Ossip-Lourié, Psychologie des Romanciers russes, p
libérateur en est la première victime (1881). El tandis que, devanl rhorreur d'un pareil attentat, une partie de la nalioo recule, se rejette aux bras des Slavo- }>l.ilcs, de la bureaucratie el de l'Église, l'autre perd toute confiance eu un avenir de liberté. De 1881 à 19C0, ce «oui les théories disciplinaires du socialisme allemand qui l'emportent.
Le tsarisme lui-môme travaille à la diffusion de ces théories socialistes par l'organisation des grands cenlrcs d'industrie. Il veut « mettre en valeur » les richesses de son empire. 11 appelle d'Europe capitalistes et ingénieurs, sciences et machines, sans voir que forcément les idées scientifiques et les nécessités capitalistes entrent du même coup. Les usines fondées agglomèrent les ouvriers, appellent aux villes le paysan toujours vagabond, centralisent et, par comparaison, cxaspèrentles mécontentements. Ce paysan, dispersé jadis, pouvait suivre les Pougatchcf et Razine sans grand danger pour le tsarisme qui, seul, disposait de forces centralisées. L'usine a maintenant embrigadé le moujik et, de la foule incohérente, a fait une armée révolutionnaire.
Aujourd'hui, ce ne sont plus les nobles seulement, ni les bourgeois, ni les intellectuels qui veulent une autre vie pour le peuple et pour eux-mêmes : la Russie tout entière sent que l'heure est venue où l'existence nationale doit changer de régime. Réunis officielle-
ment, les maréchaux de la noblesse du gouvernement de Moscou déclarent — et leur déclaration est publiée par le journal Slovo du 31 mars 1905 » :
Depuis une quinzaine d'années, la société a pris de plus en plus nettement conscience de la marche historique du développement de la patrie. Au sein même des institutions locales et réunions publiques, de jour en jour, l'idée a mûri que l'état de choses actuel est absolument anormal. Cette idée a conduit à la condamnation définitive du régime policier et bureaucratique.
Les événements auxquels nous assistons prouvent que l'opinion publique avait raison : d'un côté, les désastres de la guerre ont mis à nu les défectuosités de notre système économique, et d'autre part, les troubles intérieurs ont jeté le désarroi dans notre déplorable organisation administrative. Et, sous ce rapport, la conscience publique qui, depuis un an, s'était manifestée par toute une série d'ordres du jour, requêtes et adresses, a rendu à la Russie un service énorme.
Ces nobles, pourtant, ne sont pas « constitutionnels » à la mode européenne :
La Russie entre dans une période nouvelle de sa vie historique. Le temps n'est plus de blâmer le régime actuel ni de signaler les maux qu'il engendrait. A l'heure présente, tous les Russes doivent être mûrs pour le travail de rénovation et, ainsi, répondre à l'appel du Tsar. Les partisans de l'ordre et de la légalité, sans égard pour la différence de leurs conceptions politiques, doivent se pénétrer de L'idée que, seul, le travail calme et réfléchi peut pacifier les esprits en fermentation. Bien plus : en entrant dans une vie civique nouvelle, on ne doit pas ignorer qu'il y aura non seulement à travailler, mais aussi à lutter.