‹ L'empire sumatranais de CrivijayaChapitre 4 sur 16 · M. G. FERRAND, U · texte numérisé non relu

M. G. FERRAND, U

de la porcelaine blanche, des ustensiles en argent, du fd de soie et deux jeux de selles et de brides.

En l'année 971, i'un des précédents ambassadeurs fut renvoyé [à ia cour de Chine] pour y offrir du cristal et du naphte. Il revint à la cour en 972. En 974, on apporta comme tribut de l'ivoire, de i'encens, de i'eau de rose, des dattes, des pêches plates {s{c)^^\ du sucre blanc, des bagues en cristal, des bouteilles en verre et du corail. En 976, de nouveaux ambassadeurs vinrent [à la cour], où on leur fit présent de coiffures et de ceintures.

Eu 980, le roi de San-fo-ts'i ^ ^ Hia-tch'e [= vieux malais Haji frroii (-'] envoya un embassadeur. La même année, on apprit de Tch'aotcheou (Swatow du Fou-kien), qu'un marchand étranger venu de Sanfo-ts'i était arrivé dans ce port avec un chargement de parfums, de médicaments, drogues, cornes de rhinocéros et d'ivoire. Par suite de vent contraire, il avait mis soixante jours pour la traversée de San-fo-ts'i à Tch'ao-tcbeou.

En 983, ie roi i^ ^ Hia-tcb'e [= vieux malais Haji cfroin] envoya un ambassadeur qui apporta en tribut du cristal, des étoffes de coton, des cornes''^ de rhinocéros, des parfums et des drogues **'.

En 985, ie capitaine d'un navire arriva et offrit en présent des produits de son pays.

En 988 , un ambassadeur arriva avec l'intention d'apporter le tribut. Pendant l'hiver de 992, on apprit de Canton que cet ambassadeur'"' qui avait quitté la capitale de ia Chine deux ans auparavant , avait appris dans ie sud que son pays avait été envahi par le Cho-p'o (Java) et que, en conséquence de cet événement , il était resté pendant un an [ à Canton]. Au printemps de 992 , l'ambassadeur était allé au Campa avec son

^') Ma Touan-lin (Méridionaux , p. Sôa) a : des confitures de pêches.

'^^ L'/i initiai est tombé en malais moderne.

^^' Le texte a ^ , iitt. des dents , dos défenses.

'*' Chavannes (Les Inscriptions chinoises de Bodh-Gand , dans Revue hist. des religions, t. XXXIV, n" 1, 1896, p. 52 , note, du tirage à part) donne le texte et ia traduction de ce passage du Song che (chap. /iSg, p. 5 v") où il est dit : «La huitième année [t'ai-p'ing-Mng-kouo = 988], ie roi de ce pays [de Sanfo-ts'i], Hia-tch'e, envoya l'ambassadeur f^ ^f p^ M ^^m ïa-t'o-lo [= Pu Ya-da-ra ou -la\ apporlor en tribut. . . n

(^' D'après ie Wen hien l'ong k'ao {Méiidionaux , p. 669), cet ambassadeur s'appelait f^ $]] Pl^ ^ P'ou ïi-t'o-li = Pu Yi-da-ri ou -li. C'est probablement ie même que celui de l'ambassade de 988. Voir la note précédente.

.__^( 19 yc-t—

navire, mais comme il n'y recueillit pas de bonnes nouvelles, il revint [en Chine] et demanda [à la cour] qu'un décret impérial fût promulgué mettant le San-fo-ts'i sous le protectorat de la Chine.

Eu ioo3, le roi ^. || ^% ^ JE if^ BM ^- Sseu-li-fchoulo-wou-ni-fo-ma-tiao-houa [= skr. Çrîculamanivarmadeva] ^'' envoya deux ambassadeurs pour apporter le tribut. Ils racontèrent que, dans leur pays, un temple buddhique avait été érigé afin d'y prier pour la prolongation de la vie de Tempereur; ils demandaient que l'empereur lui donnât un nom et [fît présent] de cloches pour le temple; l'empereur montrerait ainsi qu'il faisait cas de leurs bonnes intentions. On promulgua un décret par lequel le temple reçut le nom de Tch'eng-fienwan-chou et des cloches furent fondues pour être données aux ambassadeurs ^"\ En outre, l'un des ambassadeurs reçut le titre de n-Général qui est attiré par la vertu n et l'autre, celui de ff Général qui aime ardemment l'influence civilisafriccw.

En 1008, le roi ,g, MB% ÉC (s?c) Sseu-ii Ma-lo-p'i [=Çrïmâ- Ttwijaj/ottuhgavarman] envoya trois ambassadeurs pour offrir lo tribut. On leur permit de se rendre au T'ai-chan (l'une des montagnes saintes de la Chine, dans le Chan-tong) et de se trouver en même temps que l'empereur dans la salle d'audience. Finalement, ils furent renvoyés [dans leur pays, après avoir reçu] de généreux cadeaux.

En 1017, le roi M'MM ^^h Ëï M Hia-tch'c Sou-wou-lch'ap'ou-mi [=Haji Sumatrabhumi crie roi de la terre de Sumatrai^^']

(') Ce nom royal et le suivant ont été restitués par CoeoÈs , Le royaume de Çnvijmja, p. 7.

W Vide supra, p. iA-i5.

'^) Pour cette restitution, cf. ma note : La pltis ancienne mention du nom de file de Sumatra, dans J. As., W série, t. IX, 1917, p. 33 1-335 et la correction, au sujet du caractôrc ^ tvou, dans Le K'ouen-hmcn et les anciennes navifjations inierocéaniqxiea dans les tners du sud [ibid., t. XllI, 1919, p. 377-

ffQue Samudra, Sumatra, sijpiifie l'île de VOce'an, dit Rouffaeu, et soit à

identifier avec la ville de Samudra sur la rivière de Pasei de la côte orientale de Acch, c'est ce dont proscjue personne no doute» {Oudlwikundige opmerkingen, dans Bijdragcn t. T., L. en Volkenkimde v. Nederlandsch-Indië , decl 74, 1918, p. i38). J'imagine, au contraire, que celte interprétation ne doit pas avoir beaucoup de partisans. Le skr. samudra signifie bien frmer, océanw; mais on n'a pas encore, à ma connaissance, apporté le témoignage qu'une île déterminée a été jamais appelée *samndr(idripa rîle de la mer-o et que c<^t étrange toponymc a désigné file entière ou la partie septentrionale de Sumatra. Dans

envoya des ambassadeurs avec une lettre écrite en lettres dore'es et un tribut sous forme [de présents comprenant] des perles, des livres sanskrits plies entre des plancbettes et des esclaves. Par édit impérial , ils furent autorisés à voir l'empereur et à visiter quelques édifices impériaux. Lorsqu'ils retournèrent [dans leur pays], on promulgua un édit adressé à leur roi et on leur remit différents présents dans le but de lui être agréable.

En 1028, au S' mois, le roi ^ i^^ ^ ^ Che-li-tie-houa [=Çrïdeva] envoya des ambassadeurs pour porter le tribut. Habituellement, .'es ambassadeurs venant de pays éloignés recevaient une ceinture ornée d'or; mais, cette fois, on donna aux ambassadeurs de San-fo-ts'i des ceintures entièrement en or.

En ) 0(57, arriva en Chine un ambassadeur qui était l'un des plus haut dignitaires de Sau-fo-ls'i et s'appelait M ^ {{iD ^ Ti-houa k'ie lo [=DevakalaJ. On lui conféra le litre de Grand Général qui maintient l'obéissance et qui aime ardemment le renouvellement. On lui accorda un édit impérial conçu en ces termes : cf Notre réputation et Nos eusei-

un travail postérieur (un important mémoire également publié dans les Bijdragen, que je n'ai pas encore eu le temps délire à loisir), I^ouffaer y revient à propos du présent roi de San-fo-ts'i : Haji Sumatrabhûmi. L'auleur rappelle l'interprétation que j'en ai donnée et ajoule : «d'après moi, [ce complexe désigne] plus exactement un l^oi du pays de Samudra, c'est-à-du'c du pays de la mer, c'est-à-dire du pays de Tasik [en malais «mer»], Tëviasik, Tumasik [formes infixées de Tasik], autrement dit de l'de de Singapour;' ^Was Malaka emi^orium voor lâoo A. D. genaamd Malajoer? dans Bijdragen, deel 77, 1921, p. 75). L'objection est la même que dans le premier cas : comment l'ile de Singapour puurrail-eile être appelée «pays de i'océan» ? Ce loponyme est aussi impossible que le précédent : une île déterminée ne peut pas plus être dénommée «Océanj) que «Terre de l'océan», surtout quand (fOcéann s'applique au nord-est de Sumatra et «Terre de Tocéann à Tite de Singapour. Le ]\ àgarakërlàgama (3° édit., p. 5i) a bien Tumasik, qui a été identifie à Singapour et Johor {ibid., p. :2Go) et qui est sans doute le |^ ^ ^^ Ta7i-ma-si du Tao yi tche lio (notice consacrée au j"^ Sien, pron. anc. *Syam, l'ancien royaume de Sukotliai, dans Rockuill, JMotes on the relations and trade oj China, T'uung pao , t. XV, 1916, p. 100); mais il n'est aucunement démontré qu'il s'agisse ici d'une île qui aurait été appelée initialement Samudra «la mer, l'océann. Je ferai remarquer, enfin, que le premier caractère du toponyme en question est sou = su, comme celui de toutes les autres notations chinoises et arabes qui transcrivent le nom de l'iie et de l'état suma- Iranais de la côte nord-est [vide injra, LXXIK, extrait du ms. aa99, la note à propos du nom de l'dc de Sumuira, p. 81 ).

gnemenls projettent leur ombre sur tous les pays, proches ou lointains; si les représentants de ces pays sont seulement loyaux et soumis, Nous leur donnons toujours des titres chinois, en leur accordant des noms distingués dans le but de marquer notre estime pour leur pays. Vous vous êtes joyeusement soumis à Notre haute influence et vous êtes venus à travers la mer, pour apporter en tribut des objets précieux. Nous vous louons de cela et Nous vous avons élevé en dignité pour vous encourager à être loyal et soumis. «

Pendant la \)éviode yuan-fong (1078-1085), des ambassadeurs vinrent de San-fo-ts'i apportant encore de l'argent, des perles, de l'huile de camphre, de l'encens et d'autres produits du pays. La lettre qu'ils ap[)ortaient fut d'abord envoyée à la cour, de Canton où ils attendaient que [l'ordre vînt] de les faire escorter jusqu'à la capitale. L'empereur se rappelant qu'ils venaient de très loin, leur donna de généreux présents et les autorisa ensuite à s'en retourner. L'année suivante, il leur donna 6/1.000 ligatures de monnaie de cuivre, iS.ooo laels d'argent et il accoi-da aux deux ambassadeurs des titres honorifiques. L'un d'eux demanda la permission d'acheter des ceintures d'or, différents objets en argent, des vêtements de pourpre pour moines buddhistes et des tablettes officielles^'' : tout cela lui fut donné comme il le désirait'^'.

En 1080, un étranger du sud arriva à Canton. Il (Ht qu'il avait la direction des affaires dans son pays. La fdle du roi envoya [par son intermédiaire] une lettre en caractères chinois au surintendant du commerce avec [, en présent,] du camphre de Baros et des cotonnades. Le surintendant n'osa recevoir ni lettre ni présent et il fît un rapport au Trône; sur quoi il reçut l'ordre de payer ces marchandises à leur valeur. Le surintendant acheta alors de la soie pour une valeur égale à celle des objets donnés en présent , et la remit à l'étranger en question.

En 1083, trois ambassadeurs vinrent de San-fo-ls'i pour obtenir audience de l'empereur; ils apportaient des fleurs de lotus en or ornées de perles, du camphre de Baros et [ils accomplirent la cérémonie appelée] ^ ^ sa-tien ^''. On leur conféra des titres honorifîquos d'après leur grade personnel. Le troisième ambassadeur mourut en Chine, après

(>) ÉiH ^ • Le sens de ces mots n'est pas clairn (Groeneveldt).

(2) Sans qu'il eût rien à payer, ajoute le Wen hien t'ong k'ao ( Méridionaux ,

W GuoENEVELnT na pas compris ce passage, qui est plus explicite clans le Wen hien t'ong k'ao (Méridionaux , p. 505 et n. 20). Cette cérémonie consiste à répandre du camphre cl des perles sur les degrés du Irône de l'empereur.

avoir quilié la capitale. Le g-ouvernement chinois fit présent de cinquante pièces de soie pour ses obsèques.

En io83, trois autres ambassadeurs arrivèrent; il leur fut conféré à tous des titres honorifiques d'après leur grade personnel.

Pendant la période chno-cheng (109/1-1097), une ambassade vint encore.

En 11 56, le roi ^ ^ij B,M% I^.'È Si-li ma-hia-lo-cho [= skr. Çaîmahârâja > malais Sëri Maharaja] envoya des ambassadeurs pour apporter le tribut. L'empereur dit : ff Lorsque des gens éloignés se sentent attirés par Notre influence civilisatrice, on doit louer leur discernement. C'est de cela que Je me réjouis, mais non pas parce que Je veux tirer bénéfice des produits de leur pays.n A cette occasion, le roi de San-fo-ts'i avait également envoyé des perles pour être remises en présent à l'un des ministres chinois qui mourut à ce moment. L'empereur donna l'ordre de recevoir les perles et de remettre une somme égale à leur valeur^*'.

En 1178, on envoya encore des ambassadeurs pour apporter en tribut, des produits du pays. A cette occasion, l'empereur promulgua un édit prescrivant que [les envoyés de San-fo-ts'i] ne viendraient plus à la cour et s'installeraient à Ts'iuan-tcheou du Fou-kien ^^'K

SoNG CEE ou Histoire des seconds Song, chnp. ccccxc, dans Ed. Chavannes, Les inscriptions chinoises de Bodh-Gmjâ (^Revue de l'histoire des religions, t. XXXIV, 1896, p. Ba).

XX. La huitième année t'ai-p'ing-hing-kono =^ ^83 , le religieux f^ j^ Fa-yu, revenant de l'Inde où il avait été chercher des livres sacrés,

(') Le Wen hien fong k'ao mentionne entre l'ambassade do 11 56 et celle de 1 178 une ambassade dont ne parle pas le Song che : «La 8° année kion-lao (1173), le roi [de San-fo-ts'i] sollicita l'autorisation d'acheter du cuivre, d'en faire charger un batetu et d'engager aussi à son service un cerlain nombre d'ouvriers chinois sachant fabriquer dos tuiles avec ce métal. L'empereur donna son consentement, mais sous ia condition que cette demande ne serait pas renouvelée.»

'^) Le gouverneur do Ts'iuan-tcheou les recevrait désormais et leur servirait d'intermédiaire {Wen-}den t'ong k'ao, Méridionaux, p. 566). Ma Touan- LiN ajoute {ibid.) : a Le roi de San-fo-ts'i fit connaître [par l'ambassade de 1178] (|u'il avait succédé à son père depuis la k" année kien-tao (1169). Aussitôt l'investiture lui fut donnée , avec la confirmation de tous les titres dont

arriva à H f^ ^ San-fo-ts'i et y rencontra le religieux hindou §^ J^ fi ^ ^ Mi-mo-lo-che-li (= Vimalaçrl), qui, après un court entretien, le chargea d'une requête dans laquelle il exprimait son désir de se rendre dans le Royaume du Milieu ^'^ et d'y traduire les livres saints. L'empereur eut la bonté de rendre un édit pour l'appeler auprès de lui. Fa-yu quêta ensuite des aumônes pour fabriquer un dais précieux et un kasâija. Gomme il se proposait de retourner eu Inde, il demanda qu'on lui remît des lettres officielles pour les royaumes qu'il devait traverser. [L'empereur] lui donna donc des lettres pour iH ^ Hia-tche [p= vieux malais Haji cfroii], roi du pays de ^ f^ ^ San-fo-ts'i: pour ^ ^ fo Ê" Sseu-ma-ki-niang '"\ souverain du pays de ^ "é" ^ Ko-kou-

ses ancêtres avaient joui et avec les présents consistant en habits de cérémonie, ceinture d'or, chevaux, selles, soieries, tracUtionnellemcnt accordés aux princes de son rang à l'occasion de leur avènement.»

(1) La Chine.

('^' Dans la notice i4 consacrée au Cho-p'o = Java , Tciiao Jou-koda dît : (T Comme mandarins, il y a [dans ce pays] des ^ >Sj '^ ^ f n jÈ **''"" ma-kie-lo-ki-licn qui administrent ensemble les affaires du royaume; ils sont comme les ministres en Chine» (Pelliot, Deux itinéraires, p. 3ii; cf. Chau Jur-kua, p. 76). Le Si ya»g tch'ao kong tien luii de Hooang Sing-ts'eng (1620) contient une notice sur Pahan (côte orientale de la péninsule malaise), où une note au texte dit : wEn l'année 1879, P'eng-heng (Pahaù) envoya à la cour de Chine ime ambassade avec une requête [gravée] sur une feuille d'or et un présent d'esclaves et de divers objets. En l'année 1/11 A, il envoya le haut fonctionnaire ^ ||t (11 P^ â'ù M Sou-ma-kou-mm-li-li et d'autres avec le tribut» (Hockhill, Notes on the relations and trade oj China with the eastein Archipelago and the cnast of the Indian Océan duiing the fourteenth century, dans T'oung pao , t. XVI, 1916, p. 131, note). De ces deux litres, la seconde partie du premier : lo-ki-lien a été correctement restituée en j-rtAri/aw (Pelliot, Deux itinéraires, p. 3ii-3ia), qui est bien connu en vieux-javanais et vieuxmalais {vide infra l'inscription de Banka); les trois derniers caractères du second : jnen-ft-/î représentent le titre malais mëntëri-<. skr. mantri «ministre». Dans les deux cas , les trois premiers caractères

sseu-ma-kie lo-ki-lien = rakryan suu-ma-kou men-ti-li = mëntSri .

sont évidemment apparentés, mais je ne sais quel terme protocolaire indonésien ils transcrivent. IIutTii et Rockhill ont traduit le passage précité du Tchou fan tche : (tOf officiais tliey hâve Ssi-ma-kié (and) Lo-ki-lien ... n (p. 7G), mais cette interprétation ne se justifie pas. Pklliot [ibid. , p. 3 11) avait remarqué déjà que le Song chc et le Won hien t'ong k'ao (cf. Méridionaux

lo; pour ^ iH H Tsan-tan-lo [=Candra] du pays de ^ ^ Ko-lan [=Kûlam des textes arabes, le Quilon de nos cartes], et pour |^ ,^|ç fllj Mou-t'o-sien [=- Mudiasena], fils du roi de l'Inde de l'Ouest; on le fit partir muni de ces lettres.

MiNG CUE OU Histoire des Ming ( 1 3 6 8- 1 6 /i 3 ) , livre CCCXXIV (i).

San-fo-ts'i.

XXI. San-fo-ts'i, appelé autrefois ^ |ï^ ^ij Kan-to-li^-', envoya pour la première fois des ambassadeurs apporter le tribut sous le règne de l'empereur Hiao-wou de la dynastie des premiers Song [h^h-h'ok). Pendant le règne de l'empereur VVou de la dynastie des Leang (5o2- 669), ils revinrent à plusieurs reprise^;; et à l'époque de la dynastie des seconds Song (960-1279), ils apportèrent le tribut sans arrêt.

En 1870, l'empereur de Chine envoya un ambassadeur [au roi de San-fo-ts'iJ pour enjoindre à celui-ci de se faire représenter [à la cour chinoise par une ambassade]. L'année suivante, le roi qui était appelé'^' ^ Ki M ^L A M h Ma-ha-la-tcha pa-la-pou [= indonésien Maharaja Prabhu], envoya des ambassadeurs portant une lettre écrite sur une feuille d'or et apportant en tribut des ours noirs, des cssoars, des paons, des perroquets de différentes couleurs, plusieurs sorles de par-

p. 497) ont seulement lo-ki-lien au Heu de sseu-ma-kie lo-ki-lien; le passa{Te parallèle du Si yang tch'ao hong tien lou vient lieureuseraent résoudre une partie de l'énigme : c'est sseu-ma-kie qu'il faut lire; les deux premiers caractères tseu-ma, complexe chinois signifiant tfchef militaire, général", sont hors de cause.

Le Ko-kou-io du Song che qui est, sous une autre graphie, identique au ^ ^ ^ Ko-kou-lo de Ku Tan et qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme le âJjIs Kâkula de Ibn Batûta, est à situer sur la côte occidentale de la péninsule malaise. Le nom du souverain de ce pays : Sseu-ma-ki-raang, semble bien devoir être lu : Sseu-ma-ki Maug, le premier terme de ce nom ou titre royal étant à rapprocher du Sseu-ma-kie du T chou fan tche et du Souma-hou du Si yang tch'ao kong tien lou.

(') D'après Groeneveldt, Notes, lue. cit., p. 199 et sulv.

'^) Pour le Kan-t'o-li, cf. l'appendice III de mon mémoire sur Le K'ouenlouen et les anciennes navigations interocéaniques dans les mers du Sud, dans J. As., XI" série, t. XIV, 1919, p. 238-aii, et supra, p. i5, n. 2.

(■■'> Il faut cnlt'ndre : (jui portait le titre de Maharaja Prabhu.

fums, (le l'étoffe ,"2^ pi , des couverlures en laine et hraucoup d'aulres objets. LVnipereur ordonna de leur donner une copi(î de Talmanacli impérial el des pièces de soie [en nombre variable] suivant leur grade. En même temps, le ministère des Finances fit savoir qu'un navire avec des marchandises leur appartenant, était arrivé à Ts'iuan-tcheou [du Fou-kien] et voulait leur faire payer dos droits ; mais l'empereur prescrivit de ne rien leur faire payer.

En 1873, le roi '\^ B \^ M M ^ Ta-raa-cha-na-a-tcbô;') envoya des ambassadeuis pour porter le tribut, avec une lettre spéciale de félicitation pour le nouvel an suivant.

A cette époque, il y avait trois rois dans ce pays.

En 187/1, le roi Mj M ^ ^ ^ ^ Ma-na-ha Pao-lin-panj;- [= Maharaja (le Palembaù] envoya des ambassadeurs pour apporter le tribut, ce qu'on fît également le 1 "" mois de l'annt'e suivante.

Au 9' mois de l'année 1875, le roi appelé ff" '({[JI ^J, ^ ^ Sengh'ia-lie-yu-lan^-^ envoya des ambassadeurs pour appoi'ter le tribut. Ces ambassadeurs vinrent à la cour en suivant un envoyé impérial qui revenait de mission dans un autre pays.

En 1876, le roi Ta-ma-cha-na-a-tchô mourut et son fils, lit §f) ^ 3? M. Ma-na-tchô AYou-li [= Maharaja Wuli ou Wuni?] lui succéda. L'année suivante, ce dernier envoya en tribut des cornes de rhinocéros, des casoars, des singes blancs, des perroquets noirs et verts, de l'écailIe de tortue, du girolle, du camphre de Baros et d'autres objets. Les ambassadeurs dirent que le fils n'osait pas monter sur le trône de sa propre autorité, c'est pourquoi il en demandait la permission à la cour impériale. L'empereur fit i'éloge de son sentiment du devoir et ordonna à des envoyés impériaux de lui porter un sceau et un brevet de roi de San-fo-ts'i.

Cependant, à cette époque, San-fo-ts'i avait été déjà conquis par J^

(') GnoENEVELDT a lu inexactement Ta-ma-cha-na-a.

(') D'après le Yuan che (XXIX, 22°; XXX, 2', 20°), le roi de Java envo\a en i3:'.5, en ambassade en Chine, un ministre appelé ^ ^"(J f^ ^ W .rfjji Si-la 6'ertg--Â.'ù(-/i-(/r' = javanais Sira San kaliya (1). En i332, une autre ambassade avait à sa tête un ministre du nom de f^ ^ ^'|j Seng k'ia-la, Htt. San Gala (ou Kala) (Yuan che, XXX, 21'; XXXVi, 4''). Gomme l'a conjecturé WocKwiLL (Notes on tlie relations and trade, dans T'oung pao, t. XV, 191^, p. A/16-A/17), il s'agit très vraisemblablement du même personnage. Le nom de raml)assadeur javanais est sans doute le même que celui du roi du San-fots'i, mais je n'ai pas réussi à les restituer.

P^ Tchao-wa'*'. Le roi de ce dernier pays apprenant que l'empereur de Chine avait nommé un roi de San-fo-ts'i, en fut extrêmement irrité; il envoya des gens qui guettèrent au passage et assassinèrent les envoyés impériaux. L'empereur ne pensa pas qu'il fût juste de punir le roi de Java pour cela.

Après cet incident , San-fo-ts'i devint ce plus en plus pauvre et on n'apporta plus le tribut de ce pays.

En 1897, les fonctionnaires du ministère des Rites adressèrent un mémoire à l'empereur, disant que différents Barbares n'avaient pas apporté le tribut depuis longtemps.

L'empereur répondit en ces termes : ffAu commencement de mon règne, les différents Barbares envoyaient sans cesse des ambassadeurs avec le tribut; parmi ces Barbares étaient les pays d'Annam , du Campa , du Cambodge, du Siam, de Java, de Lieou-k'ieou '-', de San-fo-ts'i, de [la côte septentrionale de] Bornéo, de Pahan, de [l'état de] Sumatra [sur la côte nord-est de l'île du même nom] et de beaucoup d'autres pays; mais, récemment, San-fo-ts'i se prévalut de la révolte de Hou Wei-yong et induisit en erreur nos envoyés dans ce pays par de faux rapports. En apprenant cela, le roi de Java envoya des gens pour faire remarquer aux envoyés impériaux qu'ils avaient été trompés et on les renvoya [en Chine] avec la plus grande courtoisie. Depuis cette époque, les relations commerciales ont cessé.

(1) Le Tao yi tche lio de Wang Ta-yuan (18/19) contient iino notice consacrée à Tchao-wa = Java — Rockuill {Notes un the relations and trado, dans Toung pao, t. XVI, 191 5, p. 286) a imprimé la leçon fautive habituelle )^ pi Koua-wa pour jj^ | Tchao-wa qui est sans doute celle du texte chinois — où il est dit : «C'est le royaume de |g ^ Chô-p'o d'autrefois. w La graphie I§ M se prononçait sous les T'ang *Z'a-b<va ^dJawa; au xiu° siècle, ces deux caractères avaient une prononciation à peu près identique à celle du chinois mandarin moderne : Chô-p'o, qui n'avait plus qu'une lointaine relation phonétique avec le nom de la grande île indonésienne. Par un louable souci de rendre aussi fidèlement que possible le toponyme étranger, les Chinois adoptèrent une nouvelle transcription : Tchao-wa, phonétiquement Cao-wa, qui représente exactement Jawa, au timbre de la palatale près, sonore en indonésien , sourde en chinois. L'emploi du caractère ^ tchao -< indonésien ja, répond à une particularité de Teuphonie chinoise d'après laquelle on choisit de préférence un mot dont le phonème final soit en harmonie avec Tinitiale de la syllabe suivante, soit tcha-o -{- iva = jawa.

(2) Sur ce pays, cf. l'appendice I de mon mémoire Malaka, le Malàyu et Malâyur, dans ./. As., XI' série, t. XII, 1918, p. 126-1 33.

ffLcs (lidiireuts pays n ont pas îa même mentalité : l'Annam, le Campa, le Cambodge, le Siam et le Lieoii-k'ieou se rendent à la cour et apportent le tribut comme par le passe'; mieux encore, le Lieou-k'ieou a envoyé des jeunes gens qui viennent s'instruire ici. Toutes les fois que les pays barbares envoient des ambassadeurs, ceux-ci sont toujours traités avec courtoisie et Je ne suis en aucune façon indifférent .à leur égard ; mais , actuellement. Je ne connais pas leur mentalité. Si Nous envoyons actuellement des porteurs de message à Java, il est à craindre que Saa-fo-ts'i ne les arrête en route. Je suis informé que ce San-fo-ts'i était initialement un pays appartenant à Java. Prenez donc note de ma manière de voir et faites-en part au Siam, en lui enjoignant de la faire connaître à Java. n

Sur ce, le ministère des Rites envoya une lettre ainsi conçue : ff Depuis que le ciel et la terre existent, la différence entre souverain et sujet, entre haut et bas, a toujom's existé. Les pays qui se trouvent autour de la Chine sont réunis en un seul par notre gouvernement et autrefois les différents Barbares d'au delà de la mer, venaient régulièrement jouir de son influence. Actuellement, le San-fo-ls'i a eu de mauvaises intentions, il a trompé nos fidèles envoyés impériaux et s'est rendu coupable de trahison. Notre saint Empereur traite tous les Barbares avec la même bienveillance et justice; comment osent-ils être ingrats pour ces hautes faveurs et oublier les devoirs d'un sujet envers son prince? Si la colère de l'empereur est éveillée, il peut envoyer une armée de cent mille hommes pour mettre à exécution la punition du ciel, ce qui lui est aussi facile que de retoui'ner la main. Pourquoi ks Barbares ne se raj)pellent-ils pas de cela? Notre saint Empereur a dit que l'Annam, le Campa, le Cambodge, le Siam et le Lieou-k'ieou remplissent leurs devoirs de sujets, mais le San-fo-ls'i seul se retourne contre les saintes instructions de l'Empereur. Quoi<ju'i] soit plus petit que les autres pays précités, il se risque à être rebelle : il sera ainsi la cause de sa propre ruine. Mais vous, Siam, comme vous remphssez respectueusement vos devoirs de sujet; comme le gouvernement prescrit parle Ciel vous a en grande estime, il vous confie le soin d'informer Java que ce dernier pays doit parler au San-fo-ts'i de ses devoirs [envers l'empereur] et de lui faire savoir que si celui-ci modifie ses mauvais procédés, il sera aimablement reçu à la cour comme par le passé."

A cette époque, Java avait conquis le San-fo-ts'i tout entier et changé son nom en celui de ^ f^ Kicou-kiang^''. Lorsque le San-fo-ts'i fut

(') Litt. ffle vieil estuaire», le vieux port.

ballu, il y eul des troubles dans tout le pays et les Javanais ne purent pas l'occuper entièrement. En raison de cela, les Chinois qui étaient établis là, se révoltèrent pour leur propre compte, et un Cantonnais de Nan-hai, appelé ^ ^1; Oj] Leang Tao-ming, qui avait vécu pendant longtemps et erré sur la mer, et qui avait l'appui de plusieurs milliers d'hommes du Fou-kien et de Canton, fut choisi par eux comme chef. Il régna comme maître d'une partie du pays, et son fils qui renconti-a, une fois, un ambassadeur impérial envoyé en mission hors de Chine, fut amené par celui-ci à la cour.

En i/io5, l'empereur envoya un porteur de message qui était originaire de la même ville que Leang Tao-ming, invitant le chef chinois de Sau-fo-ts'i à se présenter à la cour. Tao-ming et sou allié ff) fé ni Tcheng Po-k'o suivirent l'envoyé impérial et apportèrent en tribut, des produits du pays à la cour. Ils revinrent ensuite [dans leur pays] après avoir reçu de nombreux présents.

En i/»o6, le chef [chinois] de Kicou-kiang, appelé ^ fl ^ Tch'en Tsou-yi, envoya son (ils; Tao-ming envoya son neveu qui se rendirent ensemble à la cour. Tsou-yi était également un Cantonnais et quoiqu'il envoyât le tribut à la cour, il se hvrail en même temps à la piraterie; les ambassadeurs d'autres pays qui apportaient le tribut en Chine en souffrirent beaucoup.

En 1/107, l'envoyé impérial Tcheng Ho'*' qui revenait d'Occident, le convoqua par un porteur de message. Tsou-yi feignit d'obéir à cet ordre, mais il se prépara secrètement à dévahser aussi Tcheng Ho. Celui-ci en fut prévenu par un autre Chinois appelé f^ j§ l^p Che Tsin-k'iug, et lorsque Tsou-yi l'attaqua, il le fit prisonnier, l'amena à la capitale où il fut exécuté. En même temps, Tsin-k'ing envoyait son gendre apporter le tribut; sur quoi l'empereur donna l'oidi-e de créer un bureau de Pacificateur de Kieou-kiang et nomma Tsin-k'ing à ces fonctions. Far ordre impérial, on remit à ce dernier un sceau, un chaj)cau et une ceinture [comme insignes de ses fonctions], et depuis lors le tribut fut appoi'té à la cour à plusieurs reprises. Quoique Tsink'ing ait reçu une commission de l'empereur, il était en même temps soumis à Java. Le teri-itoire de son gouvernement n'était pas étendu et n'était en rien comparable à celui de l'ancien San fo-ts'i.

En 1/124, le fils de Tsin-k'ing, appelé M'MM Che Tsi-souen, fît savoir que son père était moi-t et demandait l'autorisation de lui suc-

(') Sur ce célèbre eunuque et ambassadeur impérial, cf. Rockuill, Notes on t'np -.xhUi'ins and (rnik , T'oung- pao, t, XVI, 191 5, p. 81.

cëder : elle lui fui accordée. En ili-2o, il envoya des ambassadeurs pour apporter le tribut. Ceux-ci direut que l'ancien sceau avait été détruit dans un incendie; sur quoi l'empereur ordonna d'en donner un nouveau. Depuis lors, le tribut fut graduellement apporté plus rarement.

Vers la fin de la période kia-tsing (i522-i56G), le fameux bandit cantonnais, ^ '^ Tcbang Lien, causa des troubles; mais, au bout de quelque temps, les officiers de l'armée firent savoir qu'ils l'avaient capturé. En 1677. des marchands venus à Kieou-kiang virent que cet homme y avait une rangée de boutiques et était le maître de navires indigènes ; un grand nombre de Chinois du Fou-kien lui étaient attaches et il était une sorte de surintendant du commerce avec la Chine.

Ce pays est un endroit de grande importance pour le commerce des Barbares. Il est situé à l'ouest de Java d'où on y arrive , avec vent favorable, en huit jours de voyage environ. Le pays est divisé en quinze districts; le soi est fertile et propre à l'agriculture; d'après un dicton local : ffSi vous plantez du riz une année, vous avez de l'or pour trois ansn , ce qui veut dire que la récolte est abondante et peut être vendue pour beaucoup d'argent.

Les gens riches sont très adonnés à la débauche.

Les habitants de ce pays sont habiles à combattre sur l'eau; aussi leurs voisins les craignent-ils.

Le pays est abondamment fourni de [cours d']eau. Les chefs vivent à terre; le peuple habite sur la rivière; dans ce but, on construit les maisons sur des radeaux qui sont attachés à des pieux de telle façon que lorsque la marée monte, les radeaux s'élèvent sans être submergés Lorsqu'on veut changer de place, on arrache les pieux, ce qui ne coûte pas beaucoup d'argent ni de travail.

Les basses classes donnent à leurs supérieurs le titre de @ ^ tchan-pei^^\ ce qui a le même sens que ff souverain du pays^. Postérieurement , l'endroit où le jiremier chef vécut fut appelé également Tchanpei'^'.

L'ancienne capitale du pays a été changée en [l'actuel] Kieou-kiang. Autrefois, le pays était riche; mais depuis sa conquête par Java, il est devenu de plus en plus pauvre et peu de navires marchands s'y rendent.

(') Vide supra, p. 16, n. 3.

(-) C'est-à-dire Jambi , au nord de Palembaù, qui correspond géographiqucment au Malâju de Yi-tsing. Cf. mon mémoire Malaka, le Malàyu et Malàyur, dans /. As., mai-juin et juillet-août 1918.

Ses coutumes et ses produits ont été décrits dans illisloiie des [seconds] Song''>.

Tao yi tche Lio (le Wang Ta-yuajn (18/19). San-fo-ts'i.

XXII. En'-' parlant du détroit de Long-ya f| ^ f^ *'', on arrive dans ce pays après un voyage de cinq jours et cinq nuits.

Beaucoup de gens ont pour nom de famille f^ p'ou '*', Ils aiment à se battre, sur mer et sur terre. Les combaltanls avalent une drogue qui empêche les épées de les blesser. Ce sont ainsi les gens les plus audacieux du monde.

Le pays a une population dense; la terre est fertile et splendide; le climat est chaud. Au printemps et pendant l'été, il pleut continuellement.

Les coutumes y sont bienséantes et pures. Hommes et femmes coiffent leurs cheveux en chignon et portent une courte chemise bleue en coton ; ils s'enveloppent dans une pièce d'étoffe de colon [provenant (?)] de Tong-tch'ong ^ /ffï •^ . Comme ils aiment la propreté, ils mettent leurs maison sur des charpentes [flottant] sur l'eau'''. lis recueillent les huîtres pour en faire du |^ tcha '"'. Ils font bouillir l'eau de mer pour faire du sel et font fermenter le riz glutineux f)ft pour faire du vin. Ils ont un souverain.

Les produits indigènes sont la fleur de prunier, les morceaux de

(') Vide supra, p. i5 et suiv.

("-) D'après W. W. Rockhill, Notes on the 7'elatwns and trade of China ivith the Eastem Archipelago and the coast of the Indian Océan during the fourteenth centunj, dans T'oung pao, t. XVI, i9i5, p. i34-iAo.

(^' Ainsi que Ta montré Rockhill (/oc. cit., p. 129, n. 2), il s'agit ici du détroit de Singapour, alors que le ^ ^ f^ Ling-ya men du Tchoti fan tche (vide supra, p. 9) «le détroit de Ling-yan, désigne le détroit de Linga. Le Long-ya-men du Tao yi tche lio signifie littéralement «détroit de ia denl du dragon». Rockhill situe inexactement San-fo-ts'i à Jambi; c'est Palembaù qu'il faut lire.

W Vide supra, p. 16, n. A.

''') Vide supra, p. 29 et 9.

W Sorte de condiment colonial appelé en anglais chutney. Cf. Hobson-JobsoN, S. v° Chulny,

camphre de qualité moyenne, le bois de laque, la noix d'arec, les étoffes de coton et du bois artistiquement sculpté.

Les marchandises qu'emploient [les Chinois] pour faire du commerce sont : les taffetas de couleur, les perles rouges, les châles, les étoffes de coton de couleur, les mai-mites en cuivre et en fer el d'autres encore.

D'après une ancienne tradition, [une fois,] la terre s'ouvrit subitement et plusieurs myriades de bœufs en sortirent. Les gens s'en emparèrent et les mangèrent : puis, ils prirent des bambous et comblèrent [la crevasse] pour toujours ''^

^ f^ KlEOU-KIÂNG.

XXIII. [En partant] de f^ |^ Tan-kiang, on pénètre dans le ^ ^ P^ détroit de P'eng-kia [=Banka]<''. Les habitants se servent de [radeaux en] bambous au lieu de bateaux. Le long des routes, il y a beaucoup de pagodes en briques. Le profit qu'ils retirent de leurs champs est le double de celui des autres pays. C'est un dicton populaire que si du grain est planté une année , la troisième année il pousse de i'or; ceci veut dire que le grain a été changé en or. Au bout d'un certain temps, des gens de l'Océan occidental ayant entendu parler de la fertilité du sol, vinrent dans des navires et prirent dans les champs un morceau de l'os de la terre (1^ ffl ^ ^ i. 'W) V^^^ ^® transporter dans leurs propres champs et établir ainsi des relations entre eux et ce pays (JtU êi ÎS ffl ;^' 2^ M); mais, quoi qu'ils aient planté du grain, l'or des champs de Kieou-kiang ne poussa pas. Ceci est une étrange chose '^' !

Le climat est plutôt chaud. Hommes et femmes coiffent leurs cheveux en chignon et portent un pagne de coton blanc. Ils fout bouillir l'eau de

(') Vide supra, p. 12.

(-) «C'est-à-dire : «Quand on quitte l'embouchure de la rivière de Jambi «ou Suni Sunsan (appelé ici «i'estuaire à i'oau doiicen ou Tan-kiang), on entre «d'abord (en se rendant dans la mer de Java) dans le détroit de Banka.w

(ROCKIULL.)

(■^) «Le Tong si yang h'ao (3, li") dit : « Kicou-kiang était appelé ^ ^ «Yao Cou «le pays fertiiew, parce que, d'après le dicton, si on sème du grain une année, la troisième année [suivante], il pousse de l'or; ce qui veut dire «que les récoltes y étaient si abondantes qu'on en relirait beaucoup d'or en les «vendant." (Rockuill.) Vide swpra, p. 39.

mer pour eu faire du sel et fout feimenlerie jus de la uoix de coco pour en faire du vin. Ils ont un souverain.

Les produits indigènes sont : le bois d'aloès, le parfum -^ §^ Liuyin''^\ du coton supérieur à celui de tous les autres pays étrangers, de la cire d'abeille, du kiang-tchen de qualité inférieuie, de très grands buceros'"' et du bois d'aloès de qualité moyenne.

Les marcbandises qu'emploient [les Chinois] pour faire du commerce sont : de petites perles colorées de P^ ^[5 % 1% Men-pang (?) , des |jt 1^ fji noyaux de ki-lhi[l), des objets en pui'celaine de TcIi'ou-[tcheoufou], des chaudrons de cuivre, des étoffes de colon de couleur, d grands et petits récipients pour l'eau, des pois et d'autres choses encore

YiNG YAl CHENG LAN de Ma HoUAN ( 1 /| 2 5-1 /l3 2 ?).

lEOV-KIANG.

XX.IV. On l'appelait anciennement San-fo-ts'i. On l'appelle également 'i^ î$|{ ^ Po-lin-pang [=^Paîemban] et il est sous la dépendance de ïchao-wa (Java). A l'est, [ce pays] est contigu à Tchao-wa; à l'ouest, à ïpg $lj JjH Man-la-kia [=Malaka] '^'; au sud, se trouvent de hautes montagnes et au nord-ouest, il s'étend jusqu'au bord de la mer. Les navires (venant de Kieou-kiang) entrent dans le f^ ^ Tan-kiang frl'estuaire à l'eau douce^i; puis à ^^ P'eng-kia [=Banka]. Ils doivent transborder sur de petits bateaux pour remonter le [Tan-]kiaug et atteindre la capitale "''.

(^' wLc hin-yin hinng, litt. «encens d'argent et d'or?), en malais kcmanjan, [lire : keminan, cf. Faviîe, Dict. malais-français , sub verbis (^y^JT, ^^■i^, (^'-^Ji est le benjoin doux; voir Hir.TU et Rockhill {Chau Ju-hua, p. 198 [où il est appelé ^ |§ ^ kin-yen-hiang «encens de couleur d'orw]; ie Tong si yang k'ao (3, 17 a) mentionne le naphte ^^ ^ |t{| parmi les produits de Kieoukiang.?? (RoCKUlLL.)

(^) Pour la description de cet oiseau, vide infra, XXIV, p. 3i.

(') Ma Houan oriente Sumatra de Test à l'ouest, alors que l'orientation de Tile est du nord au sud. Une erreur identique a été commise par le muallim arabe Ibn Majid (ms. a^ga de la Bibliothèque Nationale), qui a rédigé ses Instructions nautiques dans la seconde moitié du xv'' siècle et par SdlaymAn al- MAunl, autre auteur d'Instructions nautiques de la première moitié du xvi" siècle (ms. 2 55f) du mê'me fonds).

''') Telle est riutorprétation de Hockiiill, mais elle doit être rectifiée ainsi : Les navires venant de Kieou-kianij = Palembaii doivent suivre le détroit de

Un grand nombre des habitants sont des immigrants de Canton, de Tchang-tcheou et de Ts'iuan-tcheou [, ces deux derniers au Fou-kien].

Le pays est fertile et la population dense. Le sol est bon pour la culture. D'après un dicton populaire, si on cultive le sol une saison, la troisième saison on récolte du riz i{^ |^ ; le mot J(^ chou signifie « moissonner un grand espace» '''.

11 y a [dans ce pays] beaucoup plus d'eau que de terre. Les habitants sont adonnés au combat sur l'eau. Les maisons des hauts fonctionnaires sont seules sur les berges de la rivière; le peuple vit disséminé sur des radeaux en bambous attachés à des racines d'arbres ou à des pieux; ces radeaux suivent le mouvement de la marée, du flot et du jusant''^.

Les mœurs et coutumes '^^ et la langue sont les mêmes qu'à Tchao-wa (Java).

Sous le règne de l'empereur Hong-wou (des Ming, 1 368-1898), il y

Banka, puis, entrer dans le Tan-kiang ou estuaire de la rivière de Jambi. Là, ils transbordent sur de petits bateaux pour remonter la rivière de Jambi et atteindre la capitale. Le texte du ïiuff yai cheng lan traduit par Gf.oeneveldt (Notes, p. 197), précise que ie transbordement s'effectue «près d'un endroit où se trouvent de nombreuses pa^jodes construites en briques».

(1) ffTout le sel de l'histoire a disparu dans cette version [vide supra, p. 39]. Au lieu de tron récolte de rhv on devrait avoir naturellement «on récolte de for-i. Ralph Fitch qui écrivait dans le dernier quart du xvi" siècle, dit en parlant de Jambi : trJamba is an Island among the Javao aiso, from whence come diamants. And the king hath a masse of earth whicli is golde ; it growcth in the middle of a river : and when the king doth lacke gold, they eut part of the earth and melt it, whereof commcth golde. This masse of earth doth appeare but once in a yeare; wliich is when the water is iow : and this is in the month of Aprili (Haklcït, Principal Naiigations, V, /199; Hahlmjt Soc. édit.). Ceci, conclut Rockhill, est évidemment une autre version de cette Iradilion.Ti (Rockhill.) Le texte traduit par Groeneveldt {^otes, p. 197) a, plus correctement : «Les gens de ce pays sont très riches, car ie sol est très fertile. Un dicton populaire dit, en effet : «Quand quoiqu'un sème pour une (tannée, il peut récolter pendant trois ans-:, ce qui n'est pas exagéré du toul.îi

(■-' S'élevant avec le flot, s'ai)aissant av.-c le jusant. Le texte traduit par Gr.oENEVELDT {Notes , p. 197) ajoute ici : «Lorsque les habitants de ces maisons flottantes veulent s'en aller cl aller vivre dans un autre endroit, ils arrachent les poteaux [auxquels elles sont attachées] et se déplacent avec leur maison tout entière, ce qui est très commode. La rivière a deux marées par jour.n Vide supra, p. 2g.

(•') Le texte traduit par Guoenetelot [ibid.) ajoute ici •. «les cérémonies du mariage et des funérailles-n

M. ( . ferc.vnd. 3

avait à Canton un homme appelé Tch'en Tsou-yi, qui, étant proscrit, s'enfuit dans ce pays dont il devint le chef, pillant impitoyablement les voyageurs de passage. Sous le règne de l'empereur Yong-lo (1608-1^2 4), l'empereur ordonna à l'eunuque Tcheng Ho de prendre le commandement de la flotte chinoise. Lorsqu'il arriva à [Kieou-kiang], il y avait à Canton un homme appelé ^ ^ Che Tsin qui adressa à Tcheng Ho une plainte contre [Tch'en] Tsou-yi. Tcheng Ho ordonna à ses soldats d'arrêter celui-ci et [Tch'en] Tsou-yi fut décapité. Tcheng Ho donna à [Che] Tsin des fonctions officielles et là-dessus celui-ci retourna à Kieou-kiang dont il devint le chef. A sa mort, sa fille lui succéda et eut le pouvoir de promouvoir en dignité [les gens utiles] et de punir ceux qui ne servent à rien , comme son père l'avait fait.

Ils sont passionnément adonnés aux jeux d'argent, tels que le ^Ei ^ fa-houei, les échecs, les combats de coqs, pour lesquels ils engagent des enjeux en argent.

Dans les transactions commerciales, ils font usage de monnaie de cuivre [chinoise], de [pièces] de cotonnade, de soie et d'autres marchandises de ce genre.

Les produits du pays sont : les buceros , le houang-lien (rhizome du copiis tecta), le kiang-tchen , le bois d'aloès, la cire d'abeille, le parfum de km-yin'-^'> qui a l'air d'un objet avec incrustations d'argent; il est de couleur noire avec des parties blanches. La meilleure espèce est celle dans laquelle le blanc prédomine sur le noir; la plus médiocre, celle qui est presque noire. Lorsqu'on le brûle, ce parfum impressionne l'odorat d'une manière irrésistible. Les Occidentaux appelés $^ H^ So-li [=Cola] l'apprécient fort.

Le buceros i| j^ ,% est plus grand que le canard. Ses plumes sont noires et il a un long cou. L'os de sa têle a environ un pouce d'épaisseur; à l'intérieur il est jaune, et à l'extérieur rouge; il est très joli et très estimé.

L'[oiseau appelé] ^ |,| houo-Jà''^''' (litt. = poule de feu) est plus grand qu'une grue. Son cou est aussi très long. 11 a une crête charnue rouge , un bec en pointe , des plumes de la couleur d'un mouton noir (^ ^ ?), de longues jambes noires avec des ergots si effilés que s'il blesse quelqu'un à la poitrine celui-ci en meurt. 11 mange des charbons ardents. Il ne meurt pas en captivité.

('' Vide supra, p. 83, n. i.

^-1 C'est le casoar.

Le ffcerf des fées»*'^ {îf^ M) ^st de la taille d'un grand porc, environ trois pieds de haut, et a le poil ras, un groin de porc, et comme le porc, le sabot triflde (sic). Il est herbivore et n'approche pas des choses qui ont une odeur forte.

Leur bétail se compose de moutons , porcs , chiens , poules , canards ; leurs comestibles et leurs fruits sont les mêmes que ceux de Tchao-wa (Java).

SiNG tch'a cheng LAN de Fei Sin.

KlEOV-KIANG.

XXV. L'ancien nom était royaume de San-fo-ts'i. On peut s'y rendre de Tchao-wa (Java) eu huit jours, avec vent favorable. On y parvient après avoir pénétré dans l'embouchure de la rivière.

La terre est très riche, deux fois plus riche qu'ailleurs. D'après un vieux dicton, si on plante du grain une année, trois ans après, il pousse de l'or; ce qui veut dire que le grain est récolté en telle abondance, qu'on retire beaucoup d'or'"'. Aussi les habitants sont-ils à leur aise.

Ils sont habituellement bruyants et très débauchés. Ils sont adonnés au combat sur l'eau.

D y a Lt beaucoup d'eau et peu de terre non immergée. Tous les chefs construisent leurs maisons sur les berges; les personnes de leur suite et lem's domestiques sont logés dans leur entourage. Le bas peuple construit ses maisons sur des radeaux en bambous qu'on relie à des pieux; quand l'eau monte, les radeaux flottent sans danger d'être submergés. Les habitants de ces maisons flottantes veulent-ils aller ailleurs , ils arrachent les pieux et s'en vont avec leur maison , sans peine ni dépense.

Actuellement, ce pays est sous la souveraineté de Tchao-wa (Java).

Les produits naturels sont : le bois d'aloès des espèces houang-chou et sou, le bois de laque, le bois d'aloès de l'espèce tch'en, la cire d'abeille, les buceros. Les marchandises [étrangères qu'on y vend] sont : les perles de coulem-, la porcelaine bleue et blanche, les chaudrons de cuivre , les étoffes en coton de couleur et en soie , le satin de couleur, les grandes et petites jarres en porcelaine et la monnaie de cuivre [chinoise].

En la i3° année du règne de l'empereur Yong-lo (i/n5), Tcheng Ho

(') Tapir de Suinatra.

('-) Vide sitpra, p. 33, n. i.

et d'autres personnes se rendaient avec une flotte [chinoise] à l'étranger. Le pirate Tcb'en Tsou-yi et d'autres qui pillaient les marchands étrangers à San-fo-ts'i projetèrent de les attaquer; mais les commandants de notre flotte leur tendirent un piège, les battirent, prirent les pirates vivants et emmenèrent les chefs à l'empereur. Depuis lors, du nord au id et de l'est à l'ouest des mers intérieures et extérieures , la tranquille régna partout.

ToNG SI Y AN G KAO ( l 6 1 8 ).

XXVI. (Livre m.) Lorsqu'un navire arrive à Kieou-kiang, on offre en présent au roi, des fruits et de la soie, en quantité déterminée.

Lorsque les gens de Jambi traitent l'achat de marchandises , le prix convenu est indiqué en or, mais ils ne payent qu'avec du poivre; par exemple , si quelque cliose coûte deux taels en or, ils payent cette somme avec 100 pikids de poivre ou à peu près. Ils achètent volontiers des femmes du dehors; des filles provenant de pays étrangers sont fréquemment amenées à Kieou-kiang et y sont vendues contre du poivre.

Ils se servent de monnaie en plomb.

San-fo-ts'i était autrefois connu comme un endroit riche; mais, depuis qu'il a été conquis par Java, la capitale a été abandonnée et peu de marchands s'y rendent maintenant.

INSCRIPTIONS MALAISES, SANSKRITES ET TAMOULES.

Inscription, envieux-malais, de Kola Kapur dans l'île de Banka (côte sud-est de Sumatra), dans H. Kern, Verspreide geschriften, t. VII, 1917, La Haye, in-8°, p. 2o5 et suiv.

XXVII. (L. 9.). . • Il çakavarsalîta 608 dih pratipada çuklapaksa vulan vaiçakha. tatkâhvia {]. lo) yaii mahman sumpah ini. nipakat di velâm yah valu cri vijaija halivat manàpik yah bhmni jâva ùda bhakli ka cri vijay<i. cf L'année çaka révolue 608 [= 68G de notre ère], le premier jour de la quinzaine claire du mois de vaiçakha, [telle est] la date à laquelle celle imprécation a été gravée. C'est à celte [même] époque que l'armée de Çrï Vijaya vient de partir en expédition [contre] le pays de Java [qui] ne [reconnaissait] pas la suzeraineté de Çrï Vijaya^''.»

(') Pour rintorprétation de ce passage , cf. mon compte rendu de Le royaume de Çrîvijnyn de Co;:i)Ès, dans J. As., juillet-aont i Ç) i y , p. i52-i53. Çrï-

D'après le Sin t'ong chou ou ISouveUe histoire des Tang (G 1 8 c)o6), «dans la ^év'ioàQ chang-yunn (Gy/i-ôyô), les gens du royaume de g^ P^ Ho-ling, appelé également m ^ Clio-p'o [=Jawa, Java central], élevèrent à la royauté une femme nommée ^^ Si-mo [pron. anc. *Si^-mak = *Sira Maka ou Maga]''', dont le gouvernement plia tout à la règle; sur les routes, on ne ramassait pas ce qui était tombé. Le prince des :}^ "^ Ta-che [pron. anc. *T§zï ou *Tâjik'-)] l'entendit dire; il fit don d'un sac d'or qui fut placé dans une avenue; tous ceux qui passaient l'évitaient immédiatement. Il en fut ainsi pendant trois ans. [Puis,] le prince héritier, en passant, foula du pied cet or. Si-mo, furieuse, voulut le faire décapiter. Les ministres intercédèrent avec insistance, et Si-mo dit : «Puisque «la faute se trouve originairement dans les pieds, on peut lui «couper les doigts de pied. 55 Les ministres intercédèrent à nouveau, mais on lui coupa les doigts pour l'exemple. Les

vijaya est mentionné deux autres fois dans la même inscription (t. a et l)-5). Cf. également N. J. Krom, Epigraphische Aaiiteelceningen. XVI. De inscriplie van Karang Brahi, dans Tijdschrift voor Indische T., L. en Volkenkutide , deel LIX, 1920, p. 4aG-63i.

^*' GnoENEVELDT {Notcs , p. iSg) 3 inexactement restitué Sima. Les rapprochements de I^ouFFAER avec ie vieux-javanais sîma (Oudheidkundige opmerkingen, dans Bijdragen, deel 7^, 1918, p. lAo et suiv.) sont donc à écarter.

(-' tfll y a dans les Histoires des Tang, comme dans ie Tong tien, dit I^el- LiOT {Deux itinéraires, p. 297), de longues notices sur les Ta-che, d'où il ressort avec la plus grande netteté que les Arabes et les Arabes seuls sont désignés par ce nom.n 11 est au moins inattendu de voir les Arabes mentionnés dans un texte chinois à propos de Java, en (57/1-675. A cetle époque, le prince des Arabes ne peut être que Mu'âwiya, le khalife omeyyade de Damas, qui mourut en G80. Il est surprenant que cotte dynastie ait été connue en Indonésie du vivant même de son fondateur. Dans les textes chinois, la graphie ^ fijj Po-sseu transcrit tantôt le nom de la Perse; tantôt 'e nom d'un état indonésien presque homophone de celui-ci (cf. Sino-iranica de B. Laufer et mon compte-rendu de ce travail dans J. As., XT série, t. XVlll, 1921, p. 279-39.3); Ta-che désigne sûrement les Arabes, mais désigne vraisemblabbunent aussi un pays et un peuple d'Kxtrème-Orient de la région de Tlnsulinde ou de l'Inde Iransgangétique. La question (!st d'importance et j'y reviendrai.

Ta-che apprirent cela et craignirent [Si-mo]; ils n'osèrent pas lever de troupes [contre elle] 55 ^^L

Par Ho-ling également appelé Gho-p'o ou Javva, il faut entendre le centre de Tîle de Java, ainsi que l'atteste l'inscription de Kalasan [infra, p. 3 9). C'est là que se situe en toute certitude le royaume de Si-mo. On conçoit aisément par la description qu'en fait le Sin t'ang chou, qu'un tel royaume ait été tout à fait indépendant vers la fm du vif siècle. L'inscription de Banka précise, en effet, que y ah bhûmi jâva tida bhakti ka çnvijaya, «le pays de Java [== C/iJ-j!>'o du Sin ùing chou\ ne [reconnaissait] pas la suzeraineté de Çrï Vijaya^n C'est cependant contre cette redoutable Si - mo ou son successeur que l'empire sumatranais voisin dirige, en 686 de notre ère, l'expédition mentionnée dans la dernière ligne de la même inscription. De la confrontation de ces textes, on doit conclure que l'empire de Çrï Vijaya était plus puissant et plus redoutable encore que celui de la reine javanaise , car l'expédition atteip^nit son but : on verra plus loin que le royaume javanais fut occupé jusque dans la seconde moitié du ix" siècle par les Çailendra de Sumatra.

Inscription sanscrite de Kalasan, près de Yogyakarta (Java central), de 701 çaka^yyg (cf. J. Brandes, Een nâgan-opschrift gevonden tusschen Kalasan en Pramhanan, dans Tidjdschnft voor Indische Taal-, Land- en Voîkcukunde, Batavia, deelXXXI, 1886, p. 2A0-260; B. G. Bhandarkar, a Sanskrit Inscription from central Java, dans Journ. Bombay Branch of B. A. S., t. XVII, 1887-1889, part II, p. 1-10; N. J. Krom, De Sumairaansche période der Javaatische geschiedenis (leçon inaugurale à l'Université de Leyde) , 3 décembre 1919, p- 1 3 et suiv. '-'.

XXVIII, ... (5). Dans le florissant royaume du roi qui estrorne-

(') Dans Pelliot, Deux itinéraires, p. 297. (-' Vide svpra, p. 2.

ment de la dynastie des Çailendra , un temple de Tara a été construit par le guru du roi de la dynastie des Çailendra . . .

(6). C'est lorsque sept siècles de l'ère çaka furent révolus (701 çaka ==779) 'ï"^ ^^ Maharaja fit construire le temple de Tara pour honorer le guru. *

(7). Le village appelé Kâlasan est donné à la communauté [du temple]; en sont témoins les notables chefs du pays : pankiir, tavan et drip.

(8). Cette incomparable donation en terre, faite à la communauté par le Lion Royal sera maintenue par les rois de la race des Çailendra. . .

Cette interprétation n'est exactement ni celle de Brandes ni celle de Bhandarkar, mais on a utilisé l'une et l'autre. «Le Çailendra, dit Krom en résumant ce passage, qui a fait construire Kalasan, dit expressément qu'il agit dans son propre royaume, donne des terrains au sanctuaire, bref apparaît absolument comme le roi du pays [landsvorst, loc. cit., p. i6)W.»

Le même auteur ajoute :

Un demi-siècle environ avant l'inscription [ci- dessus] de Çailendra [, vers 780], nous trouvons dans cette même région centrale de l'île de Java, un document émanant d'un tout autre prince, un prince çivaïte qui se donne expressément comme le roi de Java et qui sait qu'il descend d'un courant d'immigrants venus du sud de l'Inde. Cette contrée est connue comme étant le berceau du culte du prophète Agastya ; aussi a-t-on eu raison d'établir un rapprochement'^' entre ce roi de Java central et un autre prince qui, trente ans plus tard [, en 689 çaka = 760], fit ériger une image de ce prophète, mais dans une toute autre région, dans l'Est de Java [, à Dinaya]. En revanche, on constate dans le centre de Java un phénomène remarquable : après ladite inscription çivaïte, et durant une période d'un siècle et demi [, de 780 à 880 de notre ère], on ne trouve plus dans le centre de Java aucune charte royale authentique, à l'exception justement des inscriptions des Çailendra. On connaît un

0) n.É.F.E.-O., t. XIX, 1919, n° 5, p. i3o.

(-) F. D.K.Hoscii, De Sanskrit-inscripik oj) dm Steen van Dtnaja {68a çaka), dans Tijdschrifl voor Indische T., L en Volkenktmde , deel LVII, 1916, p. ^'^i-

nombre assez considt^rable de chartes, mais les cérémonies consécratoires ne sont jamais accomplies par un roi : eiles le sont par un haut dignitaire. Durant cette même période les témoignages chinois rapportent bien quelques ambassades de Java central , mais ne disent nulle part qu'elles aient été envoyées par un roi, et ne donnent plus aucun nom de roi, comme ils le font d'ordinaire si volontiers. La première explication qui se présente provisoirement est que, durant cette période, les anciens rois de Java central s'étaient retirés dans l'Est, Java central étant tombé sous la domination des Çailendra de Sumatra, qui firent ériger quelques monuments importants en leur propre nom , mais s'en remirent pour le reste à leurs représentants et aux autorités locales. Le témoignage des inscriptions favorise donc l'hypothèse d'après laquelle Java central aurait été positivement vassal du royaume de [Çrï Vijaya ou] Palemban. Environ cent ans après la fondation de Kalasan [, c'est-àdire vers 880 de notre ère], se manifestent les signes que la période, que nous pouvons appeler la période sumatranaise, a pris fin. De nouveau se montrent des chartes royales d'un caractère indigène, et il apparaît bientôt que les mêmes princes gouvernaient à la fois l'est et le centre de Java. La disparition de l'influence sumatranaise semble coïncider avec la reprise de Java central par les anciens rois de Java établis alors dans i'Est(/6/rf.,p. i6-i8)(').

Deux textes chinois permettent d'apporter quelque précision en ce qui concerne le transfert de la capitale de Java, du centre de Tîle à la partie orientale. Le Sin t'ang chou ou Nouvelle histoire des T'ang (618-906) dit (k. 222 HF, p. 3 r°) :

ïMmMm^m-^my^mMiMm^mm- «Le roi

habitait la ville de Chô-p'o [=Jawa]; son ancêtre Ki-yen a transporté [la capitale] vers Test, à la ville de P'o-lou-kiasseu55 [pron. anc. *Ba-ru-ga-si, litt. «la plage de sable » = Grise ou Grisse, le port de la Résidence de Surabaya]'^).

(') B.É.F.E.-O., t. XIX, 1919, n" 5, p. i3o. M. Krom a eu l'obligeance de me faire savoir que le roi Çailendra est également mentionné dans l'inscription de Kloorak de 706 çaka [vide Brandes apud Groeneveldt, Catalogus Ba tavia, 1887, p. 389).

(-' Pour cette restitution, cf. mon mémoire Le K'ouen-louen et les anciennes navigations interocéaniques dans les mers du Sud, dans /. As., XP série, t. XIII, 1919, p. 3o'i.

A propos du môme événement, l'auteur du Yuan che lei pion (k. /i2, p. 87 r'') rapporte que, dans la période Cien-pao (7/.2-755) : i 11 îi n mil S/r M «on déplaça [la capitale] de Cho-p'o à la ville de P'o-lou-kia-sseu ?5 (dans Pel- LioT, Deux itinérantes, p. 2 25)'''.

En confrontant ces indications avec les renseignements fournis par l'inscription de Banka et le passage du Sin t'ang chou ayant trait à la reine Si-mo [vide supra, p. 87), on peut en déduire que l'expédition sumatranaise de 608 çaka = 686 n'atteignit son but qu'à la longue, car il fallut plus d'un demisiècle aux envahisseurs pour occuper la capitale et provoquer ainsi la fuite dans l'est, à Grise, de la famille régnante, représentée alors par un successeur de Si-mo, le roi Ki-yen. Ce que nous savons par la Nouvelle histoire des T'ang du royaume javanais, montre que la victoire finale dut être chèrement achetée. Mais elle alïirme, d'autre part, la puissance incontestable des Çailendra de Sumatra qui opéraient loin de leur pays et devaient avoir une remarquable organisation militaire et navale pour mener a. bonne fin une telle entreprise coloniale, suivie bientôt par l'occupation d'une partie de la péninsule malaise et la campagne contre le Cambodge.

ÏNscRiPTroN sanskrite de Vien Sa de 697 çaka==775 (côte orientale de la péninsule malaise, au sud de la baie de Bandon), dans G. Cœdès, Le royaume de Çrivijaija i^B.E.V.E.-O., \. XVIII, 1918, n° 6 , p. 29-82). Je n'en reproduis que les passages utiles.

XXIX . . . Victoiieux est le roi de Çrîvijaya, dont la Çrî a son siège échauffé par les rayons (îmanés des rois voisins , et qui a été diligemment créé par Brahmâ comme si ce Dieu n'avait eu en vue que la durée du Dharma renommé.

O Apud Pklliot, Deux ilinéraire.s , p. aaS, n. 2 , ci p. A i3 , et ma communication à la Société Asiatique, dans /. As., Xl° série, t, XIX, 192J, p. l'.i").

Le roi seigneur de Çrîvijaya, seul roi suprême de tous les rois delà terre entière, a élevé ces trois beaux édifices de briques, séjour de Kajakara (=Padmapâni), du Destructeur de Mâra (=le Buddlia) et de Vajrin (= Vajrapâni).

. . . Ensuite le chapelain royal nommé Jayanta ayant reçu du roi cet ordre excellent : crFais trois stupas ri , il les fil.

Quand ce (Jayanta) fut mort, son disciple le sthavira Adhimukti fit deux cailijas de briques près des trois caitijas (élevés pai^ le roi).

(L'année) çâkarâja (désignée par les (six) saveurs, le nombre neuf et les (sept) munis étant révolue (697 çaka = 776), le onzième jour de la quinzaine claire du mois de Mâdhava, le Soleil se levant en compagnie de Vénus dans le Cancer, le roi de Çrîvijaya semblable au roi des Devas, supérieur aux autres rois, ayant l'aspect du cintâmani, attentif aux trois mondes a élevé ici ... stûpa ...

Ce roi suprême des rois (râjâdhirâja) , le seul qui par son éclat soit comparable au soleil (dissipant) cette nuit qu'est la troupe de tous ses ennemis, ressemblant par sa beauté charmante à la lune d'automne sans tache, ayant l'aspect de Kâma incarné, ayant l'aspect de Visnu . . . chef de la famille des Çailendra ^'', nommé Çrï Maharaja {cailendravançaprabh[u] nigadatah çrïmahârâjanâmâ) . . . (la suite manque).

Manuscrit népalais à miniatures datant au plus tard du début du xf siècle, rédieé dans le couvent nommé urï Hlam (manuscrit sanskrit Additional i6âS de la bibliothèque de l'université de Cambridge), dans A. Foucher, Etude sur l'iconographie bouddhique de l'Inde, Bibliothèque de l'Ecole des Hautes Etudes, t. XIII, Paris, 1900, in-S".

XXX. La miniature 28 du manuscrit précité est ainsi décrite par FoucHER : «Bodhisattva blanc, debout, à quatre bras : 1° bras inférieurs : main droite en charité, main gauche re-

C' CoEDÈs {Le royaume de Çnvijaya, p. 3a) a traduit çailendravançaprabhu par ffclief de la famille du roi des monts 57. Je préfère lire : «chef de la famille des Çailendra», c est-à-dire «chef de la famille du roi de la montagne'?, et j'en ai donné les raisons dans mon compte rendu {Jonrn. .<4«(V(f., juillet-août 1919, p. 198-199). Cette nouvelle interprétation est conforme à une légende historique bien connuci

pliée tenant le lotus; a" bras supérieurs : main droite tenant le rosaire, main gauche, le livre; à sa droite, autre lotus. — - Deux assistants : à droite, Bodhisattva féminin, verte (Tara); à gauche : [assistant] terrible, sexe indécis, rouge, coiffé d'une tête de cheval (Marïcï ou Hayagrïva). — Halo. 5? La miniature porte l'inscription suivante : Suvarmapure Çri-Yijay apure Lokanâtha k Avalokiteçvara à Çri-Vijayapura dans Suvarnapura» (p. 198, n° 2.3).

FoucHER ne se prononce pas entre les identifications possibles de Suvarnapura à Karnasuvarna au sud-ouest du Bengale, Suvarnabhùmi en Birmanie et Suvarnadvïpa des îles de la Sonde {^ibid., p. io5). Pour Goedès, «Suvarnapura peut aussi bien désigner la Birmanie (Suvarnabhùmi) que Sumatra (Suvarnadvïpa) [Le royaume de Çrlvijaya, p. 4] ?5. J'ai dit déjà que, isolément, Suvarnapura ne prête pas à une identification décisive, car on peut, en effet, hésiter entre la Birmanie et Sumatra; mais quand le texte précise qu'il s'agit de Çrivijayapura «ville de Çrivijaya?? situé dans Suvarnapura «la ville de l'or 55 ou « la ville [du pays] de l'or 55 , la localisation s'impose : il s'agit de Grivijaya = Palemban, et la Birmanie est hors de cause. En dernière analyse, l'inscription me semble devoir être traduite par : «sAvalokiteçvara à Çrï-Vijayapura (ville de Cri Vijaya) dans Suvarnapura (la ville [du pays] de l'or^Palemban). 55

La mention de Çrivijayapura dans un manuscrit népalais du x^-xf siècle témoigne que la connaissance de l'empire sumatranais s'étendait à cette époque jusque dans le nord-est de l'Inde, et celte constatation a son prix. La première miniature du même manuscrit porte celte inscription : Yavadvïpe Dïpankara, «Dïpankara à Yavadvïpa» (Fouciier, ibid., p. 79 et 189; cf. également la miniature 1 2 du manuscrit A. 1 5 de Calcutta, avec une inscription identique, ibid., p. 309, n° 12), et il s'agit ici de Sumatra ou de Java. Or, un important article

publié en 1 90 1 par G. A. J. Hazeu dans la Tijdschriftvoor Indische Taal-, Lancl- eu Volkenkunde (t. XLIV, p. 2 8 9-8 5 'y), sous le titre de Het oiid-javaansche Adipariva en zijn Sansknt-Origineel , nous montre la littérature javanaise en relations étroites avec le nord-ouest de l'Inde.

L'auteur s'est assigné comme tâche la recherche de l'origine du Mahâbhûmta en kawi. Dans son présent article, il compare le chapitre Adiparvan du poème vieux-javanais avec la partie correspondante des rédactions sanskrites et avec la Bhàratamanjan de Ksemendra. Voici ses conclusions : On peut admettre que dans la période des ix", x' et xi° siècles, il a existé plusieurs rédactions ou même plusieurs écoles du Mahâbhârata. Une de ces rédactions , celle qui au milieu du xi' siècle était répandue au Kaçmir, nous est suffisamment connue par l'extrait qu'en donne Ksemexdra. Etant donnée l'étroite parenté qui existe entre celte rédaction kaçmirienne et l'original de la traduction faite un siècle auparavant à Java , on est autorisé à conclure que l'original du manuscrit vieux-javanais était lui-même venu du Kaçmir ou d'une région limitrophe, tout au moins du nord-ouest de l'Inde {B.E.F.E.-O., t. II, 1902, p. 3o5).

Ainsi aux x^-xf siècles, l'empire de Çrîvijaya est connu au Népal et on traduit à Java une version kaçmirienne du Maliâbhârata; le contact est donc établi entre le nord de l'Inde et l'Indonésie occidentale depuis au moins quelque dix siècles.

Inscription tamoule de Tanjore (io3o).

Elle a été éditée, traduite et commentée par E. Hultzsch dans Archaeolog/cal Survey of India, South-Indian insmptions : Tamil inscriptions of Rajaraja, Piajendrachola , and others in the Rajarajesvara temple at Tanjavur (vol. II, parti, Madras, 1891, in-^°, p. 108) et Epigraphia Indica (vol. IX, part V, janvier 1908 : n° 3 1 . Tirumalai rock inscriptions of Rrijendra- Cholal, p. 23o-23t).

XXXI. Le deux cent quarante-deuxième jour de la dix-neuvième année [du règne] de Ko-Parakesarivarman, olias le Seigneur Çrî-Râjëndracoradeva [1", 1012-10^9], qui .. . conquit avec sa grande et belii-

queuse armée . . . Ii-a-niai.HJalaai (Ceylan) ca eutior [siluéj sur la mer transparente; . . . Odda-visayam (province d'Orissa) qu'il était difficile d'approcher; ... le bon Kâçalai-nâdu (?), où les Brahmanes s'assemblaient; Tandabutli (c'est-à-dire Danda-bhukti [?]), dans les jardins duquel abondent les abeilles; . . . Vangâladeçam (le Bengale) où il ne cesse de pleuvoir ... ; la Gangâ (le Gange) ... ; et [qui], ayant envoyé de nombreux navires au milieu de la mer ondulante et s'étant emparé de Samgrâmavijayottungavarman , roi de Kadâram, avec les éléphants en rut qui lui servaient de montures et qui dans les batailles [étaient aussi impétueux] que la mer, [prit aussi] une immense quantité de trésors que [ce roi de Kadâram] avait justement accumulés; le Vidyâdharatorâna, la rr Porte de la guerre n de la grande cité ennemie, la rr Porte des joyauxn splendidement ornée, la ff Porte des grands joyaux i, le prospère Çrïvijayam; Pannai (Pane, sur la côte nord-orientale de Sumatra) , arrosé par la rivière; l'ancien Malaiyûr''' [avec] un fort situé sur une haute colhne; Mâyirudingam '^^ entouré parla mer profonde [comme] un fossé plein d'eau entoure un château-fort; llangaçogam (Lëûkasuka, sur la côte orientale de la péninsule malaise), intrépide dans de terribles batailles; Mâppapâlam (le grand Pappâ|am) '^^ défendu par d'abondantes eaux profondes ; Mevilimbangam (?) défendu par de beaux murs ; Valaippandûru (?) possédant [à la fois] des terres cultivées et des (erres incultes; Talaittakkolam (le Takkola du Milindapanha, le Tixj^Xa. de Ptolémée), loué par de grands hommes [versés dans] les sciences; le grand Damâlingam (-=1^ ,^ -^ Tan-ma-ling de Tchao Jou-koua, Tâmbralinga de l'inscription de Vien Sa), inébranlable dans les grandes et terribles batailles; Ilâniuri-deçam (le Lâmurï des textes arabes, au nord de Sumatra) dont la terrible force fut vaincue par une impétueuse [attaque]; Mânakkavâram (le gi-and Nakkavâram-=les Nicobar) dont les jardins de fleurs [ressemblaient] à la ceinture [de la nymphe] de la région méridionale, et Kadâi-am [= ville ou état du Çrïvijaya] à la force terrible qui était protégé par la mer voisine . . . '''.

(') Cf. mon mémoire sur MalaLu, le Malàijn cl Muldijur, daos Journ. AsiaL, XI" série, t. XII, p. 83 et suiv.

(-' Vide supra, p. i3 et n. ^i.

(^' Tamoul Mdppappalam — Mahâ-l'appulam. Pap[)âlam est soit le «.lis Fafalam de Sulayman al-Maiiiû (manuscrit nbbtj, foi. 33 v°, 1. lo) = J.9^9 Fawfal de Ibn Sa'id — ^ ^ ^ Pao-p'a-lai de TciiAo Jou-koua de la côte nordorientale de rinde; soit le Ikipphâla du Mahàmmsa au Péyou; mais la première identification est plus vraisemblable.

('" Pour ce texte, rf. Coedès, Le roijaiDiie de Çrïvijaya, p. f) et suiv., et

Inscription sanskrite et tamoule dont la partie sanskrilc est datée de lolih et la partie tamoule de lohS de notre ère (^Archaeological Survey of Southern India, vol. IV : Tamil and Sanskrit inscriptions with some notes on village antiquities collected chiejly m the south oj ihc Madras Presidency, par Jas. Burgess, trad. de S. M. Natesa Sâstrî, pandit, Madras, 1886, in-Zi", p. 2o5 et 218). C'est la charte appelée «grande charte de Leyde55 oii elle est conservée dans le musée de l'université de cette ville.

XXXII. Partie sanskrite : ... En la 21 "^ année du règne [du roi cola] Pkâjarâja Râjakêsarivarman ^'' . . ., à Nâgïpattana (Negapatam), par Çrî Mâravijayotlungavarman , fils de Cudâmanivarman . . . , issu de la famille de Çailëndra (Çailendravamça) , roi de Kalâha (Katâhâdhipati) et de Çrï Visaya [Çrî fisayâdhipati), a été donné au Buddha qui se trouve dans le très beau Cûdâmanivarman-vihara '"' — ainsi nommé d'après son père — le village de Anaimaùgalam situé dans le même populeux district appelé Pattanakkûrru , dont les quatre limites-frontières ont été nettement marquées par le parcours d'un éléphant femelle . . .

Partie tamoule : Salut! Prospérité! — Nous, [Râjarâja Râjakêsarivarma] Kônerinamaikonçlan , le 92" jour de la 21° année de notre règne . . . nous témoignons que le don [de ce village] a été fait par le roi de Kidâra {Kidârattaralijan) pour le charitable entretien du Çûlâmanipad-

mon compte rendu de ce travail dans Journ. Asiat., juiilet-aoùt 1919, p. 17a et suiv. Un rapport épigraphique (Government of Madras, G. 0. gëi, 2 août 1913, p. 100, n" 36) mentionne trois inscriptions consacrées à Ràjàdhirâja I" (n° 75 de 189.5, n" 96 de 1896 et n" 343 de 1913) dans lesquelles on rappelle que ce roi est fils de Râjêndracôradeva I" (dont il est question dans XXXI, sup^a) et que ce dernier souverain ffs'était emparé de Ganga, au nord; Lanka (Ceylan), au sud; Mahôdaya (= Cranganore; cf. Ep, Ind., vol. VII, P" 97)' à l'ouest, et Kidàram [identifié inexactement par l'auteur du rapport à la Basse Birmanie] (= Çrivijaya), à l'est». Je reviendrai plus loin sur ces identifications de Kadâram , Kidâram à Çrivijaya.

(1) Râjarâja I" régna de gSS à 1012 de notre ère. La 21' année de son règne tombe donc eu 100 5 ou 1006.

(^) Monastère [fondé] par Cudâmanivarman (vide supra, p. 19, pour ce souverain de Çrivijaya dont le nom est mentionné dans le Soni' che).

ma-viliâi'a construU à Nâgapattana (Ncgapatam) par Çûlamânipadma ... Le village de Anaimangalam ... a été donné par nous , le roi de Kadâra {Kadârattaravjmj) . . . pour le charitable entretien du Çûlâmanipadma-vihâra de la ville de Nâgapattana . . .

En d'autres termes, la présente charte du roi cola Râjarâja a pour but de commémorer la donation du village de Anaimangalam à un temple buddhique de Negapatam. La construction de ce temple a été commencée par l'empereur sumatranais Cûlâmanivarman et achevée par son fils et successeur Mâravijayottungavarman. Le temple est appelé Çûlamanipadmavihara, du nom de son fondateur. Dans la partie sanskrite, Mâravijayottungavarman est titré ç^roi de Kataha et de (jri Visaya = Çri Vijayaw; dans la partie tamoule, «roi de Kidâra?? (1. 117), K roi de Kadâra 5) (1. 121).

XXXIIL Inscription TAMOULE de io8/t environ [Archaeological Survey of Southern India, vol. IV, loc. cit., p. 226-227).

Cette charte du roi cola Kôvirâjakesaripanma, le cahravarii Cri Kulôttungaçoladêva, a pour but d'exempter de certaines taxes le village donné au temple buddhique dont il est question dans la grande charte de Leyde [vide supra, p. 46) et d'autoriser un échange de terrains. Cette mesure gracieuse fut prise à la requête du roi de Kidâra (^Kidàraitaranjar) w présentée par ses envoyés Râjavidyâdhara Sàmanta et Abhimanôttuiiga Sàmanla55 (1. 10-11). Dans cette inscription, le temple buddhique dont il a été question ci-dessus (p. 46), est appelé Cri Çailêadracùdâmanivarma-vihâra «monastère de S. M. Ciidamanivarma [de la famille] des Çailendra??.

Pendant la correction des épreuves de ce mémoire, M. G. Jou- VEAu-DuBREuiL m'a aimablement signalé l'existence dans l'épigraphie de l'Inde d'inscriptions qui ont trait à l'histoire du Çrï-

vijayu. Lu collection des rapports épigrapliiqucs du Gouvernement de Madras que possède ia bibliothèque de la Sociélé asiatique est malheureusement incomplète. Dans les fascicules que j'ai consultés, on relève les textes suivants :

Inscription n° 588 de 1917, datée de la 10" année du règne de Jatavarman Vïra-Pândya= 126/1.

XXXIll bis. [The pânçlya kiugj Jalâvarnian Vîra-Pânclya is represenled by a dozen inscriptious in ihe collection. Three of thèse, viz. , n°" 439, 689 and 657 supply détails of date which hâve been discussed by Mr. L. D. Swamikannu Pillai in Appendix F. But as the citations are technically wrong in certain respects the records do not help us to identify the king. N° 588 of 1916 is dated in the tenlh year of Jatavarman Vîra-Pândya, o-who was pleased to take the Ghôla country, Ceylon, and the crown and the crowned head of the Çâvaka [= Jâvaka]". To identify this king with Vîra-Pândya the conqueror of Kongu whose initial date has been fixed as i954 A. D., we find that the record under review omits cr Kongu 75 among the conquests of Vîra-Pândya. If however he is to be identified with the conqueror of Koùgu as the paleographical évidence tends to prove, it is interesting to note that the epithet ffwho took the crown and crowned head of the Çâvaka n is found for the first time among his records ...'*' The phrase as it stands means frone who eut ofï the crown and the crowned head of the Çâvaka (king)ri. Probably the land of Çâvaka (i. e. Java? [sic] '^)) or a king of narae Çâvaka might hâve been intended . . . (Government of Madras, G. 0. n" io35, 10 août 1917, Epigraphy, p. 5o cl 111).

Inscription n° 356 de 1906, datée de la 11' année du règne de Jatavarman Vïra-Pàndya =- 1265.

XXXIII 1er. To retiu-n to the records of Jatavarman Vîra-Pândya, est-il dit dans un autre rapport, the conqueror of Kongu, Ham, etc.,

(') Dans les lignes qui suivent, le rapporteur déclare douteux que Çavaica soit ici pour Çrâvaka.

'-) Çâvaka ucst aiilrc que la transcription régulière en tamoul de hmka> Zâha^ = Çrîvijaya.

Ihe Kii(liimiyâmalai inscription n° 356 of 1906, must be attribulcd io him, because Lhere, the chief adviser of tbe king in making the grant w{is Kâlingarayan who bas been already referred to as onc of Vîra- Pândya's olficers. This epigraph is a parlicularly interesling one and supplies for Jafâvarman Vïra-Pândya a historical introduction in poolical prose beginning witb tbe words tiruviagal valar. We loarn from Uic inlioduction that Vîra-Pândya couqueied the kings of Gaiigam'"^, G;uidamC-), Kadâram(^), Kâsi^''', Kongam'^), Kudiram, KoUamî^', Çônagam, Çïnam''', Avanti''', Karunadam (Karnâta), Ilam<'\ Kalingara, Telingam <"'', Pundram*"', etc., fought witb tbe Cbôla king a battle at Kâvikkalam, killed one of tbe two kings of Geylon, captured bis armv. cbariols, treasures, tbrone, crown, necklaces, bracelets, parasols, chauns<'-' and olber royal possessions, planted tbe Pandya flog Avitb tbe double fisb on Kônamalai and tbe bigb peaks of tbe Trikûtagiri mountain, received elepbants as tribule from tbe otber king of Geylon (wbom , perbaps, be raised to tbe tbrone) and subdued tlie Kêrala. Trikûtagiri is, vcry probably, tbe name applied to a tbree-peaked mountain in tlic Kandyan bill country (Parker's Cerjlon, p. 9) and Kônamalai is tbe Tirukkônamâmalai mentionned in tbe Devaram. This bigb eulogy bestowed on Vïra-Pândya in tbe Kudunuyâraalai record justifies at least bis more modest boast of having conquered Kongu , Ijam and tbe Golamandaiam. N° i3i of 1907 from Kodumbâlûr, in a shorter poetical introduction, also states that Vïra-Pândya took Koiiganam, devaslaled tbe land of Vadugu, (captured) Gangai-nâdu and vvas crowned at Puli-

C' Les Gangas orientaux et occidentaux.

'-' Bengale orientai.

'•^' Çrivijaya.

''*' Bcnares.

(^' Salem district.

'*' Le Kûlam des géographes arabes, le Quiion de nos cartes, sur la cote sud-ouest de l'Inde.

(') Il ne s'agit pas dp la Chine, comme l'a cru le rapporteur, mais des Çinas alliés des Kurus, des Kiràtas et du roi de Prâgjyotisa (d'après un article de M. JouvEAU-DuBREUiL destiné à ÏAsialic Review, qui m'a été obligeamment communiqué en manuscrit).

^*) Ljjain.

C' Ceylan.

''") Le pays lelugu.

(") Chotâ-nâgpur.

t'^) Chasse-mouches.

M. '•.. rKRIlAM). A

yûr [t. e., Ghidambaram). The latter record makes référence to the coins palam-ÇoUyan-kâçu and Vira-Pândiyankâçu (Government of Madras, G. 0. n° 919, 29 juillet 1912, Epigraphy, p. 72, n" 89; cf. également p. 71, n° 87).

D'après la première inscription précitée(n'' 588 de 1917), le roi pândya conquit le pays des Colas, Geylan et «s'empara de la com'onne et de la tête couronnée (c'est-à-dire : du roi) de Çàvaka (=Çrivijaya)55. La seconde inscription (n" 356 de 1906) nous apprend que, entre autres rois, Jalavarman vainquit les rois des Colas, de Geylan et de Kadâram. Ce dernier texte épigraphique est daté de laGS; le précédent, de 126/1. Il faut donc poser : Kadâram ==Jâvnka et identifier également celui-là à Çrïvijaya.

Je ne sais dans quelle partie de Sumatra situer cette viiie ou état de Kadâram, dont le nom varie d'une inscription à l'autre (je supprime la désinence tamoule -m) :

Manuscrit népalais (cf. XXX) Kalàha

Inscription de Tanjore (XXXI) Kadàra

^, 1 1 , 1 T 1 /vwTTN ( Partie sanskrite. Katàha

Grande charte de LeYde(AAAll). ] Ti .• . i rz-'i- •' ^ ' ( Partie tamoule . Kidara

Inscription de io84 (XXXIII) Kidâra

Inscription de 126/i (XXXIII bis) Jâvaka

Inscription de 1266 (XXXIII ter) Kadàra

Kathâsarilsâfrara Katâha

Poème tamoul Paddinappalai Kàlaga

Poème tamoul Kalingattuparaui Kadàra

Skr. Katâha et tamoul Kadâram sont sémantiquement apparentés, comme l'a indiqué Coedès (Le royaume de Çrïvijaya, p. 20), et signifient également « poêle , chaudron de cuivre » ; tamoul K kadâram a aussi le sens de ce couleur brune tirant sur le noirw; or hâlagam a précisément le sens de ç^ noirceur??, et c'est peut-être uniquement cette synonymie qui a incité le

— +s.( 51 )<ei-

commentateur du Paddinappalai et les lexicographes à gloser Kâlagam par Kadâramn [ibid.). Sans qu'on puisse expliquer les variations vocaliques de la syllabe initiale, Kadnrnm et Kidâram sont évidemment les leçons différentes d'un même toponyme; mais ils n'ont aucune parenté phonétique avec Katâha, ni avec Kàlagam. Ceux-ci et ceux-là ne peuvent pas, à mon avis, représenter malais Këddh de la côte occidentale de la péninsule malaise (cf. J.As., juillet-août 1919, p. 178-182), auquel avait songé Goedès. Géographiquement, Kadàram et Kidâram sont à situer à Sumatra, d'après les textes tamouls (notamment d'après XXXIII his et XXXIII 1er). Les seuls noms sumatranais qui s'en rapprochent sont le ^ lî^ M Kan-t'o-h du Leang chou et du Ming \che {vide supra, XXI, p. 2/1), le Jt ^ ^1J Kin-to-li du Song chou; et le t^^\ÙK^S Kaiidâri de la Hâwiya de Ibn Mâjid, ce dernier désignant incontestablement Sumatra (cf. mon mémoire Le K'ouen-louen et les anciennes navigations interocéaniques dans les mers du Sud, J. As., XP série, t. XIV, 1919, p. 288-2/11). Le seul nom indigène qui réponde d'assez loin aux transcriptions chinoises (Kan-io-li = *Kandal, *Kandar, ''Kandali, *Kandari) et arabe [Kandâri), est le toponyme Andalus, VAndaloz de Barros, qui se situe dans le sud de la grande île indonésienne (cf. mon mémoire Malaka, le Malâiju et Malâyur, J. As., XP série, t. Xll, 1 918, p. 62 et 72). Quant à Katâha, qui figure dans la titulature du souverain de Çrivijaya [supra, XXXII), un passage an Kathâsaritsâgara semble le placer à l'est de Suvarnadvïpa = Sumatra (cf. J. As., juillet-août 1919, p- 182 et suiv.). La question reste donc ouverte et ne sera résolue de façon décisive que si on découvre des textes plus explicites que les précédents.

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