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Ossip-Lourié, La Philosophie russe contemporaine, p

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Allemand pour plaire à Votre Majesté. » Depuis deux siècles, surtout depuis les tsars « allemands » Catherine II et Nicolas Ier, il faut reconnaître que l'exploitation allemande s'était durement imposée par la bureaucratie dans toutes les administrations, sur toutes les terres du Russien, et cette exploitation n'évitait ni la morgue ni les excès. Les « Slaves » voulaient prendre leur revanche; les « slavophiles » traduisirent un sentiment delà nation presque entière.

Dès la fin du xvme siècle, cette théorie slaviste, slavophile ou panslavisle — les Russes se servent indifféremment des trois termes — avait eu ses avocats parmi les écrivains.

Von Visine (un noble de race allemande) invoquait déjà « les textes de la Bible contre le diable étranger », c'est-à-dire les encyclopédistes français. Chtcherbatof, dans son Histoire de la Russie et son essai Sur la corruption des Mœurs, critiquait violemment l'œuvre « occidentale » des Pierre et des Catherine.

Ses disciples tartares, Boltine et Karamzine (tous deux étaient de race tartare et Karamzine n'est que la russification de Kara-murza), prêchaient la « patience historique » : l'Europe occidentale, disait Karamzine, mène le monde, comme naguère l'Europe méditerranéenne le menait, comme jadis l'Europe levantine et comme aux premiers siècles de l'histoire l'Asie occidentale et l'Egypte; mais cette Europe occidentale ne durera pas toujours; sans vaines agitations, surtout sans changements inutiles, pernicieux, que la Bussie patiente; elle aura son tour; qu'elle se garde

pour ce rôle inévitable; qualités ei défauts, vices et vertus moscovites — ou du moins ce que les Occidentaux jugent tel, — le peuple russe est doué des énergies nécessaires à l'œuvre que Ton ne peut entrevoir ni définir encore, mais dont tôt ou tard le jour viendra.

Au xvme siècle et durant la première moitié du xixe, cette théorie ne pouvait sembler aux gouvernants à l'allemande ou à la française, aux Catherine, aux Paul, aux Alexandre, aux Nicolas, que paradoxe, jeu d'esprit et de mauvais esprits; l'essai de Chtcherbatof ne fut imprimé qu'en 1858. Mais les écrivains, Tchédaief, Gogol, etc., continuèrent la prédication.

Après la guerre de Crimée et la prise de Sébastopol, qui blessa si durement l'orgueil national, l'école des Kiriéievski, des Khomakiof, des Samarine, des Aksakof, etc., compléta la théorie en unissant le mysticisme religieux de Gogol à l'optimisme historique de Karamzine1.

En 1856, dans la Jionskaia Biessiéda (Entretien russe), Ivan Kiriéievski formulait les principes « slavophiles » que la nation, puis le gouvernement allaient adopter : « La culture européenne a fait son temps; elle penche à la faillite; n'ayant donné aux hommes que mécontentement de soi, inquiétudes de conscience et d'esprit, troubles de la famille et de la société, elle va sombrer comme sombra la culture antique; la civilisation encore une fois ne peut être sauvée que par des

1. Sur tout ceci, le lecteur français consultera la Littérature russe de Waliszewski, surtout le chapitre vin.

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peuples nouveaux, tics « barbares » vertueux, enthousiastes, pieux, par la jeune Russie, la sainte Russie, la Slavie orthodoxe.

Cette théorie, dit un Russe1, crée une haine implacable de l'occident, un culte morbide pour tout ce qui est russe : la civilisation occidentale, pourrie, doit céder la place à la civilisation russe; la race latine est décrépite; la race germanique est bornée; toutes deux sont condamnées à sombrer dans un cataclysme social, dont nul ne peut prévoir les horreurs; le salut de l'univers est encore possible, mais il ne peut venir que de la Russie.

Cette idée fixe : « Pour tout Slave, l'idée du slavisme devrait être la plus élevée : plus élevée que la liberté, la science, l'instruction; plus élevée qu'aucun bien de ce monde2 », on essaie de la présenter comme une nécessité historique inévitable. Voyant partout des ennemis de leur idée, les panslavistes persécutent ceux qui ne pensent pas comme eux..., et l'on aboutit à la Finlande, à Kicbinef.

Le slavisme, surexcitant l'orgueil national, flattant le préjugé de « la riche nature » qui tient si fort à tout cœur russien, a depuis cinquante ans dominé la vie de la nation : intellectuels et paysans, conservateurs et révolutionnaires en ont subi la contagion ou les crises. 11 a fait la popularité, la puissance d'un journaliste, KatkoT, qui jadis libéral, anglomane, devint après l'insurrection polonaise de 4803 le elia m pion du tsarisme et de l'oppression, le pourvoyeur delà guillotine russificatrice.

Le slavisme a même troublé ou déformé les visions

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