‹ L'Empire russe et le tsarismeChapitre 12 sur 33 · I. I MP1HE HUSSE · texte numérisé non relu

I. I MP1HE HUSSE

Tyskiévicz concluait que quatre réformes lui semblaient le minimum nécessaire :

1° Rétablissement de la langue polonaise dans les écoles, tribunaux et administrations;

2° Admission des Polonais à toutes les fonctions officielles en Pologne;

3° Autonomie des départements et communes;

4° Liberté religieuse.

Ce modeste programme peut être considéré comme celui de la haute aristocratie, qui forme la droite, en quelque façon, de la nation polonaise; les partis démocrates et socialistes en seraient comme la gauche; au centre, la bourgeoisie vient de réunir son Comité Progressiste National et de formuler à son tour son programme minimum :

1° Le Royaume de Pologne forme une organisation politique autonome (comme avant 1830), avec un parlement élu par le suffrage universel et réglant d'une façon souveraine toutes les affaires intérieures du pays;

2° Dans le reste de l'Empire, les Polonais obtiennent la liberté absolue du développement national et des droits politiques;

3° Dans la période précédant l'introduction d'un pareil statut organique, les réformes suivantes doivent être introduites dans le Royaume de Pologne : a) Introduction de la langue polonaise dans l'école, la magistrature et l'administration; b) Abolition de tous privilèges nationaux et religieux; liberté de culte pour les Unicités persécutés; c) Abolition de tous règlements restrictifs pour les Polonais dans tout l'Empire; d) Liberté absolue des associations et réunions, de la parole et des grèves; e) Inviolabilité des personnes et domiciles; f) Amnistie pour tous les délits politiques; g) Autonomie des communes rurales et des

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villes; h) Enseignement gratuit et obligatoire pour le peuple.

On voit que socialistes, bourgeoises ou aristocratiques, ces réclamations polonaises vont toutes, en somme, au rétablissement de l'état de 1815 : non l'indépendance, mais l'autonomie.

Les Polonais consentiraient à rester dans l'empire russe, sujets du tsar, mais sujets polonais d'un tsar roi de Pologne. lisse rendent compte qu'ils ne gagneraient rien à échanger l'annexion russe contre une annexion allemande ou hongroise. Ils pourraient même, oubliant les cruautés moscovites, arriver à concevoir, à désirer, une Slavie fédérée contre les ennemis ou les tyrans de la race, le Prussien et le Hongrois.

.Mais dans cette fédération, ils veulent que chaque famille slave vive autonome à son foyer, sous la tutelle russe, non sous la tyrannie, avec un chef, non avec un bourreau moscovite. Ils ne réclament môme pas Ions les privilèges ou libertés de 1815 : ils savent qu'une année polonaise exciterait de nouveau les défiances du Russe et les folles espérances de leur propre nation, et que 10 ou 11 millions de Polonais, malgré toute leur bravoure, ne sauraient en guerre ouverte tenir tète à 80 millions d'orthodoxes.

Us savent mieux encore qu'une ligne de douanes ou de règlements spéciaux ruinerait leur commerce et leur industrie : leur usine a tout intérêt à rester unie avec la ferme russienne.

Même s'il ne veut pas admettre toutes ces réclama-

lions polonaises, Nicolas II comprendra-t-il enfin que la russification a fait son temps, qu'elle a complètement échoué et qu'entre les procédés trop libéraux peut-être (au goût du tsarisme) d'Alexandre Ier et les atroces procédés de Nicolas Ior et d'Alexandre III, il faut à tout prix trouver un nouveau régime?

En Lithuanie, depuis le commencement de la guerre mandchourienne, on a jugé convenable de suspendre les persécutions linguistiques : un décret du 7 mai 1901 permet l'emploi « dans les ouvrages imprimés, en outre des caractères russes, de l'alphabet latin ou d'un autre quelconque ». En Pologne propre, il n'est que temps aujourd'hui de supprimer toutes les formes de persécution, d'acclimater quelques organes de tolérance, des mœurs et des institutions de liberté.

Que se passera-t-il, si Pétersbourg, à sa mode habituelle, tergiverse, recule, retarde, bref, applique à ce problème polonais les méthodes de Kouropatkine en Mandchourie? la paix polonaise est aussi nécessaire à l'empire russe qu'une paix mandchourienne. Sans rien perdre, la Russie peut signer avec la Pologne cette paix honorable et profitable pour les deux parties : dans sa Pologne slave et catholique, l'empire russe aurait son meilleur soldat de défense ou — qui sait? — d'avant-garde contre l'Allemand et le Hongrois détestés.

LA RUSSIFICATION

(suite)

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En Pologne, la russification pouvait avoir un semblant d'excuse dans le souvenir des guerres séculaires, puis des insurrections redoublées, qui avaient menacé la sécurité, l'existence même des communautés russiennes, puis l'intégrité de l'empire russe. Contre les autres peuples des « marches » annexées, contre les Baltes, les Finlandais et les Juifs ou contre les Arméniens, quel prétexte, quelle circonstance atténuante le tsarisme russificateur pourrait-il invoquer?

Jusqu'en 1881, deux tsars, le plus réactionnaire et le plus libéral, Nicolas Iep et Alexandre II, avaient continué la politique tolérante d'Alexandre Ier. Mais entre 1870 et 1881, les vantardises du pangermanisme avaient alarmé Pétersbourg. A partir de 1881, sous le- nuiics d'Alexandre III et de Nicolas II, elles fournirent ;'i la bureaucratie policière et pillarde l'occasion d'installer dans les provinces baltiques, puis juives,

puis finlandaises, arméniennes enfin, ses fructueuses opérations.

On n'a pas encore dressé le bilan de ce qu'a pu coûter à l'Europe, à l'humanité, le triomphe de la philologie prussienne : ayant annexé de force les « frères » du Slcswig et de l'Alsace-Lorraine, le philologue pangermaniste revendiquait les « frères » des Provinces baltiques ; ces revendications réveillèrent la haine que tout bon Russien garde au fond du cœur contre les Allemands.

Antipathie de race et d'esprit, disent les uns :

Les Allemands ont surtout l'avantage des règles positives, élaborées, — écrivait Herzen — voici plus d'un demi-siècle * ; nous avons sur eux l'avantage des forces robustes, d'une certaine latitude d'espérance. Là où ils sont arrêtés par leur conscience, nous ne sommes arrêtés que par un gendarme. Nous les froissons profondément par notre laisser aller, par notre conduite, par le peu de ménagement des formes. Ils nous ennuient mortellement par leur pédantisme bourgeois, par leur conduite irréprochablement mesquine. Chez eux, un homme qui dépense plus de la moitié de ses revenus est taxé de fils prodigue, de dissipateur. Chez nous, un homme qui se borne à manger ses revenus est considéré comme un monstre d'avarice.

Rancune populaire et revanche nationale, disent les autres : depuis Pierre le Grand, la Russie était en proie aux Allemands; Pétersbourg livrait les « Slaves » à la tyrannie germanique : « Sire, pouvait dire le vainqueur du Caucase, Ermolof, à Nicolas Ier qui lui refusait un poste, Sire, permettez-moi de devenir

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