‹ L'Empire romain, évolution et décadenceChapitre 5 sur 21 · AUGUSTE ET LA FONDATION DE L^EMPIBE · texte numérisé non relu

AUGUSTE ET LA FONDATION DE L^EMPIBE

action en divorce visant la restitution intégrale de la dot, en vue de quoi Auguste avait institué rinaliénabiiité du fonds dotal.

Le régime était à son apogée. Auguste, rentré dans ia capitale après une longue absence et accueilli avec des transports de joie, venait de contracter un nouveau bail qui assurait l'avenir en consolidant et en amplifiant ses pouvoirs. L'Empire paraissait plus fort, plus prospère que jamais. Des ambassades anivaient des pays Icintains, du fond de l'Orient, do la Bactriane, de l'Inde, pour rendre hommage à la majesté du nom romain. La restitution des étendards de Crassus était une revanche pacifique qui faisait tressaiUii' d'orgueil le cœur des patriotes. Et voilà maintenant que les antiques vertus allaient refleurir sur le geste impérial. L'auteur de tant de biens voulut saisir ce moment pour le consacrer dans une fête grandii^se, destinée à frapper les imaginations. Il célébra les jeux séculaires (17).

On appelait siècle une portion de la durée, découpée à la mesure présumée de la plus longue vie humaine, mal définie par conséquent et finalement évaluée, après diverses (lucluations, à une centaine d'années. Le retour du siècle avait donné lieu en 249 à une fête expiatoire, consacrée aux dieux souterrains Dis Pater et Proserpine. Cette fête, d'importance secondaire, ne paraît avoir été répétée qu'une l'ois au cours de la République. Mais à la notion du siècle s'étaient associées peu à peu les croyances relatives aux alternances de décadence et de régénération qui étaient censées gouverner l'évolution de Thumanité. et l'on sait, par la quatrième églogue de Virgile, l'em pire que ces spéculations avaient pris sur les àmcs, au lendemain des guerres civiles, au seuil de l'ère nouvelle. Ces aspirations ardentes et confuses vers un âge meilleur, un deuxième âge d'or, Auguste s'en empara pour les fixera son profit. Il fallait que son principal

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apparût comme l'aurore de la palingénésie universelle. Pour cela il utilisa la solennité depuis longtemps oubliée des jeux séculaires, et comme le point de départ de ces périodes successives était aussi incertain que leur extension, il put sans difficulté, avec le concours des quindecemvirs dont il était le chef, la placer à la date qu'il avait jugé convenir le mieux à son but.

Une inscription, découverte en 1890, nous retrace le détail des cérémonies compliquées qui se continuèrent pendant trois nuils et trois jours, du 29 au 31 mai, avec une magnificence exceptionnelle, au milieu d'une énorme affluence, dans l'émotion générale. Elles offrent ce mélange d'archaïsme et de nouveauté qui caractérisait toutes les institutions d'Auguste, et particulièrement ses institutions religieuses. Les cérémonies nocturnes, tout en excluant les idées funèbres qui en avaient fait le fond, retenaient quelque chose de la gravité triste dont elles avaient été empreintes autrefois. Celles du jour, coupées de spectacles, sereines et joyeuses, furent un élan de confiance et d'amour vers les dieux de la lumière, protecteurs de Rome. Le troisième jour, le point culminant fut voué au dieu dynastique, Apollon, avec ses deux parèdres, Latone sa mère et iJiane sa sœur, se juxtaposant et s'opposant à la vieille triade capitoliue. Cette fois, aux sèches foi-mules de l'ancien rituel, se mêlèrent des accents d'une merveilleuse beauté. Le plus grand poète vivant, — Virgile était mort depuis deux ans, — Horace, avait été chargé de composer le chœur dont les strophes, lancées alternativement par vingt-sept jeunes gens et vingtsept jeunes filles, scandèrent la procession qui se déroulait, allant et revenant, du Palatin au Capitole. Il pria pour la patrie, il chanta ses victoires, ses destinées éternelles, les mœurs du passé renaissant dans la gloire présente, l'abondance, la paix, la

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bonne foi, la fécondité, la chasteté ramenées dans la cité de liomuliis.

Le croyait-il vraiment, lui qui écrivait : « Que peuvent les lois sans les mœurs? » C'est la même note découragée que nous trouvons déjà dans la préface de Tite-Live, peu après l'échec de la première loi de l'an 28: « Nous en sommes arrivés au point où nous ne pouvons supporter ni nos vices, ni leurs remèdes ». Et en effet, la réforme rencontrait des adversaires dans les deux camps, chez ceux dont elle contrariait les goûts et chez ceux qui l'avaient appelée de leur vœux. Contre l'impérial moraliste les premiers avaient beau jeu. Il leur était trop facile d'opposer ses principes et seu actes. Auguste vivait simplement, mais sa jeunesse avait été très dissolue, et il ne s'était pas beaucoup corrigé en vieillissant. Il avait de plus divorcé trois fois, et son mariage avec sa quatrième femme Livie avait été particulièrement scandaleux. Ses conseillers, les hommes d'Etat qui travaillaient avec lui à son dessein, les écrivains qui y applaudissaient en vers et en prose ne donnaient pas un meilleur exemple. Tous sincères sans doute, comme il l'était lui-même, mais comme lui trop asservis à leur genre de vie pour y rien changer. Ainsi la réforme était discréditée par l'indignité de ses auteurs. L'opposition était vive également de l'autre côté. Pour arriver à ses fins par des moyens dclournés, les seuls qu'il jugeât pratiques, Auguste avait dû recourir à des mesures révolutionnaires, attentatoires aux principes fondamentaux de l'ancien droit. H avait porté à l'extrême l'émancipation de la femme, il avait fait une obligation des secondes noces, réprouvées par la coutume, il avait ébranlé l'autorité du patron, il avait achevé de ruiner ce qui subsistât encore de celle du mari, du père. Autant d'hérésies aux yeux des traditionalistes. Ils s'étaient flattés de voir restaurer l'antique idéal

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familial, et ils constataient qu'on s'en écartait plus que jamais.

Auguste fit des concessions. II n"en fit point aux traditionalistes. Le retour en arrière qu'ils souhaitaient était une chimère, et une tentative en ce sens n'eût abouti qu'à abolir ou à énerver les mesures prises sans y rien substituer d'efficace. Mais i! dut accorder quelque chose aux criaiileries du parti adverse, ainsi qu'à des protestations mieux justiliées contre certains articles par trop draconiens.

On se demandera quel a été finalement le résultat de ce grand elTort. Il n'est pas douteux que les vieux cultes nationaux n'aient eu un renouveau de popularité et d'activité dû à la fois à l'impulsion officielle et au réveil du sentiment religieux, mais pourtant de ce réveil ce n'est pas eux qui bénéficièrent le plus. Ils restèrent debout comme un décor pompeux et vénérable, avec leurs institutions séculaires, leurs rites compliqués, leurs cérémonies surannées, mais ; comme un décor vide d'où la vie, d'où l'âme se • retirait peu à peu. C'est vers la philosophie, vers la ■ philosophie stoïcienne surtout, devenue elle aussi une religion, que se portaient les natures d'élite, tandis que les autres étaient sollicitées de plus en plus par les influences étrangères. Les lois sociales subsistèrent elles aussi pendant plusieurs siècles, et l'on peut dire jusqu'à la fin de l'Empire. Révisées sans cesse et mises à jour, tantôt pour en combler les lacunes, tantôt pour en corriger les abus, elles formèrent un chapitre important de la législation et fournirent un tlième inépuisable aux commentaires des jurisconsultes. On ne peut pa* dire pourtant qu'elles aient réussi à arrêter Textinction progressive de l'ancienne noblesse. Nous verrons qu'au bout d'un siècle et moins ce qui en restait avait fait place à une aristocratie nouvelle. Sans doute ce phénomène doit s'expliquer en partie par la guerre qui ne tarda pas à

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