le divin. La divinité pour eux c'était l'humanité à la suprême puissance. Dès lors il n'était pas impossible que les hommes devinssent des dieux. Ils le devenaient après la mort. 11 y avait dans leur

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être un élément subtil, participant de Tessence divine, un génie [genius), qui. détaché du corps, devenait Tobjct d'un culte. C'est le culte des hf^ros chez les Grecs, des Mancs chez les Romains, dii Mones. Chaque famille avait ainsi ses dieux, ses génies tutélaires qui étaient ses ancêtres. La cité de même adorait ses ancêtres, ou ceux qu'elle pouvait considérer comme tels, ceux qui l'avaient fondée, servie, illustrée. Thésée était adoré à Athènes et Romuîus à Rome. 11 y a plus. Si les hommes devenaient dieux après leur mort, rien n'empêchait qu'ils fussent présumés dieux de leur vivant. Car cet élément divin qui était en eux, la mort le libérait, elle ne le créait pas.

Longtemps le culte public ne s'attacha qu'aux figures fabuleuses perdues dans le vague de la légende. Comment, dans une cité libre, eût-on fait un dieu de Périclès ou de Scipion? Pour qu'il en fût autrement, il fallut une profonde transformation morale, le déclin des sentiments qui avaient été l'âme des vieilles républiques, le goût du despotisme avec la tendance à l'adulation qui en était la suite. Mais cela mêm.e n'aurait pas suffi sans le contact avec ces pays d'Orient, façonnés depuis des siècles à l'idolâtrie monarchique.

La contagion se communiqua des Orientaux aux Grecs et des Grecs aux Romains. Quand ces derniers se montrèrent, ils héritèrent des hommages rendus aux diadoques comme de leur puissance. Alors apparut chez les Grecs d'Asie le culte de la déesse Rome. Comme ils se trouvèrent en présence, non plus d'une monarchie, mais d'une république, leur adoration se porta sur cette abstraction personnifiée. II n'y avait là rien qui ne fût conforme aux principes des religions antiques, dans leur complexité. On réalisait, on divinisait les grandes forces qui régissent l'univers, et parmi ces forces Rome avait pris place, bienfaisante et redoutable. Cela n'empêcha pas d'ailleurs

un autre culte rendu à des personnalités réelles, aux proconsuls. On déifiait les rois. On pouvait bien déifier les proconsuls qui faisaient trembler les rois. Nous en connaissons plusieurs qui, à l'imitation des rois de Pergame, se trouvèrent associés à une divinité hellénique ou à la déesse Rome.

Le seul Romain qui fut l'objet d'un culte exclusivement personnel fut César. Ce fut aussi le premier qui transféra ces pratiques à Rome. Identification avec Jupiter, institution en l'honneur du Jupiter Julius de la confrérie des Lt/perci Juliani, d'un prêtre spécial dit flrunine, comme poiir les plus grandes divinités latines, fondation de jeux quinquennaux, consécration d'un temple, substitution du nom de Julius au mot Quintilis pour désigner le mois que nous appelons encore juillet, tout cela sans doute n'était nouveau que pour les Romains, mais la nouveauté parut trop forte encore, et elle amena, pour une large part, la riposte des ides de Mars.

Sur ce terrain, comme sur beaucoup d'autres, Auguste fît un pas en arrière. Il ne renonça pas aux avantages que lui promettait la nouvelle religion monarchique. Mais il procéda avec sa prudence ordinaire, éclairée par une connaissance approfondie de l'immense empire et la juste appréciation de ce qui était commandé ou possible suivant les milieux.

Il ne pouvait eu Orient répudier les honneurs divins sans compromettre son prestige. Dès l'an 29, alors que, après Actium, il parcourait et organisait les pays conquis sur Antoine, il autorisa l'érection à Pergame, capitale de la province d'Asie, et ù Nicomédie, capitale de la Bithynie, de doux temples dédiés à sa personne, mais en même temps à la déesse Rome. Par cette association, il avait l'air de s'effacer en se plaçant au second plan : 'Pwu.f, /.aî SeêaffTO), Romae et Augusto, mais en réalité il apparaissait aux populations comme incarnant la puis-

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sance et la majesté romaines, ce qui valait mieux que l'identification usée à une figure quelconque de l'Olympe hellénique. Il ne voulut pas, en principe, que les citoyens romains établis dans ces contrées connussent d'autre culte que celui de Rome et de César, mais il ne se montra pas intransigeant sur ce point. Dans le serment d'obéissance prêté à l'empereur par les habitants de la Paphlagonie, après l'annexion de ce petit royaume, en 6, Auguste est reconnu dieu, non pas seulement par les indigènes, mais aussi par les Romains domiciliés. Leur abstention, chez ce peuple peu familiarisé avec les subtilités constitutionnelles des Grecs et des Latins, eût paru toucher à la sédition.

L'impulsion donnée par les provinces d'Asie et de Bithynie se propagea à travers l'Orient et la Grèce, mais ne s'étendit à l'Occident que dix-neuf ans plus tard, en 10, quand fut érigé au confluent du Rhône et de la Saône, au nom des trois provinces gauloises, l'autel de Rome et d'Auguste. Pour lui faire pendant, sur les confins de cette grande Germanie qui elle-même devait faire pendant à la Gaule de César et dont l'idée fut définitivement abandonnée par Tibère, un autre autel, avec la même dédicace, s'éleva sur les bords du Rhin, sur le territoire des Ubiens, sur l'emplacement actuel de Cologne, à une date qui n'est pas postérieure à l'an 9. Un troisième autel fut consacré en 2 sur les bords de l'Elbe, dans le temps où l'on espérait pousser jusqu'à ce fleuve la frontière de l'empire. Ce fut le début d'un mouvement qui ne devait pas s'arrêter. Pourquoi il eut son point de départ dans le monde barbare, c'est ce qu'on verra plus loin.

Auguste ne songea pas à renier la divinité de son père adoptif. De très bonne heure, au contraire, il se préoccupa d'organiser son culte. Dès l'an 42, il avait entrepris, de concert avec les deux autres triumvirs.

la construction en son honneur d'un temple qui se trouva achevé treize ans plus tard, en 29. La même année César fut proclamé divus par un décret du peuple et du Sénat. Ce mot, qui ne paraît avoir pris qu'à ce moment son sens spécifique, désigna, non pas un dieu par essence, deus, mais un homme divinisé. La distinction n'était pas sans importance. Elle attestait une régression vers la conception purement latine. Le nom de César ouvre la liste des divi, des empereurs successivement reconnus comme tels, chacun étant, comme le premier titulaire, pourvu d'un prêtre spécial, flamine, ainsi que d'une sodalité ou confrérie pieuse, composée des plus illustres représentants de la noblesse.

Pour lui Auguste ne voulut avoir à Rome aucun auteL aucun temple qui lui fût consacré, et son exemple fit loi pour ses successeurs jusqu'à Aurélien qui, le premier, s'intitula officiellement deus.

Toutefois il n'alla pas jusqu'à récuser certains hommages exclusivement réservés à la divinité. Dès l'an 29 son nom était inséré dans les prières des prêtres saliens. En 11 on institua des jeux annuels appelés Augustales. En 8 on donna au mois de Sexiilis le nom d'Augustus (août), comme on avait donné à celui de Quintilis le nom de Julius (juillet). Et enfin c'est cette année que, par un détour ingénieux, un véritable culte d'Auguste fut installé dans la capitale.

Il s'occupait alors de la réorganisation administrative de la ville. A cet effet il la divisa en quatorze régions subdivisées en deux cent soixante-cinq vici ou quartiers. Ces vici eurent pour centre de vieux sanctuaires qu'on restaura et qui étaient consacrés aux Lares coinpitales. Lares des carrefours. Le Lare était le dieu protecteur du foyer, dédoublé pour s'être identifié aux Pénates, et plus ou moins confondu avec la divinité tutélaire des Mânes. Et, comme le quartier,

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le vicus, était une sorte de foyer agrandi, on avait vu naître le culte des Lares compitales, succédané du culte des Lares domestiques. Ce culte des Lares des carrefours était, de temps immémorial, très cher au petit peuple de Rome. Pour le célébrer il s'était formé des groupements, des collèges [collegia covipitalicia) qui, petit à petit, dans l'exaspération des luttes politiques, étaient devenus des espèces de clubs, des foyers d'agitation électorale et d'émeute et, pour cette raison, avaient été dissous à plusieurs reprises. Auguste les rétablit dans la Rome pacifiée et, non content de les avoir rendus inoffensifs, sut les faire servir à ses fins. La restitution au peuple de ses fêtes, l'importance nouvelle conférée à ses représentants, les chefs des quartiers, les magistri vicorwn, des humbles, des affranchis, devenus tout à coup des personnages et comme des magistrats au petit pied, avec le droit de présider à leurs cérémonies, à leurs jeux, revêtus de la prétexte, à l'instar des préteurs et des consuls, tout cela déjà était d'une souveraine habileté, mais le chef-d'œuvre fut d'enter sur ces vieilles dévotions la dévotion à l'empereur. 11 ne devait recevoir que six ans plus tard, en 2, officiellement, le titre de père de la patrie. Mais n'était-il pas dès à présent, pour tous les citoyens, le père, comme le pater familias pour les siens ? Or, il était d'usage, dans le rituel familial, d'associer au culte des Lares domestiques celui du père de famille, ou plutôt de son génie. S'il en était ainsi, il paraissait naturel d'accoupler aux Lares des carrefours le génie d'Auguste, Genio Augusti et Laribus. Puis, par un phénomène d'identification dont les religions antiques étaient coutumières, les Lares eux-mêmes devinrent les Lares Augustes, Lares Augusti. Par ce biais les apparences étaient sauvées, mais nul assurément ne songeait à la distinction entre la personne actuelle, réelle d'Auguste et son génie ?

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On se tromperait si dans ces fondations on ne voulait voir que contrainte d'une part, et de l'autre une basse complaisance. Il est difficile assurément de mesurer ce qui revient à l'initiative des gouvernants cl à celle des peuples, et il y aurait quelque naïveté à réduire trop strictement l'action des premiers, îl n'est pas plus aisé d'évaluer la force des résistances dans les classes supérieures. Les documents ne nous en disent rien, et nous ne pouvons que les entrevoir à travers les précautions prises contre elles. Il est à croire pourtant qu'elles ne furent pas inexpugnables. Les progrès de l'idée monarchique avaient familiarisé les esprits avec cette conception religieuse de la monarchie. César avait été dieu. Antoine avait été Dionysos. Sextus Pompée, le roi des mers, s'était proclamé fils de Neptune. Pourquoi refuser la même satisfaction au fils et à l'héritier de César, au vainqueur de Sextus Pompée et d'Antoine? Chez la plupart leur scepticisme même les aidait à surmonter leurs répugnances. Inditîérentsà toutes lesreligions, ils acceptaient celle-là comme une institution toute politique, comme la formule du loyalisme. Il en était autrement dans les masses. Etrangères aux théories philosophiques et demeurées profondément superstitieuses, très détachées de la tradition républicaine, chère surtout aux débris de l'oligarchie sénatoriale, de plus très mélangées, non seulement à Rome, mais en Italie, d'éléments exotiques et, pour une bonne part, orientaux, elles étaient conquises d'avance, et c'est dans un élan du cœur qu'elles acclamèrent comme un dieu l'homme dont la puissance et les bienfaits réalisaient sur la terre l'image de la divinité.

Les poètes faisaient écho à la voix populaire : « C'est un dieu, s'écrie le berger de Virgile, rétabli dans son petit domaine par la faveur d'Octave, c'est un dieu qui nous a fait ces loisirs. Oui, il sera toujours pour moi un dieu. Souvent un tendre agneau

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de nos bergeries arrosera de sang son autel ». Neuf ans plus tard il reprend le même thème dans la préface de ses Géorgiques. Mais, plus docile à l'inspiration officielle, il ne fait pas encore d'Auguste un dieu : il annonce qu'il en sera une et il se demande quel dieu il voudra être. Même note chez Horace, dans la deuxième ode du premier livre, vers l'an 27. « Ah ! ne te hâte pas de retourner aux cieux, reste longtemps encore parmi nous, pour le bonheur des enfants de Quirinus ». Elle est plus hardie dans la cinquième ode du livre trois, à peu près à la même date : « La foudre nous atteste que Jupiter règne aux cieux. Comment douter ici bas de la divinité présente d'Auguste? » Cette fois il ne s'agit pas de l'apothéose future. C'est l'affirmation de la divinité actuelle d'Auguste vivant.

Si nous n'avions que le témoignage de cette littérature qu'on peut assez justement qualifier de courtisanesque, on serait en droit de le récuser, mais il est confirmé par les faits.

Il n'a été question, jusqu'à présent, que des cultes provinciaux encore en petit nombre et oij, pour le moment, l'unité de méthode, en attendant les diversités qui ne devaient point tarder, dénonce, quand elle n'est pas apparente par elle-même, l'intervention décisive du pouvoir. Cette unité s'efface dans les cultes locaux institués par les villes agissant avec la liberté d'allures que leur assure leur autonomie. Ils y comportent des modes variés, mais ce qui les distingue en général, c'est leur caractère plus personnel, plus dynastique. En beaucoup d'endroits ils s'adressent, non plus exclusivement à l'empereur, mais à des membres de sa famille qui ne sont pas ou ne seront jamais déifiés. On voit encore, à Nîmes, le temple consacré aux deux petits-fils d'Auguste, Caius et Lucius Cœsar. Sa femme Livie, sa fille Julie reçurent également les honneurs divins dans plu-

sieurs villes grecques. Ces excès ne se produisirent pas ou ne furent pas tolérés en Italie, mais les raisons qui interdisaient le culte direct de l'empereur à Rome ne valaient pas pour le reste de la péninsule, et nombreuses furent les villes italiennes où il s'installa. C'est dans le même sentiment que, l'an 11 après J.-C, la plèbe de Narbonne, pour le remercier de l'avoir admise à la judicature au même titre que l'aristocratie des décurions, décida qu'il lui serait élevé un autel sur le Forum oîi six plébéiens viendraient régulièrement offrir des sacrifices.

L'initiative prise par la plèbe de Narbonne peut être considérée comme rentrant dans les manifestations privées émanant soit de collectivités, soit d'individus. Nulle part ne se montre mieux ce qu'il y eut de spontané dans le mouvement. De tout côté, en Italie et dans les provinces, nous voyons surgir des confréries en vue de célébrer les rites de la religion impériale, confréries recrutées dans les classes moyennes et inférieures, pour une bonne partie dans celle des affranchis. Si les inscriptions des particuliers «se dévouant à la divinité de l'empereur» sont encore clairsemées, ce qui peut tenir à la pénurie relative de la matière épigraphique au début de l'empire, nous avons cependant (juelques textes significatifs, et nous savons, d'autre part, par Tacite, qu'il existait dans chaque demeure, à côté des autres effigies divines, une statue d'Auguste. On peut donc croire qu'Horace n'exagère pas trop quand, suppliant le maître de rentrer après une longue absence, il rappelle en ces termes, les motifs et les témoignages de la piété publique : « Chacun aujourd'hui est sûr d'achever le jour sur sa colline et dans son champ. Le cultivateur, après avoir marié la vigne à l'ormeau, s'en revient joyeux fêter son vin au repas du soir, et il ne le finit pas sans t'inviler comme un dieu à sa table; il élève vers toi ses prières; il t'offre.

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en libation, le vin répandu de sa coupe, il associe ta divinité à celle de ses Lares : ainsi fit jadis, pour Castor et le grand Hercule, la Grèce reconnaissante». Évidemment tous ces pauvres gens ne se flattaient pas d'attirer sur eux les regards du souverain. Ils n'attendaient de lui que ce que tout le monde en attendait. L'humilité de leur condition nous est une garantie de leur sincérité.

§4. — La réforme religieuse et morale.

Le retour à la tradition ne se bornait pas au domaine de la politique. La vieille religion romaine était aussi une des forces du passé sur lesquelles Auguste entendait appuyer son gouvernement. Elle avait beaucoup perdu de son empire dans les deux derniers siècles. La solidarité des institutions et des croyances s'était accusée dans leur déclin respectif. Elles s'étayaient réciproquement : il était fatal qu'elles succombassent en même temps, La philosophie avait fait son œuvre dans les hautes classes. La littérature depuis Plaute, depuis Ennius, était sceptique. Les décisions des pontifes, les interprétations des augures n'étaient plus que des manœuvres à l'usage des partis. Ce n'est pas que l'incrédulité fût sans mélange, purement rationaliste. Mais la « superstition » n'avait rien de commun avec la religion officielle. Elle était naturellement plus répandue dans les milieux populaires. Déjà elle cherchait son aliment au dehors de Rome, dans les régions orientales, dans leur mysticisme sensuel.

Sous ces influences diverses, le culte était entré dans une décadence profonde. Les collèges sacerdotaux avaient peine à se recruter. Les cérémonies étaient délaissées. Les confréries remontant aux origines de Rome disparaissaient les unes après les

autres. Les sanctuaires les plus vénérables, faute d'entretien, se délabraient et tombaient en ruines.

Une réaction pourtant se produisait. C'est un fait constant que les calamités publiques ont cet effet de tourner les âmes vers les puissances d'en haut. Et puis, après les convulsions qui avaient déchiré et failli perdre la République, on se disait qu'elle avait été prospère et paisible tant qu'elle était restée fidèle à ses dieux et digne de leur protection. Ceux mêmes qui ne croyaient pas à leur existence estimaient bon qu'on y crût, comme à un frein salutaire. Il y eut là un état d'esprit assez analogue à celui de nos pères après les orages de notre Révolution. Il suscita d'intéressantes recherches et inspira des pages éloquentes. On se prit de passion pour les antiquités nationales où naturellement les antiquités sacrées tenaient la première place. Le grammairien archéologue Verrius Flaccus continuait les études inaugurées par Varron. Tile-Live bâtissait sa grande Histoire, monument élevé aiiïç gloires d'autrefois. Virgile composait son poème pieusement patriotique. Properce devenait sérieux en évoquant l'image de Rome à ?on berceau, et Ovide lui-même dressait, dans un calendrier poétique, le tableau des fêtes et des légendes se rattachant à ces souve-nirs.

<- Fondateur et restaurateur de nos temples», c'est ainsi que Tite-Live appelle Auguste. En même temps il remettait en honneur les vieilles cérémonies. Il reconstituait les vieilles confréries et s'y faisait inscrire, et les plus illustres personnages avec lui. Comme il y avait des sacerdoces qui n'étaient accessibles qu'aux patriciens, il se fit autoriser à remplir les vides de cette noblesse décimée par les siècles. César l'avait fait avant lui, ne visant, très probablement, qu'à multiplier ses créatures par la multiplication de ses faveurs, et il est clair que cette pensée ne fut pas étrangère à son successeur, mais

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il est certain aussi qu'elle ne fut pas la seule. Luimême il affectait de pratiquer tous les rites, de se soumettre à toutes leurs exigences. Il fut un grand pontife très strict, et, jusqu'à la fin, se montra assidu aux séances des nombreux collèges sacerdotaux et confréries dont il faisait partie.

La restauration pure et simple des anciens cultes ne pouvait être l'unique, ni même le 'véritable objet d'Auguste. S'il rendait une apparence de vie aux institutions républicaines, c'était pour les adapter au nouveau régime, pour le consolider ainsi et le fortifier. S'il favorisa la renaissance religieuse et y poussa de toutes ses forces, ce ne fut pas seulement parce qu'il y voyait une garantie du bon ordre social, mais aussi, et surtout pour l'exploiter au profit de sa personne et de sa dynastie. Le lien étroit établi par Virgile dans son Enéide entre les destinées de Rome et celles de la maison des Jules devait apparaître également dans les actes de la dévotion publique. Pour cela, il fallait tirer à soi les cultes anciens, et faire passer au premier plan ceux qui, moins reluisants jusqu'alors, paraissaient les plus aptes à recevoir l'empreinte impériale.

Vénus, primitivement une simple déesse rustique, identifiée plus tard à l'Aphrodite grecque et considérée par les érudits, depuis l'introduction de la légende d'Enée, comme la mère du peuple romain, ne tenait pourtant dans son Panthéon qu'une place secondaire. Mais elle était aussi plus spécialement la mère des Jules et elle dut à leur avènement un nouvel éclat. César aimait à se glorifier de celte origine : il en pouvait sourire en son particulier, mais elle flattait son orgueil et elle était un moyen de popularité. 11 avait voué à cette divine aïeule, avant Pharsale, un temple qu'il dédia après la victoire. Il s'élevait sur un Forum annexé par le dictateur à l'ancien et qui porta son nom.

Il parut naturel d'associer au cultede Vénus celui de Mars, identifié à l'Arès grec comme Vénus à Aphrodite, et qui formait avec la déesse latine un couple dont l'union était depuis longtemps consacrée dans le rituel romain. Mais Mars élait en même temps le père de Romulus, et il devint, de plus, le patron des Jules, depuis qu'il élait devenu le Mars Ultor^ vengeur du forfait des Ides de Mars. C'est à ce titre et sous ce nom qu'Auguste lui érigea un autre temple placé au centre d'un deuxième Forum, le Forum d'Auguste, prolongement du Forum Julium. C'était, comme le temple de Vénus, un édifice d'une rare magnificence. Ainsi les embellissements de Rome marchaient du même pas que les progrès de la religion nouvelle. Le vieux Forum de la République était relégué dans l'ombre au profit des Forums impériaux, de même que les vieilles divinités s'éclipsaient devant les divinités amies de la maison souveraine. Le temple capitoiin resta vénérable aux yeux de tous, mais il eut un rival. C'est dans le temple de Mars vengeur que s'accomplirent désormais quelquesunes des cérémonies réservées jadis au sanctuaire de- Jupiter Optimus Maximus.

Apollon avait, sur le littoral d'Actium, un sanctuaire d'où il était censé avoir contemplé la bataille et coopéré à la victoire. Il fut dès lors pour le vainqueur le dieu tutélaire, préposé et, si l'on peut dire, attaché à sa personne. Auguste lui bâiit un temple sur le Palatin, sur un emplacement contigu à sa maison qui fut élargie à cet eflet. Ce temple somptueux fut donc en même temps comme une chapelle privée. Une mesure plus h;irdie et plus significative fut celle qui installa, dans la même demeure, un succédané du culte de Vesta. Il n'y avait eu, jusqu'alors, qu'un temple consacré à cette déesse, l'antique temple deVesLa, sur le Forum, foyer de la cité, symbole de son uuitô. Mais il était

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de règle que le grand pontife, père spirituel des Vestales, habitât dans un édifice annexe, ou du moins y eût son domicile officiel. Auguste, quand il eut revêtu ce sacf^rdoce, ne descendit pas là où l'appelait sa nouvelle dignité. 11 décida au contraire de transférer le sanctuaire jusqu'à lui, en faisant une dépendance de l'habitation impériale, agrandie et sanctifiée. Il n'alla pas jusqu'à déposséder l'ancien temple, mais c'était un fait grave que ce dédoublement. L'empereur trônait désormais entre le dieu protecteur de la dynastie et la déesse protectrice du peuple romain, et Ovide pouvait écrire: « Phœbus occupe une partie du palais, une autre appartient à Vesta, la troisième à César. Une seule enceinte enferme trois dieux éternels ».

La restaurationreiigieuse n'était qu'un aspect de la vaste réforme morale méditée par Auguste et poursuivie par lui. avec un elïort inlassable, durant tout son principal. Tout se tenait dans cette solide ossature de la société rouiaine, et la même action délétère qui s'était attaquée aux croyances avait dû ruiner les mœurs dont elles étaient le fondement.

La forte organisation de la famille avait tenu cette so;.iété debout. Elle reposait sur la subordination de la femme, sur l'indissolubilité du mariage. Petit "à petit ces appuis s'étaient écroulés. Maintenant la femme soustraite à la puissance maritale depuis l'abolition de ïavianus, alfranchie de l'autorité de ses tuteurs depuis qu'elle les choisissait elle-même, libre enfin de réclamer le divorce avec la restitution de sa dot, tenait son mari sous la menace de cette confiscation. Elle était parvenue ainsi à une autonomie financière absolue, et, qui pis est, à une indépendance complète en ce qui concernait les mœurs.

La moralité publique était profondément atteinte. Il y avait encore, dans le monde aristocratique et dans la bourgeoisie des ménages exemplaires — nous

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en connaissons — où l'airecLion mutuelle, le sentiment du devoir suppléaient à la contrainte légale, et Ton peut dire que dans ces milieux la condition plus relevée de l'épouse avait cet eiïct de l'associer plus étroitement à la pensée et à la vie do son époux. Mais les faits sont là, et les mesures prises pour guérir le mal en attestent la gravité. Le divorce-plusieurs fois répété, pour les motifs les plus futiles ou les moins avouables, était devenu chose courante. Et alors comment aurait-on pris au sérieux ces unions libres où l'on passait de l'un à l'autre, sans obstacle et indéfiniment? Le vice élégant, chanté par les poètes erotiques, l'adultère toléré par l'insouciance indulgente du mari, favorisé par la basse cupidité, s'étalaient sans pudeur. Pour l'adultère de l'homme, il n'y avait point de répression. Celui de la femme, qui introduisait dans la famille un sang étranger, relevait de la vengeance privée. Puni de mort séance tenante, en cas de flagrant délit, il était passible, autrement, de la peine prononcée par le tribunal domestique. Mais cette législation, héritage de la rudesse primitive, s'était fort adoucie dans la pratique. A la peine de mort s'était substituée la relégation à la campagne avec l'attribution de la dot au plaignant, en toutou en partie. Le tribunal domestique était d'ailleurs une arme émous'^ée qui ne faisait plus peur à personne et dont on avait renoncé à se servir. Trop de gens, dont le mari lui-mèmCj avaient des raisons pour fermer les yeux. La conséquence, c'est qu'on se mariait de moins en moins. Le mariage était devenu pécuniairement d'un profit si médiocre, et en outre si précaire qu'on se détournait de ses charges, de ses tracas et de ses risques. Mieux valait le célibat avec les avantages qu'il assurait. L'égoïste qui avait pris ce parti n'avait pas besoin, s'il était riche, pour être entouré et choyé, d'une femme, d'enfants ou d'amis. Une cour de llagorneurs avides se pressait autour de lui, le

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comblant de prévenances et de cadeaux, escomptant, en retour, ses libéralités d'outre-tombe. La chasse à la dot, d'un bénéfice si aléatoire, était remplacée par la chasse au testament. Elle était devenue une industrie savante, une sorte de stratégie dont Horace nous décrit les artifices.

Par le célibat s'éclaircissaient les rangs dans l'aristocratie. Les mariages mêmes étaient stériles ou peu prolifiques. A Rome, comme ailleurs, le goût excessif du bien-être, se combinant avec l'aiïaiblissement du sens patriotique, aboutissait au malthusianisme. Les femmes, de leur côté, se refusaient à la maternité pour ne pas altérer leur beauté. Ajoutez le plaisir contre nature dont on ne se cachait plus guère et dont les joies et les douleurs étaient devenues un thème littéraire.

Ce n'est pas que le célibataire fût ordinairement sans compagne et sans postérité. Très souvent il s'éprenait d'une belle esclave avec laquelle il vivait comme en état de mariage après l'avoir affranchie. Mais ces unions n'étaient pas reconnues par la loi, les justes noces n'étant autorisées qu'entre ingénus, personnes libres de naissance. L'homme restait le patron avec une femme intéressée à garder sa faveur, et dont la soumission nécessaire contrastait agréablement avec les allures d'une épouse légitime. Les enfants, des bâtards, suivaient la condition de la mère, à moins qu'il ne plût au père de les adopter, ce qui ne parait pas avoir été très fréquent. Ce n'était donc pas par cette voie que se comblaient les vides du peuple romain, du pays légal, encore moins des classes supérieures.

Depuis longtemps on réclamait une réforme. Déjà Cicéron en avait esquissé quelques traits en traçant à César le plan d'un gouvernement réparateur, liante par les mêmes préoccupations, Auguste se mit à la besogne avec une sorte de précipitation. Dès rannée28,

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il publia, en tant que consul, un édit obligeant les citoyens à se marier. La mesure insuffisamment préparée, trop directe d'ailleurs et trop violente, fut retirée. Néanmoins l'opinion se faisait de plus en plus pressante. C'est pour lui donner satisfaction qu'en 22 il crut devoir rétablir la censure. Mais l'institution était morte, et ce fut la dernière tentative poar la rappeler à la vie. Seul il avait l'autorité nécessaire pour la grande œuvre à laquelle on le conviait. A trois reprises, on lui offrit la « surveillance des mœurs », la cura morum, une magistrature nouvelle, imaginée à son intention, dont nous ne pouvons définir les attributions et dont nous pouvons supposer seulement qu'elle lui conférait, dans ce domaine, une action indéfinimeîit étendue et souveraine. Il refusa obstinément, toujours fidèle à sa politique qui excluait tout titre ne portant pas l'étiquette républicaine. Il n'avait du reste aucun besoin de ce surcroît de pouvoirs. Précisément, en 18, il avait reçu le droit de promulguer, en toute matière, des ordonnances ayant force de loi. Mais il aima mieux procéder régulièrement, el. c'est en vertu de sa puissance tribunicienne, qu'il proposa au peuple, en cette même année, les lois fameuses qui devaient régénérer la Rome impériale et rendre à ce corps épuisé la santé et la vigueur d'autrefois.

Contraindre les citoyens à se marier par une obligation légale, l'expérience avait démontré qu'il n'y fallait pas songer. Mais on pouvait tendre au même but en attachant certains avantages au mariage, et plus encore au mariage fécond, et en frappant de certaines infériorités le célibat et l'union stérile. Ce fut ridée maîtresse de la loi Julia de maritandis ordinibu.s. On créa des inégalités dans le droit public et privé, on essaya d'agir sur la femme en décrétant pour la maternité trois fois répétée des primes honorifiques et d'autres plus positives. On facilita le

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mariage et on rendit plus difficile le divorce. On sévit contre les célibataires et les orbi, c'est-à-dire les mariés sans enfants. On les atteignit dans leur amourpropre et dans leurs intérêts en les excluant des fêles et spectacles et en leur interdisant de recueillir les legs autres que ceux justifiés par une proche parenté. Etaient assimilées aux célibataires les veuves après un an de veuvage et les divorcées après six mois.

Si Auguste avait voulu multiplier le nombre des citoyens, il lui eût été facile d'obtenir ce résultai en ouvrant toutes larges aux provinciaux les portes delà naturalisation. Mais il élait conservateur sur ce point comme sur tant d'autres et en l'éaction décidée contre César. Sans aller jusqu'à arrêter les concessions du droit de cité il s'en montra plutôt avare, et une de ses recommandations à son successeur fut de suivre cet exemple. Le peuple romain devait rester une élite, à part et au-dessus de la foule des sujets, et une élite gouvernée elle-même par une aristocratie investie de privilèges spéciaux, les justifiant par sa vitalité renaissante et ses services. Sa pensée se manifeste clairement dans le tilre même de la loi « sur le mariage des ordres ». Non seulement elle ne visait pas les pérégrins, mais elle distinguait entre les classes dirigeantes et les autres. Il interdit pour les membres de l'ordre sénatorial ce qu'il autorisa dans les rangs subalternes, le mariage entre ingénus et affi'anchies. 11 ne convenait pas qu'un futur sénateur put être issu d'une mère étrangère et, qui pis est, ancienne esclave. S'il consentit à cette concession c'est qu'il valait mieux, pour le bon ordre, Icgilimer ces unions iirégulières, et puis il y avait à en tirer parti pour la repopulation, et c'est un intérêt auquel il n'était indifférent pas plus dans les couches inférieures que dans les régions élevées de la société. 11 fixa des récompenses pour la maternité des affranchies, comme il l'avait fait pour les ingénues,

et relâcha pour les afFranchis devenus pères les liens envers le patron. Mais sa principale préoccupation fut toujours le relèvement du niveau moral dans les classes aristocratiques.

La loi de marilandis ordinihus n'était qu'un commencement. Il n'eût servi de rien de rendre les mariages fréquents et féconds si la maison était dévorée par le luxe et souillée par les mauvaises mœurs. De là la loi somptuaire et la loi sur l'aduUère. De la première nous ne savons pas grand chose, sinon qu'elle réduisit les frais des jeux, des banquets, de la toilette féminine. Tentative avortée vraisemblablement, comme toutes celles du même genre qui l'avaient précédée. La loi de adulteriis coercendis nous est mieux connue. Elle contenait une grande nouveauté. A l'impuissance constatée de la juridiction domestique elle substituait la juridiction publique. Le mari ou le père conservait le droit de tuer la femme avec son complice en cas de flagrant délit, sinon ils devaient, l'un ou l'autre, après répudiation, et dans un délai de soixante jours, déférer les coupables au tribunal compétent, et s'ils manquaient à ce devoir, comme l'action criminelle était ouverte à tous, tout citoyen pouvait le remplir à leur place, dans les quatre mois qui suivaient. La pénalité était rigoureuse. La femme était condamnée à la relégation à perpétuité dans une lie, avec interdiction de convoler en justes noces et confiscation de la moitié de sa dot et du tiers de son patrimoine. L'amant était déporté dans un autre lieu et son patrimoine était confisqué pour la moitié. Le mari complaisant était assimile à rentrcmclteur, Zerzo, qui avait prêté sa maison pour la consommation du délit, et tous deux étaient frappés des mêmes peines. Et enfin était assimilé à l'adultère le stuprian ou relations illicites avec une femme non mariée de naissance et de condition honnêtes. L'épouse cependant n'avait comme recours contre l'infidèle qu'une

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