Uullelin de L'Alliance Israélite, 1898, p
lauls, Lublin qui en a 50 000, et Ilomir qui en a 65000. A Grodno sur 25 000 Juifs, à Lublin sur 23000, à Itomir sur 22000, voici la statistique officielle des travailleurs juifs :
Juifs. Grorinu. Lublin. Itomir.
Artisans du vêtement et de la chaussure.. 1 722 1319 2 730
— du livre et de la quincaillerie. ... 7S1 530 1294
— de la construction et du meuble.. 588 192 G16
— de l'approvisionnement 200 505 282
Manœuvres, journaliers et ouvriers 2 934 1 124 2 090
Totaux 6 285 3 070 7 012
Ces Juifs de Russie cultivent la terre. Un petit nombre, dispersés dans les villages, dans les « colonies » que Catherine II les autorisa de fonder en Nouvelle-Russie, s'adonnent à la grande culture. Mais en foule, autour des villes, ils vivent de leurs jardins.
Une publication officielle du gouvernement, Les Forces productives de la Russie, qui parut à l'occasion de fexposition de Nijni-Novgorod, constate que, dans tous les gouvernements de la Vistule, de la Lithuanie et de la Russie Blanche, « la petite culture maraîchère est en grande partie dévolue aux Juifs ». En Lithuanie plus particulièrement, « la culture des légumes dans les environs des villes est faite le plus souvent par des Juifs et des Tartares ». En Russie Blanche, les cultures maraîchères, qui se sont beaucoup développées, constituent l'occupation des Juifs de Mohilef, des starovières (hérétiques russes) et de jardiniers originaires de la Russie centrale.
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Les tsars ont longtemps hésité sur la conduite à tenir envers ces Juifs du Territoire.
Alexandre Ier leur ouvrit les écoles du gouvernement et les domaines de la Couronne; mais il restreignit Tétendue de ce Territoire, en défendant aux Juifs de s'établir à moins de cinquante verstes des fronlières de l'empire : il craignait leur connivence avec l'Occident, leur contrebande en temps de paix, leurs trahisons en temps de guerre. Nicolas Ier ne toucha pas à leurs libertés scolaires, mais détacha encore du Territoire quelques villes, Kief où la souillure juive ne pouvait pas coexister avec les reliques des martyrs et des saints, Sébastopol, Nikolaief, etc. Alexandre II, le libérateur des serfs, allait aussi libérer les Juifs, leur accorder dans tout l'empire les mêmes droits civils qu'à ses autres sujets, — quand il fut assassiné (mars 1881).
Parmi les révolutionnaires inculpés du meurtre d'Alexandre, des Juifs figuraient : les slavistes eurent beau jeu pour réveiller les haines populaires; du mois de décembre 1881 au mois de juin 1882, des émeutes antijuives — le phénomène, devenu endémique, a son nom particulier en russe : on dit pogrome, — avec pillage et massacre, éclatèrent à Varsovie, à Vilna, à Mohilef, à Balla, à Ékatérinoslaf, dans vingt ou trente villes, coûtèrent la vie à des milliers de Juifs, en ruinèrent des centaines de milliers, et près de
25 non cherchèrent un refuge en terres autrichiennes :
« On dil que noire petit père le tsar le veut ainsi », était le mot d'ordre; le gouvernement laissa dire el faire, puis le minisire de l'Intérieur, l'homme de confiance des slavistes, le général Ignatief fit promulguer les Lois de mai 1882 :
1° A titre de mesure temporaire et jusqu'à la révision générale des lois qui règlent la situation des israélites, défense est faite aux israélites de s'établir en dehors des villes et des bourgades. Exception est faite en faveur dea colonies déjà existantes, où les israélites s'occupent d'agriculture.
2° Jusqu'à nouvel ordre, il ne sera pas donné suite aux contrats faits au nom d'un Israélite et qui auraient pour objet l'achat, l'hypothèque ou la location d'immeubles ruraux situés en dehors des villes et des bourgades; est nul également le mandat donné à un israélite d'administrer des biens de la nature ci-dessus indiquée ou d'en disposer.
3° Défense est faite aux israélites de se livrer au commerce les dimanches et jours fériés de la religion chrétienne.
Ces lois temporaires de mai 1882 sont toujours en vigueur1 : dès 1883, cependant, on en pouvait mesurer les atroces conséquences ; une commission,
1. En théorie, les lois de mai (comme le spécifie un art. IV que j'omets de citer) ne s'appliquent qu'au Territoire proprement dit, c'est-à-dire aux seules quinze provinces de la Litbuanie et des Russies Blanche et Petite : dans les dix provinces de la Vistule, en terre polonaise, le Juif théoriquement continue de jouir de tous les droits civils qui en font l'égal du Polonais. Pratiquement, des règlements administratifs ou le bon plaisir des fonctionnaires amènent en Pologne les mêmes résultats — peu s'en faut — que dans le reste du Territoire.
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nommée pour étudier la situation des Juifs dons tout l'empire et proposer une législation définitive, concluait par la bouche du prince Demidof San-Donato: « Il n'y a qu'un remède à la situation, c'est le régime d'égalité pour les Juifs, l'abolition des lois d'exception, la bienveillance inscrite dans la loi et qui, de la loi, passera dans les mœurs. » M. Pobiedonoslsef, au nom du Saint-Synode, réclama et obtint le maintien des lois de mai, sans cacher les résultats qu'il en attendait; on lui prête du moins ce mot énergique, que jamais il n'a désavoué : « Un tiers des Juifs se convertira, un tiers émigrera, le reste mourra de faim. » Il ne semblait pas en effet, dès 1883, que ces lois pussent avoir d'autres conséquences.
Dans leur Territoire, les Juifs ne peuvent ni acquérir ni louer des terres en pleine campagne, au grand soleil, à l'air libre, ni même séjourner ailleurs que dans les villes et bourgades. Car on interprète la loi au sens le plus littéral : malgré les décisions du Sénat, qui permettent au Juif quelques semaines de villégiature durant l'été, pour raisons de santé, les fonctionnaires interdisent jusqu'à ces villégiatures dans la banlieue des villes du Territoire.
Dans les environs de Kief, tous les Juifs en villégiature, au cours de l'été de 1901, ont reçu l'ordre de quitter sur-lechamp lesj localités où ils séjournaient. A Tatarbunares (gouv. de Bessarabie), le conseil communal a fait afficher un avis interdisant aux Juifs de se baigner dans le lac Sosik, à moins d'autorisation spéciale du gouverneur. A Britchane, près d'Odessa, il est défendu aux Juifs de se promener dans le jardin avoisinant l'église. A Varsovie,
li a gardiens ont reçu l'ordre d'empêcher les Juifs de péné- Irer sous aucun prétexte dans les jardins publies *.
La station balnéaire de Klein-Lilienthal (près d'Odessa) était chaque année, à l'époque des vacanees, fréquentée par de nombreux Israélites : les autorités n'y avaient jamais fait opposition. A la fin du mois d'août, un décret que rien ne faisait prévoir ordonna aux 700 familles juives qui séjournaient à Klein-Lilienthal de quitter cette ville dans un délai de trois jours.
Qn israélite de Nakhitchevan (Caucase) était venu à Kharkof pour subir une grave opération à l'hôpital municipal de cette ville. L'opération faite, il reçut, à la fois, l'ordre de quitter la ville sur-le-champ, malgré son état de santé encore précaire, et l'assignation à comparaître devant le tribunal de simple police qui le condamna à 5 roubles d'aniciide pour séjour illégal2.
Qu'est au juste une ville? et qu'est une bourgade? La loi n'a pas défini ces termes, mais laisse au bon plaisir de la police et de l'administration le soin de proclamer que telle agglomération est un village, telle autre un bourg... Delà campagne ouverte, le Juif est donc chassé vers les villes existantes : comme en ce pays, longtemps ravagé par les guerres et où la grande culture et la grande industrie s'installent à peine, les villes sont peu nombreuses, les Juifs s'entassent sur quelques points; quatre ou cinq millions de Juifs doivent, je ne dis pas vivre, mais respirer sur un espace où 200000 chrétiens étou fieraient.
En 1897, on fit un recensement de l'empire et les recenseurs officiels joignirent à leurs tableaux quel-