‹ L'Empire russe et le tsarismeChapitre 22 sur 33 · FINLANDE · texte numérisé non relu

FINLANDE

Séparée des terres russiennes par les forets profondes et par la chaîne de grands lacs qui, de la Baltique à la mer Blanche, creusent un fossé continu, la Finlande fut toujours une annexe étrangère où l'influence maritime pénétrait par des milliers d'îles et de fjords.

Jusqu'au début du xixc siècle, c'était une colonie suédoise, intimement unie à la métropole par le va-etvient des barques ou des traîneaux baltiques; le pourtour de ses côtes est encore aujourd'hui le domaine des Suédois. Les tribus finnoises de l'intérieur conservèrent leur langue; mais le suédois devint pour elle un second idiome national; il est encore le véhicule de la civilisation et de la science occidentale, comme il fut jadis le véhicule de la religion luthérienne.

Trente-sept millions d'hectares (les deux tiers de la France); deux millions et demi d'habitants, dont trois ou quatre cent mille Suédois authentiques, et le resle de Finnois métissés; pas un Russien, sauf quelques fonctionnaires et quelques demi-nomades dans les

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forêts de L'Orient, pas un orthodoxe ni un catholique : tous luthériens, mais d'un luthéranisme teinté de douceur, de placidité rêveuse, de tendresse mystique.

Un peuple de défricheurs, de laboureurs entôtés à faire germer leurs céréales sur une table de granit, parmi les essarts et les marécages, sous un ciel de neiges et de nuées, jusqu'aux abords du cercle polaire ; un peuple de marins aussi et d'industriels, de soldats et de coureurs d'aventures : une sorte de Bretagne sans alcoolisme, avec les vertus Scandinaves et la régularité prolestante.

Entamée par les conquêtes de Pierre le Grand, envahie au cours du xvme siècle, la Finlande fut annexée par Alexandre Ier après la grande guerre de 1809. Un manifeste du tsar dès le mois de juin 1808 avait promis le respect des lois, droits et privilèges que les rois de Suède avaient accordés à leur grand-duché. Le 27 mars 1809, Alexandre ouvrait la diète, et jurait de maintenir la constitution finlandaise :

Nous Alexandre Ior, Empereur et Autocrate de toutes les Hussies, Grand-Duc de Finlande, etc., etc., etc., savoir faisons : La volonté du Très-Haut nous ayant fait entrer en possession du Grand-Duché de Finlande, Nous avons voulu par les présentes confirmer et sanctionner la religion et les lois fondamentales du pays ainsi que les droits et privilèges dont chaque Ordre en particulier, dans ledit Grand- Duché, fl tous ses habitants en général, tant grands que petits, "iit joui jusqu'à présenl en vertu des Constitutions. Noua promettons cl*' maintenir tous ces avantages et lois en

pleine vigueur sans altération on changement. En foi de quoi Nous avons signé le présenl acte de garantie de Vitre I i opre main.

Donné à Borgâ, le 15/27 mars 1809.

L'original est signé de la propre main de Sa Majesté :

Alexandre.

En retour, les Finlandais lui prêtèrent serment de fidélité, et dans un mémoire au gouverneur général

Steinheil, du 20 septembre 1810, Alexandre expliquait ses intentions :

En réglant la situation de la Finlande, j'ai eu L'intention «1" donner à ce peuple une existence politique, de Lelle sorte qu'il ne se regarde pas comme conquis parla Russie, mais comme attaché à elle par le lien de ses intérêts évidents : c'est pourquoi, non seulement ses lois civiles, mais ses lois politiques ont été maintenues.

De 1810 à 1890, la Finlande fut régie par cette constitution : le tsar représenté par un gouverneur général ; la Finlande représentée par sa diète archaïque où les Quatre ordres (noblesse, clergé, bourgeoisie, paysans) avaient chacun son assemblée particulière; le pouvoir exécutif et judiciaire surveillé par un Sénat, qui pour moitié était Conseil des ministres et, pour moitié, Cour suprême.

De 1809 à 1855, la diète ne fut pas convoquée; mais le Sénat gouverna sagement, libéralement, et Nicolas Ier, aussi bien qu'Alexandre Ier, respecta les droits et privilèges finlandais. Alexandre II, dès 1855, annonça qu'il appliquerait scrupuleusement la constitution : le 18 juin 1803, il convoquait la diète; le

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JS septembre, il l'ouvrait en personne, et annonçait «les changements constitutionnels qui ne porteraient aucune atteinte aux libertés de la nation. A la un de 1804, une commission finlandaise dressa le plan de ces modifications qui, adoptées par la diète et sanctionnées par le tsar grand-duc, devinrent en 1869 la Loi organique de la diète. En voici les dispositions principales :

1° Le Grand-Duché de Finlande, faisant partie de l'empire Russe, est indissolublement uni à cet Empire;

•1" Le Grand-Duché est gouverné d'après sa forme de gouvernement et ses lois;

3° L'empereur de Russie est en même temps grand-duc de Finlande; en ce qui regarde l'ordre de la succession au trône, l'âge où l'héritier devient majeur, la régence ainsi que d'autres questions analogues, ce qui est ou sera statué quanta la Russie sera valable aussi pour la Finlande;

4° Les relations de la Finlande avec les puissances étrangères dépendent de celles de l'Empire et sont identiques;

5° L'administration suprême dans le pays est confiée à un Sénat, composé d'un président et d'autant de membres qu'il Bera jugé nécessaire, auxquelles fonctions t\<'* hommes d'origine finlandaise seront nommés par l'Empereur;

6° Le pouvoir judiciaire de l'Empereur sera exercé par un Tribunal suprême, composé d'un président et de membres inamovibles et nommés par l'Empereur parmi des hommes d'origine finlandaise;

7° Les affaires qui demandent à être décidées par l'Empereur Lui-même sont rapportés à l'Empereur par un Ministre-secrétaire d'État, qui doit être Finlandais d'origine;

s Le Ministre-secrétaire d'Etat et les membres du Sénat, ainsi que les autres fonctionnaires du pays, ne sont, responsables que devant l'Empereur de l'exercice de leurs fonctions et emplois;

9° Les États du pays ont le droit de se réunir en Diète ordinaire;

10° Désormais, aucun emprunt d'État ne sera fait sans le concours de la Diète, sauf le cas où une guerre ou quelque autre calamité imprévue rendrait nécessaire d'y avoir recours;

11° Le droit appartenant déjà aux États au sujet des impôts sera élargi, en ce qui regarde les impôts extraordinaires; la législation concernant l'alcool sera soumise désormais à l'examen de l'Empereur et des États; les principes généraux de l'impôt douanier seront décidés dans le même ordre, tout en réservant à l'Empereur exclusivement le pouvoir de fixer le montant des droits de douane ;

12° Le droit d'initiative, qui a appartenu aux États dans les temps passés, leur sera restitué, l'initiative en matière de lois fondamentales restant toutefois réservée à l'Empereur seul ;

13° La liberté religieuse devra être étendue de manière que tout chrétien, quelle que soit la confession spéciale à laquelle il adhère, puisse obtenir le droit de citoyen en Finlande et y être admis au service public, civil et militaire.

Ce régime a fonctionné régulièrement sous Alexandre II et Alexandre III jusqu'en 1890. Alexandre III et Nicolas II de 1890 à 1899 y portèrent quelques atteintes, mais le tolérèrent à demi. Il eut pour la Finlande des résultats bienfaiteurs. Il permit, et stimula la libre initiative, encouragea l'éducation populaire, appliqua les ressources locales aux besoins locaux, imposa le minimum de charges financières et militaires, et tourna toutes les énergies vers la découverte et l'exploitation du domaine national. La Finlande montra ce que pourra devenir la Russie tout entière,

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le jour où une administration économe et raisonnée mettra en valeur les ressources de cet immense empire.

La Finlande, qui ne représente qu'un soixantième de l'empire et l'un des moins favorisés de la nature, parvint sans contracter d'emprunts à outiller son commerce et son agriculture, à se pourvoir de routes, de voies ferrées, de ports, de laiteries et fromageries. Ses postes furent régulières et ses douanes honnêtes, parce qu'elle en avait la surveillance; sa presse connut une grande dignité, parce qu'elle était libre. Dans cette immensité de forets presque désertes, les fauves, les brigands et les ivrognes disparurent pour faire place chaque jour à de nouvelles fermes essaimées. La Suisse mise à part, il n'est pas en Europe de communauté comparable à la Finlande.

On trouvera un exposé complet de la situation finlandaise dans l'excellent ouvrage de N. C. Frederieksen, La Finlande. En voici les traits principaux :

Dans sa plus grande partie, la Finlande est un pays peu fertile, peu favorable à l'agriculture. Elle appartient, par sa formation géologique, à la péninsule Scandinave, et non à la grande plaine de l'Europe orientale et septentrionale. Le sous-sol consiste surtout en granit et en gneiss, parfois en porphyre et en schiste. La surface provient surtout de formations glaciaires, dont la plus grande partie donne plutôt des terres pauvres.

En Finlande, 11 p. 100 de la superficie sont couverts par les eaux des lacs et des fleuves. Dans le Savolaks et la Carélie, la superficie couverte par les eaux atteint même 19 p. 100. Les terres et les eaux ne sont pas complètement Béparées : les marais et les tourbières couvrent encore le

cinquième de la surface du pays, et même plus de la moitié dans quelques parties de l'esl et du nord. Od a, dans la nord, un hiver de huit mois, et de cinq

mois dans le sud . Le printemps n'arrive qu'en mai ei quelquefois en juin. Et pourtant, dans la Finlande méridionale, la température moyenne de l'année est de 4-5° Centigrades contre — 3° sous la môme latitude, sur le fleuve Ienissei, et — 4° dans le Kamtchatka. Les gelées du mois de juillet, parfois aussi du mois d'août, ainsi que celles du printemps, quand il y a une longue période sans pluie, l'oni beaucoup de mal.

Les céréales mûrissent même dans l'extrême nord du pays. C'est l'orge qui s'avance le plus loin vers le nord, aussi loin que le pin. L'orge a toujours été cultivé dans le pays. Elle fut, pendant longtemps, employée pour le pain. On remploie encore comme nourriture dans une partie de l'est, ainsi que dans l'arrière-pays du nord. Dans le nord-est, on fait, en des formes d'écorce de bouleau, un pain d'orge particulier, que l'on appelle rieksa.

C'est au xvine siècle seulement que l'orge est devenue moins importante que le seigle, bien que celui-ci ait été introduit de bonne heure par les Suédois. Ce n'est que plus tard encore que l'orge a été en grande partie remplacée par l'avoine. Le froment n'a été introduit que récemment. On le cultive dans le sud-ouest où il parait assez bien réussir. La culture de l'avoine s'étend jusqu'au cercle polaire. L'importance de l'avoine a augmenté avec l'extension qu'ont prise les laiteries. L'avoine convient particulièrement aux terres récemment défrichées.

De même que le lin, le chanvre a été cultivé dans le pays depuis des temps anciens. Le grand poème de la dernière période du paganisme dans lequel revivent les mythes finlandais, Je Kalevala, en fait mention, de même que des céréales ordinaires. Le lin convient aux terrains récemment défrichés; il est cultivé sur une étendue considérable aux environs de la ville de Tammersfors.

Outre la rave ordinaire destinée à la nourriture du bétail, une variété particulière du navet, le turnip, a été

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cultivée jadis partout où Ton pratiquait l'écobuage. On l'a cultivée jusqu'au lac d'Enare, au soixante-neuvième degré et. demi de latitude, et on l'utilise encore pour la nourriture de l'homme. En général cependant, elle est remplacée par la pomme de terre. Dans le midi, les betteraves réussissent; dans la contré d'Abo, où une manufacture de sucre de betterave a été établie, elles contiennent du sucre en même proportion que dans les pays situés beaucoup plus au sud.

La valeur totale des récoltes en céréales s'est élevée, on ts,,r>, à 35 millions 1/2 de marks pour le seigle, 17 millions 1/4 pour l'orge, 30 millions pour l'avoine, 1 million 1/2 pour les pois et haricots, 1 million pour les mains mixtes, 12 millions 1/4 pour les pommes de terre et

I 2 million seulement pour les navets. C'est un total de

II i millions. La production des grains a beaucoup augmenté pendant la dernière génération. De 1861 à 1893 elle a doublé. La Finlande cependant ne produit pas assez de grain pour s» m propre usage.

Aucun animal n'est plus aimé du paysan finlandais que le cheval. Ce cheval est excellent : solidement bâti, quoique peu grand, brun, roux ou alezan, il peut être comparé, même à son avantage, avec les meilleurs chevaux norvé- L'imis. Lorsqu'on veut améliorer la race par un mélange de sang étranger, on importe des étalons norvégiens!. Le nombre des chevaux, qui est de 300 000 environ, n'augmente pas beaucoup, ce qui s'explique par l'utilisation de la force mécanique; mais il ne diminue pas non plus. Il y a en Finlande 1 100 000 moutons. Ce nombre n'augmente pas beaucoup, et, sur les grandes fermes, il diminue même, comme dans plusieurs autres pays du nord, parce qu'on trouve plus avantageux de les remplacer par des vaches. Cependant le nombre de moutons appartenant aux petites gens augmente avec l'aisance.

Dans l'extrême-nord, le renne ne peut être remplacé par aucun autre animal domestique. Non seulement les rmnies donnent du lait, mais ils fournissent encore de la viande, ainsi que du cuir pour les habits et pour d'autres

usages. Ils remplacent les chevaux : trois rennes rendent

le même service qu'un cheval. Leur nombre, dé L880 à 1897, est monté de 43000 à 117 000.

Le développement que prennent à l'heure actuelle en Finlande les affaires de laiterie est regardé comme le progrès agricole le plus important. Dès 1885, la Finlande, suivant l'exemple du Danemark, a commencé à introduire les grandes fabriques de beurre, qui achètent le lait des paysans, et, par une production rationnelle, atteignent des prix de vente plus élevés : on a aujourd'hui, comme en Danemark, des milliers de ces laiteries et fabriques de beurre.

L'exportation du beurre a considérablement augmenté, Elle a atteint 30 millions de marks en 1897. Elle a un peu baissé dans les trois années suivantes, par cette simple raison que l'aisance, devenue plus grande grâce à l'augmentation des salaires, a permis au peuple de consommer plus de beurre, comme de presque tous les autres objets de consommation. La production totale de l'agriculture a été estimée, pour 1896, à 306 millions de marks au moins, savoir : 135 millions en grains, 121 millions produits par l'exploitation de la laiterie et 50 millions pour la vente de la viande, du foin, des œufs, etc.

L'essor qu'a pris la fabrication du beurre constitue le meilleur témoignage de la culture moderne dans le nord de l'Europe. C'est une industrie qui, en raison de la coopération qu'elle demande suppose chez le peuple une certaine culture : ce qu'on a déjà réalisé en Finlande est un témoignage du degré de civilisation très avancé auquel est parvenu le peuple.

Voilà pour l'agriculture et voici pour l'industrie et le commerce. Les scieries prospèrent en cette immense forêt :

En 1899, on a exporté pour 16 millions de marks environ de madriers, ce qui représente un volume de 373 000 mètres

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cubes; pour 32 millions un quart do « batings » représentant 805 000 mètres cubes; pour 3i millions de planches représentant à peu près un million de mètres cubes; pour 3 millions environ, un peu plus de 300 000 mètres cubes, de douves et de fonds, fragments de madriers et de plancha: enfin, pour une somme moins considérable de poutrelles sciées. La masse totale de bois façonnée par les scieries n'a été évaluée qu'à 2 millions 1/5 de mètres tubes. La valeur totale du bois exporté par elles a été, en 1890, de plus de 82 millions de marks.

Il y a maintenant 500 scieries environ, et parmi elles aombre d'établissements très considérables, dont chacun produit annuellement pour des millions. Plus de la moitié des scieries, et surtout les très grandes, emploient la vapeur au lieu de la force hydraulique; il est plus important pour elles d'être en situation de réunir le bois et de l'exporter, pie d'être placées auprès de chutes d'eau : les établissements les plus importants se trouvent aux embouchures des grands systèmes lacustres.

La fabrication la mieux adaptée au pays est incontestablement, après les scieries et les laiteries, celle de la pâte de bois, de la cellulose et du papier. Elle emploie la matière première la plus importante du pays, le bois, et, plus qu'aucune autre industrie, a besoin en même temps des Chutes d'eau énormes. Sur 50 000 chevaux de force hydraulique environ, utilisés actuellement, les industries dontnous parlons en emploient à elles seules 30 000.

Le grand développement du commerce est l'une des meilleures preuves des progrès du pays. En 1836, le commerce total de la Finlande avec l'étranger n'était encore que de 18 millions de marks, partagés à peu près également entre l'exportation et l'importation. En 1846, il n'était que de 34 millions, et la moyenne, de 1841 à 1852, n'atteignait que 32 millions. T'n 1800, on atteignait 76 milllions; m 1876, 230 millions, et ce dernier chiffre avait même été jlépassé en 1875. Le plus souvent on constate un excédent très considérable de l'importation sur l'exportation.

En 1889, le total du commerce extérieur était de 236 mil-

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lions; il y eut une diminution en 1890, et peu d'augmentation dans les années suivantes, qui furenl moins bonnes et <lans Lesquelles on constata une diminution de l'excédent de l'importation. En 1892, cet excédent était encore

de 52 millions; il tomba à 11 en 1803; en 189 i-, il atteignit à peine 3 millions. En 189'), il fut à peine de 7 millions et demi, bien que le total du commerce extérieur accusât une augmentation considérable : 293 millions contre 241 en 1896.

Dans les années suivantes, on constate une augmentation considérable aussi bien du total du commerce extérieur que de l'excédent de l'importation sur l'exportation. En 1899, le chiiïre total du commerce extérieur atteignit même 436 millions, soit le double delà moyenne constatée dans la période décennale antérieure : 251 millions à l'importation; 185 millions à l'exportation.

La Finlande jadis n'avait que ses voies maritimes et fluviales. La mer lui avail amené la civilisation et continuait de lui amener les affaires. Les fleuves innombrables et profonds permettaient les remontées jusqu'au centre du pays, dans les dix mille lacs de l'intérieur. Mais cette navigation fluviale rencontrait des rapides violents, des chutes insurmontables : il fallut des travaux d'art pour tourner ou dompter ces passages dangereux. Aujourd'hui les plus grands lacs communiquent librement avec la mer, et l'industrie, utilisant ces chutes, tire de la « houille blanche » des services qui grandissent de jour en jour : cette Finlande sera quelque jour le paradis de l'industrie hydraulique.

Le flottage du bois accapare les voies d'eau. Les routes terrestres furent tracées pour les besoins du

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paysan et du citadin. La Finlande possède aujourd'hui cinquante mille kilomètres de routes environ; depuis la guerre de Crimée, elle a construit plus de trois mille kilomètres de voies ferrées (quatre fois la dislance de Paris à Marseille).

11 n'est pas de pays en Europe qui ait de meilleures finances que la Finlande. Les charges publiques ne sont pas très lourdes. Bien qu'on ait dépensé largement pour le développement du pays, le budget est en équilibre ; il y a même des excédents de recettes. On a constitué des réserves considérables; les propriétés de l'État représentant une valeur plusieurs fois supérieure à celle de la dette, qui a été contractée presque entièrement en vue d'entreprises productives.

Le budget de 1901 fut établi sur les chiffres suivants :

Marks

Revenus d'Ktat ordinaires y compris les impôts votés —

par la Diète 70 273 000

Emprunt d'Ktat on vue de la construction des chemins

de fer, 35 millions en quatre ans, soit par an 8 750 000

Excédent do la période précédente, à employer dans

le présent exercice 4 634 000

Total dos revenus 83 057 000

Dépenses ordinaires, y compris l'intérêt et l'amortissement de la dette." 57 959 000

Dépenses extraordinaires 25 G25 000

Total des dépenses 83 584 000

Le peuple finlandais n'était pas sans agitations politiques. La présence de deux langues et de deux civilisations, l'une suédoise, l'autre finnoise, l'une bourgeoise, l'autre plus foncièrement paysanne, amenait quelques discussions et moins une rivalité

qu'une émulation des deux partis à façonner de plus en plus la nation finlandaise selon l'idéal et les eoulumes des Scandinaves ou des Finnois : Svécomancs et Finnomanes riaient les gros mots que l'on échangeait d'un bord à l'autre.

Les premiers se targuaient de leur civilisation supérieure, de leurs relations plus intimes avec l'Occident, de leurs conceptions plus laïques, de leurs mœurs et modes plus citadines; ils prenaient le titre de libéraux, laissant avec un peu de mépris le litre de conservateurs à leurs adversaires, qui avaient pour eux la grande majorité de la nation, les traditions et langue des aïeux, l'appui du clergé et de l'aristocratie foncière, la masse des paysans et gens de la forêt.

Et dans les quatre chambres de la Diète comme au Sénat, on se livrait de terribles batailles pour la prédominance des deux langues : le résultat le plus net était que chacun voulait doubler le nombre de ses écoles, perfectionner et développer tous les enseignements, conquérir les femmes qui disposent des générations futures : la femme finlandaise fut éduquée à l'égal de l'homme, dans les mêmes classes, sur les mêmes bancs.

Pétersbourg laissait faire, sans craindre la contagion libérale : une ligne de douanes doublait l'épaisseur de lacs et de forêts qui séparent entièrement la Finlande des terres russiennes. Chaque tsar jurait à son avènement — et Nicolas II jura lui aussi — de respecter ces lois et privilèges. Les tsars avaient

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trouvé en toutes circonstances un tel loyalisme dans le peuple entier de leur Finlande qu'ils laissaient même subsister une année, finlandaise, indépendante de l'armée russe, un drapeau finlandais, distinct du drapeau impérial : le Finlandais ne servait obligatoirement que dans son armée; la diète finlandaise organisait le recrutement et entretenait ses troupes; Tannée finlandaise ne devait servir qu'à la défense du territoire finlandais.

Grand bénéfice pour l'empire russe d'avoir cette nation armée sur ses frontières de l'Occident ! L'armée russe en lirait un bénéfice plus grand encore : de celle milice finlandaise, tous ceux qui avaient le goût des armes ou le besoin de solde — la Finlande fournil jadis aux Gustave-Adolphe et aux Charles XII leurs meilleurs capitaines, les cadres inférieurs et supérieurs de leurs troupes suédoises — passaient en Russie; la Finlande était une pépinière modèle de sous-officiers et d'officiers; depuis quatre-vingts ans, la Russie n'a jamais fait d'expédition proche ou lointaine, sans qu'un Finlandais y ait exercé un grand commandement.

Et la marine russe aurait pu tourner vers les entreprises maritimes cette population côtière qui De demandait qu'à vivre de la mer. Pour l'empire russe, la Finlande serait devenue une recruteuse de matelots, si Pétersbourg eût toléré seulement que le Finlandais imitât le Norvégien sur les côtes de L'océan Glacial.

A la fin de 1809, la marine marchand"1 de la Finlande

l'f.mpihe uussk. 10

comprenait 2284 navires de 19 tonnes au moins ayant un tonnage total île 318 000 tonnes; en 1896, elle comprenait 2 132 navires avec 313 000 tonnes; en 1876, 1 900 environ avec 285000 tonnes. En 1899, on comptait 2 020 voiliers avec 291 000 tonnes, contre 261 vapeurs avec Yi 000 tonnes. Une partie de cette marine marchande, y compris les vapeurs, est constituée par de petits navires qui sont surtout employés dans le pays même. Les petits navires sont particulièrement nombreux sur les lacs. Sur la mer naviguaient, en 1899, 1 759 navires avec 271 000 tonnes; sur le lac Ladoga, on en comptait 107 avec 16 000 tonnes, dont 7 vapeurs avec 400 tonnes; sur les lacs de Saïma, 405 navires avec 32 000 tonnes, dont 72 vapeurs avec 4 000 tonnes. C'est un fait caractéristique que la plupart des navires appartiennent à des personnes habitant les côtes en dehors

des villes.

En 1895, la pêche était l'occupation principale de 6 000 familles possédant 9 000 petits bateaux de deux à quatre hommes. Le produit total de la pêche a été estimé à 17 ou 18 millions de kilogrammes, dont 11 pour la pêche maritime, et 0 à 7 pour la pêche sur les lacs et rivières. Sans doute ces chiffres sont inférieurs à la réalité. Les seuls harengs baltiques représentent 8 millions 1/3 de kilos. Le hareng ordinaire, dont il y avait des quantités considérables dans la Baltique, il y a trois cents ans, ne se rencontre plus que rarement. Leharanguet est assez abondant dans le sud-ouest.

Si on regarde la carte, on voit que le nord de la Finlande est séparé de la mer, tout comme Tétait la Russie avant la période de Pierre le Grand. Pas très loin de la frontière nord de la Finlande, se trouve la mer Glaciale, toujours ouverte, même pendant l'hiver à cause du Gult Stream, et d'une richesse remarquable en poissons. C'est cette richesse qui contribue d'une manière si extraordinaire au bien-être de la Norvège septentrionale : les Finlandais de l'intérieur s'en vont régulièrement à la côte norvégienne prendre part a cette pêche; et jusqu'en 1875 on5 a même remarqué une émigration, non seulemen

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temporaire pendant les époques de la pêche, mais définitive et tenant au désir de s'établir dans ces contrées, où il y a maintenant une population assez considérable de Finlandais, les « Kvens », comme on les appelle en Norvège.

La raison de cette préférence est que les pêcheurs trouvent là les bienfaits de la civilisation, des commerçants, des moyens de communication, le télégraphe et les vapeurs, des docteurs, et, ce qui n'est pas le moins important, une bonne administration de la justice, des cours qui tranchent immédiatement les procès. On aurait, dit-on, la même migration et même des établissements permanents sur la côte russe, si là on avait la même situation générale et particulièrement la juridiction finlandaise, qui est aussi bonne que celle de la Norvège.

La côte russe est aussi riche que celle de la Norvège en poissons, aussi bien ouverte pendant l'hiver et a même des ports magnifiques, tels que la baie dePeisen et les ports d'Ekaterin et de Jeretik, où il serait commode d'établir des docks, des chantiers de construction de navires, etc. La Hussie a commencé dernièrement un port à Ekaterin.

Tout ce pays, et notamment la grande péninsule de Kola, a élé. au moins jusqu'à ces dernières années, presque inhabité. Sur les côtes, quelques milliers de pêcheurs pauvres, dépourvus même des premières commodités de la vie, sont Knsses pour la moitié, pour un quart Lapons et pour un autre quart Caréliens. Parmi le millier de Lapons, il va quelques familles luthériennes; la plupart professent la religion grecque orthodoxe sans en savoir, littéralement, plus que les trois premiers mots de la confession. Dans le pays dit Ujesd ou Kemsk, au nord de la petite ville de Kern, ne se trouve qu'une population d'une vingtaine de milliers de Caréliens, de race finlandaise, mais grecs-catholiques, très ignorants et arriérés. La religion grecque est une nde difficulté pour le développement de ces contrés du nord, ne serait-ce que par les jeûnes qu'elle prescrit pendant la plus grande partie de l'année : la première Décessité pour vivre dans le Nord est, on le sait, justement

-'t't l'empire russe et le tsarisme

uni nourriture animale. De plus l'élevage y est beaucoup plus sûr el beaucoup plus facile que l'agriculture proprement dite. Mais L'élevage ne peul guère se faire là <>ù on n'en peut pas consommer les produits.

Autrefois, la plus grande partie de ce pays était contestée entre le Danemark-Norvège et la Russie. Pondant des siècles, les autorités norvégiennes ont levé l'impôt sur les côtes, tandis que la Russie le réclamait à l'intérieur. Aussi une partie de la côte est-elle appelée « côte de Murman », c'est-à-dire des Normands, parce que les Norvégiens y ont été établis depuis très longtemps. Ce n'est qu'en 1826 qu'un partage définitif eut lieu, sans cependant qu'on prît soin d'étendre les frontières de la Finlande, comme c'était naturel, jusqu'à la mer. Plus tard, il a été question d'échanger certains territoires avec la Norvège. De même, en 1802, dans la période libérale, et jusqu'en 1880, on a eu l'intention de faire un arrangement entre la Russie et la Finlande pour obtenir des ports.

Si la Finlande obtenait ces côtes qui naturellement devraient lui appartenir, ce serait sans doute l'occasion d'un nouveau et considérable développement; cette pêche rapporte maintenant aux Norvégiens 1 et 2 millions de couronnes par an. Mais il suffit de rappeler ce que pourraient être des ports ouverts toute l'année pour une nation comme la Finlande. Sans aucun doute, ce qu'a voulu obtenir le tsar par le port d'Ekaterin pouvait être obtenu d'une manière mille fois plus facile et plus avantageuse sous l'administration finlandaise. Il n'y aurait guère de droits violés par un arrangement de ce genre, tout simplement parce qu'il n'y a rien eu là jusqu'à présent : pas de population, pas de culture; du reste, les nationalités différentes et toutes les religions seraient bien protégées sous le régime de la Finlande, comme l'est à présent en particulier la religion orthodoxe, privilégiée même sous quelques rapports et aidée particulièrement1.

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