Paris, Uaudry et C,e, éditeurs
Dans la langue de Voltaire et de Renan, ces aphorismes russiens prennent un air de paradoxes; mais ce n'est point L'amour du paradoxe qui mène la plume de ce Jean-Jacques orthodoxe, quand il soutient que « les questions philosophiques et sociales, que Ton agite sans cesse et dont on cherche en vain la solution, sont résolues depuis vingt siècles par les préceptes proclamés devant le monde », quand il déclare que « la source principale des malentendus, passés et présents, entre les peuples et leurs gouvernements, n'est autre que la théorie tout artificielle des rapports de l'Église et de l'Etat », et que seul le maintien ou le rétablissement d'un pouvoir spirituel peut sauver l'humanité des pires catastrophes.
Les esprits forts, les érudits prétendent : « l'État n'a rien à voir dans l'Église, ni l'Église dans l'État »; donc l'humanité doit évoluer en deux vastes sphères, de telle sorte que le corps aura sa place dans l'une et l'esprit dans l'autre, et entre ces deux sphères il y aura l'espace comme entre le ciel et la terre. Cela est-il possible? On ne peut séparer le corps de l'esprit; le corps et l'esprit vivent d'une vie unique, inséparable... Le principe moral est unique. Il ne peut être divisé de telle façon qu'il y ait une doctrine de morale privée et une autre de morale publique; la première séculière, la seconde religieuse... L'État ne peut se borner à représenter les intérêts matériels de la société, car alors il se dépouillerait lui-môme de sa force morale et détruirait son union spirituelle avec la nation. Ce n'est qu'à cette condition que se maintiendront dans le peuple le sentiment de la légalité, le respect de la loi et la confiance dans le pouvoir1.
1. I'oliiedonostsef, Questions religieuses, etc ,, p. 10, 11 et 17
Donc, le tsar doit être, avant tout, le chef de l'Eglise : il doit avoir le pouvoir spirituel, pour con- §erver tous les autres pouvoirs qui en découlent. Chef <le l'Église, il est le représentant de Dieu, la source de toute vérité et, par suite, de toute loi, de tout droit :
Ce qui est fondé sur le mensonge ne peut être juste. Une constitution fondée sur un principe faux ne peut être que trompeuse. C'est là une vérité dont la preuve est écrite dans l'histoire des siècles. Un des principes politiques les plus faux, est le principe de la souveraineté du peuple, l'idée malheureusement répandue, depuis la Révolution française, que tout pouvoir vient du peuple et a sa source dans la volonté nationale. C'est la base de la théorie parlementaire qui continue à égarer la foule des gens soi-disant intellectuels et qui, par malheur, a pénétré dans les têtes folles de quelques Russes... On souffre de penser qu'il y ait eu, qu'il y ait encore sur le sol de la Russie, des hommes qui rêvent d'introduire chez nous ce mensonge 1...
Penser qu'une foule peut réfléchir, vouloir et exécuter! mettre la perfection politique dans la démocratie! proposer le gouvernement démocratique comme terme inévitable du progrès et de la destinée! parler même de progrès et ne pas voir que l'histoire toujours recommence, que les principes sont immuables, et leurs conséquences toujours pareilles!
De toutes les formes de gouvernement, la forme démocratique est la plus complexe, la plus difficile à pratiquer parmi toutes celles que l'histoire nous présente. C'est