L EMPIRE RO-MAIN
avec profil et honneur, leurs- capacités d'hommes d'affaires et leur dévouement.
Il est intéressant de noter la part prise par certains membres de l'ordre équestre à la fondation de l'empire. Oppius et Balbus, les deux agents de César, eurent la réalité du pouvoir dont un consul n'avait plus que le titre et les insignes. On sait l'action prépondérante de Mécène qui, simple chevalier, fut avec Agrippa, le principal collaborateur d'Auguste.
L'ordre équestre fut réorganisé par Auguste. Il l'avait trouvé distribué en deux catégories. Au sommet, les dix-huit centuries dont les membres étaient triés par le censeur. Plus bas, l'ordre équestre au sens large, comprenant les hommes de la première classe du cens, désignés automatiquement sur l'évaluation de leur fortune. Ces derniers, équités censu, avaient formé dans l'ancienne armée, la cavalerie légionnaire. Les autres, dits équités equo publico, parce qu'ils recevaient leur cheval de l'Etat, avaient figuré une sorte d'aristocratie militaire, un état-major. Toutes dénominations qui n'avaient plus que la valeur d'un souvenir.
L'ordre équestre au sens large subsista, composé de tous ceux qui justifiaient d'un capital de -400.000 sesterces (100.000 francs). C'est le corps des chevaliers equo publico qui fut transformé et en même temps élargi. Les dix-huit centuries firent place à six escadrons ou turmes rappelant, par une de ces fantaisies d'archaïsme chères à Auguste, les six centuries patriciennes auxquelles le corps s'était limité dans la Rome primitive. Elles comprirent elles-mêmes deux catégories de chevaliers, les chevaliers de famille sénatoriale décorés du laticlave, considérés par droit de naissance, comme des candidats aux magistratures, les autres portant l'insigne proprement équestre, l'angusticlave, qui pouvaient nourrir la môme ambition et qui pouvaient aussi s'en désintéresser. Les turmes comptèrent un effectif minimum de cinq mille
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chevaliers, nommés ou maintenus chaque année par l'empereur. Cet effectif alla croissant par l'appel de nouvelles recrues et parce que les pères transmettaient leur litre à leurs fils, à moins de déchéance ou d'indignité. Elles étaient commandées chacune par un .^evir renouvelé annuellement. A la tète du corps entier fut placé un prince de la famille impériale, celui que l'on tenait pour l'héritier présomptif. Le précédent fut créé pour les deux potits-fils d'Auguste, Gains et Lucius Caesar. Il s'intitulait prince de la jeunesse, en altendaut qu'il d.evînt le prince tout court. Les turmes étaient formées en effet en grande majorité de jeunes gens, les Romains âgés de plus de trentecinq ans ayant été, non pas préci-sément obligés, mais autorisés à restituer le cheval fourni par l'Etat. Le corps des chevaliers equo publico ainsi constitué devait être une pépinière, non seulement de sénateurs, mais d'officiers et d'administrateurs. Le commandement de la légion restait réservé aux sénateurs, aux anciens préleurs. Les grades inférieurs, le tribiiiiat légionnaire, les préfectures d'ailes de cavalerie et de cohortes d'infanterie auxiliaires étaient confiées aux chevaliers laticlaves ou angusticlaves. Il on avait été de même au temps de la République. La nouveauté n'était pas là. Elle était dans les hauts commandements militaires et dans les fonctions publiques attribués aux chevaliers.
Leur titre, dans ces deux emplois, était préfet et procurateur. Le titre de préfet, le plus relevé, avait toujours été usité pour désigner le délégué personnel du magistrat dans l'exercice de son autorité militaire, administrative ou judiciaire. Nous avons vu comment, en vertu d'une antique tradition, le préfet de la ville ne pouvait être qu'un sénateur. Mais le préfet du prétoire, le préfet des vigiles, les préfets des deux flottes de Ravenne et de Misène furent des chevaliers. C'étaient des hommes sûrs qu'Auguste préposait aux
forces concentrées à Ptome et en Italie. Le préfet chargé du service si important de l'annone appartint aussi à l'ordre équestre.
Le litre de procurateur avait toujours eu un caractère exclusivement privé. Il se disait de l'intendant gérant les biens des maisons riches. Rigoureusement il garda cette acception, et là précisément était la gravité du fait. Il accusait la tendance à confondre le domaine privé de l'empereur et celui de l'Etat.
Les procurateurs furent essentiellement des agents financiers. Le partage réalisé en 27 ayant eu pour conséquence la création, en opposition avec le trésor du Sénat, d'un trésor impérial, le /îsc, les procurateurs impériaux furent chargés d'administrer ce trésor, de percevoir les recettes et de faire face aux dépenses. De même que dans les provinces sénatoriales le proconsul continua d'être assisté par un questeur, de même le gouverneur d^ la province impériale, le légat d'Auguste, eut à ses côtés un procurateur. Il y eut en outre des procurateurs relevant du précédent dans les divers services où ils étaient spécialisés, sans compter ceux qui, conformément à la tradition, étaient attachés à la maison de l'empereur et faisaient partie, en quelque sorte, de sa domesticité.
Une innovation non moins grave fut l'atlribulion de certaines provinces à des membres de l'ordre équestre. Nous avons vu comment l'Egypte fut confiée à un préfet, et pour quels motifs. Le préfet de l'Egypte devint, en raison de l'importance de son gouvernement, un des plus hauts personnages de fempire, placé immédiatement au-dessous du préfet du prétoire. A l'exemple de l'Egypte d'autres territoires, moins considérables reçurent des préfets, naturellement de dignité très inférieure. C'étaient, sauf la Sardaigne, des pays récemment annexés et tous, la Sardaigue comprise, habités par des peuplades barbares et belliqueuses. Les raisons qui leur firen
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imposer ce régime spécial sont assez mal connues et peuvent avoir été de nature diverse. Les Alpes Maritimes, les Alpes Cottiennes, la Rétie et le Norique formaient autour de l'Italie une barrière de districts très inégalement étendus et, comme ils exigeaient de fortes garnisons, on peut supposer qu'Auguste ne se soucia pas d'installer trop près de lui un ou plusieurs commandants appartenant au Sénat. Comme d'autre part les légions ne pouvaient être commandées que par un légat de rang prétorien, ce furent des troupes auxiliaires qui occupèrent ces provinces sous les ordres de chefs de rang équestre. Quoi qu'il en soit, les provinces dites équestres se trouvèrent assimilées à l'Egypte en ce sens qu'elles furent considérées comme rentrant dans le domaine privé de l'empereur, et d'ailleurs, à partir de Claude, les préfets furent remplacés par des procurateurs faisant fonction de gouverneurs.
Ainsi s'ébaucha une carrière équestre parallèle à la carrière sénatoriale. Ce fut le point de départ, non plus d'un conflit comme autrefois, mais d'une concurrence qui accéléra l'évolution vers la monarchie.
§ 6 — La question de la transmission du ponvoir.
Les historiens modernes ont souvent reproché à Auguste de n'avoir pas installé franchement la monarchie héréditaire. Il eût prévenu par là, nous dit-on, bien des catastrophes, compétitions de prétendants, intrigues de palais, émeutes de caserne. II se peut, encore que l'hérédité n'ait jamais été un obstacie insurmontable aux tentatives révolutionnaires. Ce qui est certain, c'est que le principe de l'hérédité ne s'improvise pas. Pour qu'il ait toute sa vertu, il faut qu'il soit entré profondément dans les esprits et les cœurs, qu'il soit passé à l'état de dogme, devenu une
sorte de foî mystique dans la mission providentielle^ d'une famille prédestinée, dont le sort apparaisse comme étroitement lié à la fortune de la patrie. A cette condition seulement il fait taire les jalousies et plier les résistances. Ce sentiment, familier aux hommes du Moyen Age et d'où sont sorties nos maisons royales, était étranger aux Romains pour qui l'autorité n'était légitime que procédant de la délégation populaire. La souveraineté, pour être déléguée, ne perdait rien de sa force. Elle avait pu se morceler entre plusieurs titulaires s'opposant au besoin les uns aux autres dans un savant équilibre, mais chacun, dans la limite de ses attributions et pendant la durée de son mandat, la détenait tout entière, tout puissant, irresponsable, comme le peuple lui-môme, dont il était l'incarnation passagère. On comprend comment cette conception pouvait aboutir à la monarchie absolue. 11 suffisait pour cela que ces pouvoirs dispersés fussent concentrés en une main, et pour la vie. Mais elle n'impliquait en aucune façon, elle excluait plutôt l'idée de monarchie héréditaire. Si donc Auguste n'affirma pas ouvertement le principe de l'hérédité, c'est sans doute qu'il ne le pouvait pas.
Gela ne veut pas dire qu'il n'ait pas voulu fonder une dynastie. Mais il s'y prit, conformément à sa politique ordinaire, par des moyens détournés, comblant d'honneurs prématurés celui qu'il considérait comme devant être son héritier, de manière à ne laisser aucun doute sur ses intentions, et l'armant par avance de pouvoirs tels qu'il ne pouvait manquer, au moment de la vacance, d'être le maître en fait, la ratlRcation du peuple, représenté par le Sénat, se réduisant à une simple formalité. Cette méthode, dont il donna l'exemple, devint de règle par la suite.
Comme il n'avait pas de fils, il Jeta les yeux sur iSon neveu Marcellus, un jeune homme de belle espérance que, de très bonne heure il s'eiïorça de mettre
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en lumière. A peine âgé de quinze ans, dès 27, il remmena faire ses premières armes dans la campagne contre les Canlabres. Deux ans après il lui fit épouser sa fille Julie, qui elle-même n'était Agée alors que de quinze ans. Puis il le fit entrer dans le Sénat, lui conférant, par une fiction légale, le titre d'ancien questeur, avec le droit de siéger et de voler parmi les anciens préteurs. Pour l'année suivante il devait exercer l'édilité curule qui lui fournit l'occasion de consacrer sa popularité par des jeux magnifiques. En même te:nps i! fut autorisé à se présenter aux consulat dix ans avaut l'âge requis.
Il avait en la personne d'Agrippa un rival, de naissance inférieure, mais possédant la supériorité de l'âge, des talents, des services rendus, des dignités exercées, le premier personnage de l'Empire après l'empereur, et jugé seul apte à en recueillir le fardeau. xVgrippa dépité se retira dans un exil volontaire dont il sortit en 23, rappelé par la mort inopinée de Marcellus.
De retour à Rome il hérita de sa situation ainsi que de sa veuve qu'il dut épouser, la main de la fille de l'empereur devenant ainsi le gage de la succession à l'Empire. Il avait déjà été associé en sous-ordre à Vimperium proconsulaire. Il le fut maintenant à la puissance tribunicienne qui faisait de lui comme un collègue en second de l'empereur, son héritier éventuel. Toutefois cette dernière perspective était subordonnée à la naissance d'un enfant mâle issu de son mariage avec Julie, car Auguste était bien décidé, s'il le pouvait, à maintenir la souveraineté dans sa descendance. Quand naiiuircnt en 20 cl en 17 Gains et Lucius ce fut pour lui une grande joie. Il adopta immédiatement les deux enfants, ses petits-fils, et accumula les honneurs sur leur tête. Agrippa dès lors ne devait plus être que le guide futur de ses fils. Il mourut d'ailleurs avant de les avoir vu grandir. L'avenir néanmoins paraissait réglé quand, encore
une fois, tout fut remis en question par leur morî prématurés en 2 et en 4 ap. J.-G.
Alors apparut au premier plan la famille de Livie, la quatrième femme d'Auguste, la seule qu'il eût aimée. Très belle, très intelligente, très ambitieuse, elle avait eu de son premier mariage avec Tib. Glaudius Nero, deux fils, Tibère et Drusus.EUe visait pour eux à l'Empire et poursuivait de sa jalousie la branche julienne au profit des deux Claudii. Il est vrai qu'ils iuslifiaient l'un et l'autre, par leur haute valeur, les rêves où se complaisait son orgueil maternel.
Le cadet, Drusus, disparut jeune, après une série de brillantes campagnes en Germanie, laissant une réputation sans tache et d'universels regrets. Il avait obtenu, à vingt-trois ans, le droit de se présenter aux magistratures avant l'âge légal. Tibère son aîné avait un égal renom . Lui aussi avait pu devancer l'âge dans l'accès aux magistratures. Il restait maintenant le plus taraud homme de guerre, la plus forte tête que Rome possédât, depuis Agrippa.
Il n'avait ni la séduction de son frère ni sa popularité. Auguste ne l'aimait pas. Pourtant il avait fallu recourir à lui après la mort de Drusus en 15 et d'Agrippa en 12. Gomme elle avait passé de Marcellus à Agrippa, Julie passa d'Agrippa à Tibère. Etrange commentaire aux lois de l'an 18, et non moins étrange leçon de morale pour une jeune femme naturellement portée au plaisir. En 6 il fut associé pour cinq ans à la puissance tribunicienne. Mais Caius et Lucius vivaient encore, et il n'avait d'autre office que de préparer les voies à leur avènement. Ce rôle dont Agrippa s'était accommodé quand il s'agissait de ses fils, on ne pouvait lui demander de s'y résigner avec la même abnégation dans l'intérêt de deux étrangers. Gomme Agrippa quand il avait dû céder le pas à Marcellus, il se retira pour aller vivre en Orient en simple particulier.