On sait que le rouble vaut environ 2 fr. 50, et le kopek
2 centimes 1/2.
mers et ouvrières de grande industrie, atteint 4 à 5 roubles par semaine ; à Kopis, près d'Orcha, dans la Russie Blanche, les fabriques de faïence ont, depuis quinze années, relevé une population de 8 000 habitants qui mouraient presque littéralement de faim; aujourd'hui 2 500 Juifs vivent grâce à ces fabriques et gagnent de 30 à 40 roubles par mois. Ailleurs, certains artisans habiles, sortis des écoles professionnelles, parviennent à se faire 1 rouble et 1 rouble 20 par jour. Mais ces exemples trop rares confirment seulement la règle commune.
Par contre, on peut constater des salaires plus bas encore. 11 est des localités où la moyenne des salaires ne dépasse pas 2 roubles par semaine, à Balta, par exemple. A Nanef, sur le Dnieper, il y a, sur 10 000 habitants, 1 500 Israélites; les salaires moyens sont de 7 roubles 1/2 par mois. En Russie Blanche, gouvernement de Mohilef, les fonctionnaires ne parlent des tisserands de Dubrovno qu'avec des gestes d'apitoiement : 4 000 Juifs au visage creux, aux yeux ternes et au corps émacié par un travail quotidien de vingt heures, qui leur rapporte 75 kopeks ou un rouble par semaine, pour nourrir une famille de six à huit personnes. Bien que la sobriété des Juifs soit proverbiale, on ne peut admettre que de pareils salaires suffisent à assurer l'existence : les journées de chômage sont presque aussi fréquentes que les journées de travail, et, la moitié du temps, les ouvriers en sont à regretter ces salaires de famine.
La classe, presque aussi nombreuse, des petits commerçants, n'est pas mieux partagée. Le nombre est presque incalculable des petits boutiquiers dont l'inventaire ne vaut pas plus de 6 à 15 roubles; il y en a qui peinent toute la journée pour gagner 15 à 20 kopeks. Dans beaucoup de villes, Élisabethgrad, Mohilef, Minsk, Vilna, ils doivent se contenter d'un gain hebdomadaire de 2 roubles à 2 roubles 1/2.
Contre une telle misère, la bienfaisance publique et privée est impuissante. A Odessa, un quart de la population vit on ne sait comment ou se livre à la mendicité; à
LA RUSSIFICATION 181
la Pâque, 60 000 personnes sur 130 000 ont sollicité le secours de la communauté pour l'achat des pains azymes.
A Mohilef, le quart delà population juive, soit 800 familles, a eu besoin «lu même secours; les revenus de la taxe sur la viande diminuent d'année en année; dans l'espace de dix ans, il sont tombés de 14000 à S 500 roubles. A Berditchef, où pourtant l'on peut constater un renouveau d'activité industrielle, commerciale et agricole, on rencontre sur les places de la ville un nombre considérable de Juifs sans profession qui attendent l'occasion de gagner quelques kopeks comme porteurs, guides ou commissionnaires : un tiers de la population — cinq mille familles — est sans moyens d'existence *.
Sur cette population misérable, il va sans dire que le gouvernement prélève ses impôts ordinaires, — et d'abord l'impôt du sang.
Le Juif, comme tous les sujets du tsar, est astreint au service obligatoire; mais il ne peut jamais arriver au grade d'officier, ni même de chef de musique. On l'accuse de se soustraire par toutes les ruses au recrutement : les statistiques officielles prouvent que, sauf le cas d'émigration, il répond à l'appel avec une sorte de point d'honneur où peut-être il entre un peu de flatterie à l'égard des autorités, mais aussi beaucoup d'espoir que sa race profitera quelque jour de son sacrifice individuel.
Chaque année, le Messager du Gouvernement publie les chiffres des conscrits et des incorporés : sur les UT() 000 conscrits de l'empire (chiffre de 1897), les Juifs figurent pour 50 000; dans les 280 000 incor-