^5.( MO
Ibn Sa'iû décrit le lac ou étang aux briques d'or et le situe dans la ville (s/c) du Maharaja (LXI, p. '70); c'est ce même lac ou étang dont parlent, à propos du Zâbag, Ibiv Hordâ<5'beh (XXXIV), Abu Zayd (XXXIX, p. 67; cf. également Les Prairies d'or de Mas'ûdî, t. I, p. 175-176), Kazwïnî (XLIX) et Ibn al-Wabdï (LXXII), ces deux derniers d'après la même source.
Ces constatations sont décisives et on en peut conclure à l'identité de Che-li-fo-che ou San-fo4s'i, Zâbag, Sribuza, île du Maharaja et du Çrïvijaya. Dans tous les cas et à partir de la fin du vn" siècle (cf. IX), il s'agit d'un puissant empire dont la capitale se trouvait dans la région de Palembon; la dynastie régnante des Çailendra se rendit maître de l'île de Sumatra tout entière et étendit ses conquêtes coloniales à Java, d'une part, et à la péninsule malaise, d'autre part. Le texte du Tchou fan tche (XVIIl, p- i3 ) est suffisamment explicite à cet égard. Les géographes arabes sont moins précis. Un seul, Ibn al-Fakïh (XXXVI, p. 54), rapporte que Kalah de la péninsule malaise et le Zâbag font partie du même empire ^^*; les autres se contentent de vanter la puissance et la richesse du Maharaja : «roi des îles du Zâbag et d'autres îles dans la mer de Chine??, dit, par exemple, Mas'ùdï (XLl), sans y apporter plus de précision. Mais si on lit ces textes avec la préparation nécessaire, on s'aperçoit aisément que Sumatra a été morcelée en plusieurs îles qui ne sont en définitive que des régions différentes de la grande île indonésienne. Le nord de Sumatra est décrit comme une île indépendante appelée Râmi, Râmnï, Râmini'-), Lâmurî^^';
O EdrIsî donne implicitement un renseignement identique en disant que, dans l'île de Kalah, «demeure un roi qu'on appelle le Jâba [al-hindi] ou prince indienn (cf. mes Relations de voyages, t. I, p. i84).
^-'> Pour d'autres mentions de l'ile de Râmi, cf. l'index du t. II de mes Relations de voyages , s. v" Ràml, Ràmvi, Râmnî.
^'J Ibid., s. v° Làniiiru
nie de Pancûr ou Bâliis désignent également Baros, le port fameux du camphre de la côte occidentale; par l'ile de Sribuza, il faut entendre plus particulièrement le sud-est de Sumatra. De même, dans le JSdgarakërtâgnmn, le poète de cour Prapanca donne comme ^îlesw [nmn) vingt-quatre villes ou états du Malayu = Sumatra dont quelques-uns sont situés dans l'intérieur de l'île [vide infra, p. i83). Sans indiquer qu'ils font partie d'une même île, Yi-tsing cite trois pays : P'olou-che, Mo-lo-yu et Che-li-fo-che (IX, p. 6) dans son ISan liai kl kouei nei fa tchouan, en indiquant que c^le i\Io-lo-yu, c'est maintenant [=a été soumis par] le Che-li-fo-che». Aussi, dans son Ta t'ang si yu h'ieou fa kao seng tchouan, divise-t-il Sumatra en deux pays ou royaumes. c^Deux hommes du Sin-lo (Corée) . . . partirent de Tch'ang-ngan (capitale de la Chine) et, après une longue route, arrivèrent dans les mers du sud. Ils se rendirent en bateau dans le royaume de Fo-lou-che [== Baros], à l'ouest du royaume de Che-li-1'o-che » [Religieux émincnts, p. 86-87). Kia Tan, au contraire, n'a qu'un nom |)Our Sumatra : # Jt Fo-che : « . . . Puis, après cinq jours de route, dit-il dans son itinéraire par voie de mer, on arrive à un détroit que les barbares nomment ^ Tche (détroit de Malaka). Du nord au sud, il a cent li. Sur la côte septentrionale, c'est le royaume de ^ ^ Lo-yue (pron. anc. *LavaS ou *LawaS) ; sur la côte méridionale , c'est le royaume de Fo-che » (Pelliot, Deux itinéraires , p. 878).
Le Tao yi telle Ho de Wang Ta-yuan (18/19) contient 1 00 notices dont 99 sont des notices géographiques. Les suivantes sont consacrées à différentes parties de Sumatra. On verra par leur numéro d'ordre que l'auteur n'a pas eu le sentiment qu'il s'agissait d'une même terrcinsulaire: 99. San-fo-ts'i; /ii. Kieoukiang; /i/(. Pan-tsou[-eur| f^'; 58. ^, yj^ B^ Ki-chouei-ivan ^h
(') Vide supra, p. 7-3, n. t.
baie aux eaux furieuses 55 (''; bà. ^M M Houa-mien kouo rIc pays des hommes au visage fleurie [= tatoués] = pays des Bataks; 55. ^i^-W Tan-yang (l'embouchure de la rivière de Tamian); 56. H ^ :^ ;$lj Sm-iven-ta-la (état de Sumatra de la côte nord-est); 5 9. ##M T'6-fan-U, peut-être Tapanuli de la côte sud-ouest (?); 62. Pj^ P3Â M lSan-wou-li = LÂmun^^K Dans le Ying yaicheng lan de Ma Huan , sur 1 8 notices, 5 sont consacrées à Sumatra (3 , 6,7,8 et 9). Le Sing tch'a cheng lan de Fei Sin est divisé en à chapitres contenant ensemble ho notices géographiques (1-12, i3-2i, 22-81, 82-/10). Les 5 notices suivantes, insérées au hasard dans les trois premiers chapitres, sont consacrées à Sumatra : 10, 20, 21, 22 et 28. Il en est de même dans le Si yang tcJiao kong tien lou de Houang Sing-ts'eng ^^^ et même dans le Tchou fan tche (trad. Hirth-Rock- HiLL, cf. la table de la page vii)^^'.
Les textes qui précèdent désignent successivement l'empire sumatranais sous les noms de :
Chinois : Che-li Fo-chc ou Fo-che, Che-U P'i-che, jusque' dans les premières années du x" siècle; à partir des dernières années des T'ang, en 90/i, apparaît la leçon San Fo-ts'i on Fo-ls'i, qui se maintiendra sous les Song postérieurs (960- 1279) et jusqu'au début des Ming (fin du xiv' siècle);
Indonésien, sanskrit ettamoul : Çrl Vijaya (tamoul Çrl Visayam, qui est l'exacte représentation phonétique, en tamoul, de la leçon indonésienne);
Arabe : Sri Buza^z^Sri Buja (restitution des graphies fau-
C' A la pointe nord de Sumatra.
(-) Pour ces notices et les suivantes, cf. Rockhhx, f^otes on the relations and trade , T'oung -pao, 1916, t. XV, p. 6^1 et suiv.
''' Dans RocKHiLi,, ISoles on the relations and trade, T'oung pao, t. XVI, 1915, p. 79.
-') Pour la conception qu'avaient les Chinois de la situation des îles de rindonésie, cl. l'étrange carie à la fin du t. 11 du Si yu ki, trad. St. Juukn.
tives i'-rijM», ^jjj-*»-? \^^ Sarhaza, Sarhuza, Surira) et Zâ~ bag;
Javanais : Sam Boja, Sëm Boja^^K
Plusieurs de ces lerons sont étroitement apparentées. F^e '^ M Wù jS Che-li P'i-che du T'ai p'ing houan yu là est incontestablement une transcription chinoise parfaite du Çrl Yijayn de l'inscription indonésienne de Kota Kapur (XXVII). A celte notation correcte s'oppose celle de Yi-tsing et d'autres textes : ^ (ou fï) ^ij 1^ à- (ou ^) Che-li Fo-che, qui représente Clie-li <z* Çri et Fo-che < *Bu''^-jaif, l'implosive dentale du caractère \% fo < ancien *hud, étant en harmonie avec la palatale sonore initiale du mot suivant cAe< ancien *jay; c'est-à-dire *Çri Bujatf. Phonétiquement, l'alternance viz^-hu est incontestablement fautive et d'autant plus inexplicable que Yi-tsing a longuement séjourné dans le pays où il apprit le sanskrit et la langue indigène; une erreur de ce genre de la part de ce moine lettré et polyglotte échappe à tout commentaire. Force nous est donc de constater une divergence pour laquelle on n'entrevoit aucune justification. A partir de la fin des Tang, les transcriptions chinoises présentent la même difficulté et une autre encore. H # ^ San Fo-tsi est la stricte notation d'un ancien *Sam. Bu'^-jay". H san, pron. anc. *sam avec implosive nasale labiale, tient ici la place du clie-li>çri de Yitsing et d'autres textes. De çrl à *sam, on ne peut songer à une alternance phonétique *sain<:çrl que rien ne justifierait. La seule explication possible est la suivante : des textes javanais tardils ont Samhoja et Semhoja, qui sont très voisins de San-fotsi<z*Sam Bujaya. Ceci permet de conjecturer que la leçon javanaise remonte peut-être au x" siècle, date de l'apparition de cette nouvelle notation chinoise, qui aurait suivi une évolu-
W J'ai déjà traité la question en détail dans le /. A»., juillet-août 1919, [t. iTiS-iCi, aii(|uel je renvoie.
tion parallèle à celle du nom indigène : Çrî Vijayaz^- Samhoja , Sëmboja. Mais cette hypothèse soulève des objections assez graves. Tout d'abord, nous ne possédons aucun texte indonésien du début du x^ siècle et l'épigraphie n'a révélé rien de pareil; enfin et surtout, les inscriptions tamoules du xf siècle ont toutes Çrî Vîsnya=Çrï Vijaya. ce qui montre que le nom de l'empire sumatranais attesté par l'inscription malaise de Kota Kapur se maintenait intact et n'avait pas varié au moment où les Chinois commençaient à le rendre par San Fo-ts'{-<. *Sani Bujaya. Le désaccord phonétique de ces différentes leçons du nom d'un même pays reste ainsi irréductible en l'état de nos connaissances f^'.
Sous les réserves précédentes, on peut donc poser géograplnquemenl^-^ : Çrl Vijaya = Çri Visaya = Che-li Fo-che ou Fo-che = San Fo-ts'i ou Fo-ts'i = Sri Buza'<*Sn BuJa^^Sam Boja, Se m Boja.
L'autre nom sons lequel les Arabes désignent l'empire sumatranais : ^1) Zâbag, est également la transcription d'un terme indigène. Le j z transcrit la palatale sonore indonésienne j, le <> peut représenter un v initial et le g; en fonction de gutturale sonore =§•. On conçoit que les premiers transcripteurs
(1) Ihid. La mémo énigme phonétique se présente dans la loponomastique du Campa. L'une des capitales du pays est appelée |^ ^ Fo-che — *Bu -jay' ( sino- annamite PaW/iç) par les textes annamites; j^ ^ Fo-che =:*Bu''-jay'', par le Song che ; le Tao yi tche lio, dans la notice sur Pin-l'ong-long = Pânduranga, a [BU; ^ Fi-ts'i = *Vijay''. ttOr, dit Goedès {Le royaume de Çnvijaya, p. 2 4), on sait d'une façon certaine par l'épigraphie qu'à cette époque la capitale came était au Binh-dinh et s'appelait Vijaya.-n Le cas est exactement semblable à celui des transcriptions du Çrivijaya sumatranais et la divergence vocalique est également inexplicable. [Cf. cependant skr. mâna> arabe busàn, dans mes Relations de voyages, t. II, p. 676, qui présentent une alternance identique i > u après v. Le procès est évidemment le même dans Vijaya >> Fo-che ].
(^) îbid., p. i52-i55, oii il est montré que le Çrl Vijaya de l'inscription de Kota Kapur ne peut se traduire que par «Sa Majesté Vijayan et qu'il s'agit donc d'un nom de souverain.
dont le parler arabe avait conservé au ^ sa prononciation gutturale (qui s'est palataiiséc en dehors de T'omânais et de l'égyptien) et qui, par conséquent, ne possédaient pas de palatale sonore, aient employé le ; - pour rendre approximativement le j indonésien. C'est ce que firent les Grecs, qui se trouvaient dans le même cas (cf. skr. Ujjayim>0^ïjvtj, Kanyakubja^ KoLvoyî^tj). ^î) Znbng a donc régulièrement à la base malais *Javaga. Parfois, à la gutturale sourde d'un mot étranger, l'arabe répond parla sonore. Ainsi, skr. çaka «teck 55 a donné en arabe ^L», litt. sâg; skr. nârikela «noix de rocow > Jjy^^li nôrgû; et celle alternance se retrouve en grec : Kafoy/^j; <c skr. Kanynkubja, le ^Canoge-o de nos caries; Bapuya^a <; skr. Bhanikacclin, la ville maritime de «Broach». D'après ces exemples où l'alternance k>^-^g est nettement attestée, on peut également poser g'ijj Zâhag-<*Jâvaka^^\ Cette restitution théorique est confirmée par un texte de basse époque, il est vrai, le Mahâvcnnsa , où il est question (LXXXIII, 3 6-4 8, et LXXXVIII, 62-76) d'une armée de Jâvakaqui, à deux reprises, envahit Cevlan dans la seconde moitié du xm^ siècle. Les Jâ-
W L'allernance j étranger > ^ z et ^ = gutturale sonore représentant une sourde initiale étrangère est attestée par le cas suivant. Le nom du cap nordoccidenlal du Kathiawar est Ov^^ Zagad d'après Sulaïmân al-Mauiiî (vide supra, p. 98); mais la traduction turke de Sïdï 'Alî (cf. mes Relations de voyages, t. 11, p. .5 1 5, n. g, et 689, n. 5) a oJl^ Jakad; et celui-ci est évidemment à la base do la transcription précédente pour un Arabe dont le parler ne connaît pas la palatale sonore. J^^ et .>X^ sont ainsi deux notations plionétiquement égales. Le cap en question est désigné par Barros [Da Asia, décade IV, 1" pari., liv. IV, chap. iv, p. 891 de la potite édition de la fin du xvni" siècle) sous le nom de fra ponla de Jn<fuele [=.lakct], que he aquelle nomeado lemplo dos liesbulos, la pointe de Jaket qui est appelée temple des Rajputsv. Le major Hknnkl {Recueil de caries fréo^raphiquos pour la description de l'Indoustan, revues par le Citoyen Buaciik, Paris, an viii [1800]) écrit Jifrat =Ji^r(ii, On peut donc poser en toute certitude, comme pour Zàbng, Zagad -ccJatiud. Pour It; cap en question, cf. Instructions nautiques, n° 85:2, Océan Indien, Mer d'Oman (partie Est), Paris, igoS, in-8°, p. 3go, sub Temple de Dwarlirt.
vaka étaient commandés par le roi Candrabhânu (^jâvakarâjeko). Lors de la seconde invasion, les troupes qui débarquèrent à Ceylan comprenaient une armée jâvaka et une « grande armée v levée «^dans les royaumes Pândya, Cola, etc., ainsi que des soldats tamouls... ». Le roi jâvaka Candrabhânu et les troupes jâvaka sont évidemment des roi et troupes du Zâbag, c'est-àdire de Sumatra. Jâvaka et Zâbag soniles deux seuls noms géographiques de l'Océan Indien qu'on puisse rapprocher avec certitude; celui-ci désigne authentiquenienl l'île de Sumatra; celuilà ne peut désigner que la même île et Candrabhânu est ainsi un roi sumatranais^''.
KDans le T'ongtien (k. 188, p. a/i v^-aô r°) [encyclopédie compilée à la fin du viii" siècle par Tou Yeou (785-812)] et le T'ai ping yu lan (k. 788, p. 17 r") [rédigé pendant la période 977-988], ^\{Veluot [Deux itinéraires , p. 275), il y a des notices, à peu près semblables d'ailleurs, sur le pays de îfefc M Tou po, qui se trouvait dans le Tchang-hai [iitt. «la mer immense»^ mer de Chine occidentale], à l'est du Founan [==en gros, le Cambodge et le Siam actuels] '2'. On y arrive après avoir voyagé sur mer plusieurs dizaines de jours. Les femmes y tissent des cotonnades à ramages. Sur l'île de Tou-po, il y a plus de dix villes royales, ou du moins dont les
C'î Vide infra, p. aaS, pour ces deux expéditions à Ceylan. Kern {Twee krijgslochten uit den Indischen Archipel tegen Ceilon, paru en 1896 dans les Bijdragen et réimprimé dans ses Veispreide geschriflen, t. III, igiS, p. 29 et suiv.) a traduit jâvaka par «javanaise. Ce mol considéré comme un complexe java-[-ka, sur le modèle de romaka = roma -{- ka trromain» a, en efl'et, ce sens dans les langues de l'Inde. Mais jâvaka est inséparable des transcriptions arabe Zâbag et chinoise Chô-po, pron. anc. *Ja-bak, qui désignent Sumatra. 11 est donc au moins inattendu de rencontrer, à côté de Yava et Java, une forme Jâvaka, dont la finale, attestée par trois sortes de textes différents, est tout à fait inexplicable.
W L'orientation est inexacte, mais les Chinois ont très fréquemment commis des erreurs de ce genre pour la situation des pays étrangers les uns par rapport aux aut.es.
chefs prennent le titre de rois. On aurait entendu parier de ce pays au temps des Souei (689-6 18). « tfc fou, comme l'a indiqué Pelliot [ibid.), se confond fréquemment avec jfd: c/w; on est donc autorisé, Tou-po ne répondant à rien de connu, à restituer fi vH Cliô-po, représentant un ancien *Ja-bak^^l *Jahah, il n'est pas nécessaire d'y insister, est une transcription parfaite de Jrwaha> Zâhag; il s'agit donc encore de Sumatra. Mais d'autres textes nous permettent de remonter plus haut. «Le nom de Tou-fo [à corriger en Chô-po], dit Pelliot [ibid., p. 977 et n. 2), nous est encore fourni par une citation du Nan tcheou yi ivou tche [de Wan Tgiien , qui vivait au ni' siècle t^)] et parles fragments subsistants du Fou-nan t'ou sou tchounn de K'ang Tap^' qui fut envoyé en mission au Fou-nan avec Tchou Ying, vers 2/i5-2 5o de notre ère^^lî'
La forme Yava du complexe Yavadvipa qu'on interprète par «île de Java», nous est connue de longue date. Elle apparaît pour la première fois dans le Râmfnjnm. On la retrouve ensuite (Unis le H M Yie-tiao, pron. anc. *Yap-div= Yavadvipa, dont il est question au début de 182 de notre ère dans le Heou lum chou (26-220) et le Tong houan ki ou Tong kouan lian ki de la seconde dynastie des Han'^'; le laëdSiov de Ptolémée e^', le g|l M^ Ye-p'o-ti {^ron. anc. ''Ya-b'^a-de, pratiquement *Kai;flJ?') de Fa-hien (/i 12-/11 3) qui sont encore des transcriptions correctes de Yavadvipa. Or, les descriptions qu'en donnent le Râmâyana et Ptolémée sont heureusement assez précises : le texte
(') Deux ainéraircs, \). 270-271 et -277-278. L'implosivc finale -k représenlo également uno gutturale! étrangère sourde ou sonore.
'-) Deux itinéraires,^. 377.
('' Ibid., p. 269-270.
l") Ibid.
W Cf. Pbliiot, Deux itinéraires, p. 266.
(«) La finale -<î/ow de la notation de Ptomîméb est une prâkritisatîon du skr. rfuîpa. Cr. Klun, Java en het (ioudeiland luAjn'ns de oudsle berichten, article de 1869, réimprimé daus les Verspreide ijeschnj'ten , t. V, ujiO, p. Sof).
— M.( 118 ).€^— [llh]
sanskrit qualifie Yava de «l'iie de l'or et de l'argent, parée de mines d'or 71 ; le texte grec s'exprime dans les mêmes termes : «elle produit beaucoup d'or 55. Cette indication dicte notre choix entre «Java la mineure 57 et «Java la majeure jj de Marco Polo : c'est évidemment ici de Sumatra qu'il s'agit, dont la richesse en or est bien connue, alors que la production d'or de Java a toujours été nulle ou insignifiante. Je sais bien qu'il y a une inscription sanskrile de Cangal (K.ôdu, à Java), datée de 65/i çaka=732, où il est dit : «H y avait (s/c) une île excellente, incomparable, appelée Yava, ferlile en céréales et en autres grains, riche en mines d'or [kanakâkara) ...» Kern, qui l'a éditée, traduite et commentée, a naturellement rapproché celte description de celle du Yavadvïpa du Râmriyaua et rappelé ce qu'il avait déjà dit à cet égard : «Les expressions du Iiâmfnjnna au sujet de l'ile de l'or et de l'argent ne sont pas exemples d'ambiguité dans l'original, mais elles ne le sont pas davantage dans la traduction. Ce serait donc, à mon avis, une explication très forcée si nous vouhons conclure, soit du texte, soit de la traduction, qu'il y est question d'une autre île que Yavadvïpa» [=Java de nos cartes] '^l Quinze ans après (en i885), Kern ajoutait : «Ce que j'ai dit alors (en 1869) a acluellement une double force. Quoique, tant Ptolémée que les informations chinoises nous aient appris que l'or fait partie des produits de Java, le fait a été révoqué en doule. En face du témoignage de notre inscription [de Cangal] tout doute raisonnable doit disparaître '-1 »
J'avoue ne pas être convaincu. En face des indications fournies par le Rnmâyuna et Ptolémée, où manquent, cependant, des précisions géographiques décisives, il y a lieu de recher-
'^' Java en het Goudeiland volgens de oudste berichten, 1869, réimprimé dans Verspreide geschriften, l. V, 1916, p. 807.
'"1 De Sanskrit-inscriptie van Canggal {Kèdu), uit 65à çaka, i885, réimprimé dans Verspreide geschriften, L VII, 1917, p. 128.
cher quelle est l'iIe d'Extrême-Orient suvarnarûpijakadv'ipmn siivarnà hammam] I tam , ev(popct)TOiTï] Ss Xé-yerai )) vîja-os sivai aat ht irlsTalnv xp^^^^ Tsaieh. Le choix est aisé, car il n'existe qu'une seule terre insulaire à laquelle s'appliquent ces textes : c'est la # '^11 kin-tchcou kTiIc de l'orw de Yi-tsing, qui en parlait en pleine connaissance de cause, la suvarnahhûun cela terre de l'or» d'une inscription sumatranaise (^uifrn, XC, p. 179), c'est-à-dire Sumatra (''. Dans les textes sanskrit et grec, la caractéristique principale du Yavadvipa est d'être «î'ile de l'or, parée de mines d'or», de «produire beaucoup d'or 55. Sumatra seule, par sa richesse en or, peut entrer en ligne de compte. L'argument tiré des informations chinoises (^Chineesche berichten) fait sans doute allusion à ces passages du Sm tang chou ou Nouvelle histoire des Tang (618-906, compilée en io6o) disant : kLc pays de M Pâ Ho-ling appelé également (il ^^ Chô-p'o (^=Jawn) produit de l'écaillé de tortue, de l'or cl de l'argent, des cornes de rhinocéros et de l'ivoire»; et du Sang che ou Histoire des seconds Song (960-1279, compilée au xiv* siècle) où il est dit : «Le pays de [g ^ Cho-p'o (= phonétiquement Jaœa) produit, en outre, de l'or, de l'argent, des cornes de rhinocéros, de l'ivoire, le hois d'aloès, le sandal, l'anis, le poivre, la noix d'arec, le soufre, le hois du lîrésil^-'. » Mais l'or n'a pas une place éminente dans cette énuméralion de produits javanais et ne justifierait en aucune façon la qualification de suvarnàkaramandilam. On a trouvé et on trouve sans
doute encore de l'or à Java, comme dans tous les pays du monde. Nous avons, par exemple, nos orpailleurs du Rliône; mais, de ce fait, la France n'a jamais été considérée comme une suvarnabhûmi. Knfin, le Te hou fan tchc, qui donne généralement une liste étendue des produits des pays étrangers, ne
(') Pour Yi-TS!Mi cl rinscripliuii sumali-anaisc, vide iiifm, {>. 178 cl s.iiv, t-) Cf. Gkoknkvkldt, Mole», jt. 183 el l'ia.
mentionne pas l'or parmi les produits énumérés dans les notices ih et i5, qui sont consacrées à Java'^l
Le cas de l'inscription de Cangal est beaucoup plus embarrassant; à dire vrai, le problème est insoluble. Ainsi que le fait remarquer une note de Kern, la phrase commence par âsît «il était w, au lieu de asti «il estw, alors que le mètre n'est pas en cause, et l'éditeur déclare ignorer pourquoi le poète emploie le passé au lieu du présent'-'. D'autre part, le texte attribue au Yavadvlpa une richesse en or que Sumatra et Sumatra seule possède. La seule explication qu'on entrevoit, c'est que les deux grandes îles indonésiennes ont dû porter en même temps un nom identique '^' et que les produits de l'une ont pu être ainsi inexactement attribués à l'autre '^l
Les Arabes ont, en effet, connu la forme Yava^-Java^ Sumatra. On la retrouve encore au début du xv* siècle dans BâkuwI, sous deux formes phonétiquement apparentées »^U- Jâwa (LXXVl, p. 78) et a^l:^ Jâha (LXXVlll, p. 78), dont l'ignorance de l'auteur, qui reproduit des informations antérieures, al fait deux îles distinctes, indépendantes du Zâbag- Sumatra (cf. également Ibn Sa'ïd, LXll, p. 71, et Ibn al- Wardï, LXXV, p. 77). Jâwa ou Jâha est devenu dans certains textes arabes le nom d'une île ou pays maritime, de sa capitale et même du roi du pays^^'. Dans Ibn Batûta, au contraire,
(') Cf. Chau Ju-kua, trad. Hirth-Rockhill, p. 70-87.
'-) Loc. cit., p. 193 , n. a.
(^) Cf. les deux Java de Marco Polo et iiifra, les notations arabes.
('') Au fond, je crois que le rédacteur de Tinscriptiou de Cangal a tout simplement mis au compte de Java, la description du Yavadvipa du Râmâyana, sans se préoccuper du désaccord avec la réalité.
(5) Cf., par exemple, Ibn Sa'ïd (LXII, p. 71-72), Ibn al-VVardï (LXXV,
L'identité de Jàba et Zâbag avait été signalée déjà par De Goeje dans son
édition de Ibn Hobdâ<Îbeh (p. l\6 et n. 3). On peut faire la même remarque à
propos du volcan qui est situé à Jàba par Ibn Hord1<îbeh, V Abrégé des Mer-
Jâiva désigne nettement l'île de Sumatra et il n'est plus question de Jâba ni du Zâhag (cf. mes Relations de voyages ^ t. II, p. /i3/i et suiv.). Enfin , à partir de la fin du xv^ siècle, les deux miialUm Ibn Mâjid (LXXIX) et Sulaymân al-Maurî (LXXXI et LXXXII) inaugurent la loponomastique moderne : Sumutra et Jfiivaj, que feront définitivement prévaloir les marins et voyageurs européens des xvf , xvu^ et xviif siècles.
En malais, la grande île indonésienne occidentale est généralement désignée dans les textes sous l'un des trois noms suivants : Pûlaw Emds et l'île de l'or», Ptdaiv Përca «l'île de la gutta-perchajj et Pâlaiv ou Tânah Andalas « l'île ?5 ou "^pays de Andalas^j; en javanais, sous celui de Malayu (cf. Nâgarakërtâgama et Pararalon, infra, p. i83 et 326).
SvvABi
NADVIPA.
L'île de Sumatra a été quelquefois désignée sous les noms sanskrits de Suvanjadvlpa «l'île de l'or», Siwarnahhûmt «la terre de l'or», Suvarnapura «la ville de l'or». Dans les deux derniers cas, ce complexe désigne plus spécialement la partie méridionale de l'île. A l'inscription déjà reproduite du manu-
veilles, Kazwïnï, Ibn al-WaiadI et Bâkuwî; et au Zâba{i[ ou près du Zâbag par SdlaymAn, Ibn al-Fakïh, Mas'Ddï, V Abrégé des Merveilles et AbllfidA. L'Abrégé des Merveilles situe d'abord ce volcan (tvis-à-vis de l'ilc de Jâbu" et, quclipu'S pages plus loin, «dans une ile proche du Zâbagn (cf. J. As., juilict-aoùt 1919, p. 188, n. 1). il y a lieu de rappeler ici uue très inléres.santo note de De Goeje publie'e en hollandais dans le Feestbiindel-Vt:in (Leyde, 189^1) et traduite en français, en appendice à son Mémoire sur les mijp-alions des Tsiganes à travers l'Asie (Leyde, 1903, pet. in-8°, p. 86-91). VMa traite des Snyâbija, au sing. Sâbaj (qui est à Wr^Sâhag), et que fauteur a rapproché du Zâbag do Sumatra. Ces descendants de Malais sumalranais vivaient au ix* siècle, au témoignage de BEi.ÂDonï, dans le golfe Persique et en 'Irak. Je n'ai pas ici la place de reproduire les texies arabes qui en font mention; on étudiera ailleurs cet autre témoignage de l'activité des Sumalranais à l'étranger.
U. U. FKRRANO. 0
scrit népalais à miniatures (supra, XXX, p. 62), s'ajoutent les inscriptions et les textes suivants :
Yi-TSiNG, Ta t'ang si yu k'ieou fa kao seng tchounn, iraà. Ed. Chavannes (vide supra, p. 3).
LXXXVII. (P. 179.) . . . Puis, le premier jour de la onzième hine de cette amiée (689), nous [, maître Tcheng-kod et moi Yi-tsing,] nous nous embarcjuâmes sur un bateau marchand et nous nous éloignâmes de P'an-yu (Canton). Nous nous dirigeâmes vers le [5 'M Tclian-po (Campa) en hissant nos voiles; — nous nous proposions d'arriver dans le pays de Fo-che par une longue course, — ... (p. 181) TciiENG-Kou fut mon excellent compagnon; — nous arrivâmes ensemble à -^ M l'île de Tor ''>. — Si nous pûmes accomplir notre voyage vers les pays hindous, — ce fut grâce à notre parfaite amitié. — ...
LXXXVIII. (P. i85.) ... Lorsque Tao-hong apprit que moi, Yi- TSiNG, j'étais arrivé [en Chine] , il se rendit à pied (au temple) Tchouangyen pour s'y informer où je demeurais; on lui dit que je m'étais établi dans le temple Tche-lche. A peine se fut-il acquitté des salutations d'usage qu'il s'éprit de l'idée du départ ... (p. 186) ... Alors il ne songea plus qu'aux mers du sud, — au voyage que nous ferions ensemble à l'île de l'or ... ([). 187) ... Lorsqu'il arriva au pays de Fo-che, il s'appliqua de tout son cœur au recueil de la discipline . . .
Vie de Dîpamkara Atïça, en tibétain, résumée par Sarat Ghandra Das dans Indian Panàils in tlie land of snow, Calcutta,
Atïça naquit au Bengale en 980 de notre ère.
LXXXIX. (P. 5o.) Ou account of thèse divers allainments Avhich moved bis miad variously in dilTerent directions, he resolved to go to Àchârya Chandrakîrti, the High Priest of Suvarnadvïpa (''. Accordingly in the company of some merchants he embarked for Suvarnadvïpa in a large vessei. Tlie voyage was long and tedious, extending over severai
(') Chavannes a traduit «Tile d'orn ici et plus loin.
l^) S, G. Das dit on note : trSudharmauagara in Pegu, now calicd Thaton.n La remarque est inexacte : il s'agit de Sumatra.
months during which the travellers were overlaken by terrible storms. At this lime Suvarnadvîpa was Ihe head quarter of Buddhism in ibe East, and its High Priest vvas considered as ihe greatest scholar of his âge. DîPAMKABA resided tliere for a period of twelve years in order to completely master the pure teachings of Buddha, of Avhich the key Avas possessed by the High Priest alone. He returned to India accompained by some nierchants in a sailing vessel, visiting Tâmradvîpa (Ceylon) and the island of forests in his way.
Inscription en vieux-malais de 1208 çaka=i286 trouvée dans la plaine de Padan Roco, près de Sunay Lansat, sur la rive gauche du Balan-Hari, dans la subdivision (^on(lerafdeeUng\ des rçBatan-Hari-districten55 de la résidence des «Padangsche Bovenlanden 75 , dans l'ouest de Sumatra, par environ i°3o' Sud.
Cette inscription, découverte en 1911 par L. C. Westenenk, a été publiée et traduite en hollandais par N. J. Krom dans sa magistrale étude : Een sumatraansche Inscriptie van Konîng Krtanagara, dans Verslagen en Mededelingen Sev K. Akademie van Weien., Afdeeling Letterkunde, 5' reeks, deel II, Amsterdam, 1 916, p. 3o6-33().
XC. (1 a) Il svasti çahavarsâtîia , iao8, bhâchavâda niâsa , ti
(b) thi pratipada çiddfqmksa, mavidu, vâge, vrhaspati vâra, madahkuhan, grahacâra naiiilistha , viçâkâ
(c) naksatra, cakra [devata, 7na]ndala, çubha
(9 a) yoga, kuveva purbeça , kinstughna inuhûrlla, kamjà râçl, i
{h) nan tatkâla pâduka bharâla âryijâmoghapaça lokeçvara, caîurdaçâmitkâ saptnratnasahita , diântuk [
(c) dnii bhûmi jâva ka svarmabhûmi (sic) dipratistha dt dharmmâçraya, akan
(3 ft) punya çri viçvarûpa kumârn, prakâranah dilîtah pâduka cri ma
(b) hârâjadiiirâja çiï krtanagara vikraina dharmmottuhgadeva maiiirthkan pâduka bharâla, raknjân mahâmantri dyah
(c) advayabrahma, rakryân srikan dyah sugalabrahma , mûah
{h a) , samagat payâtmn hah dipahkaradâsa , rakryân damuh pu vira ,
(b) hunah punyeni yogija dianumodanânjaïeh sukapraja di bhûmi malâyû, brâhmanah ksatruja vaiçija sûdra, à
(c) ryyâmaddyât, cri maharaja çrimat Iribhuvanarâja maulivarmmade
(d) va pramukha //.
Salut! En çaka 1208, au mois de bhâdrapada, premier jour de ia quinzaine claire, jour de la semaine de six jours : Mavulu; de la semaine de 5 jours : Vâge; le jeudi; witku (période de l'annëe civile) Madankunan ; position de la planète , dans le sud-ouest ; mansion lunaire , Viçàkhâ; sous la divinité çakra appartenant au cycle de . . . , yoga Çubha ; seigneur de la jonction (astronomique), Kuvera; heure, Kimstughna; signe du zodiaque, la Vierge; c'est à cette date que (l'image) du Haut Seigneur l'Àryya (le noble) Amoghapâçalokeçvara avec ses 1 3 compagnons, accompagné des sept joyaux, venant du pays de Jâva'^' à destination de Suvarnabhûmi (crie pays de l'or i: = Sumatra), fut érigée à Dharmmâçraya ^'\ en tant que don de Son Altesse le prince héritier Cri Viçvarûpa. A cet effet. Sa Majesté Çrî Mahârâjadhirâja '■> Çrï Krtanagara Vikrama Dharramottungadeva donna l'ordre d'accompagner la sainte image aux hauts fonctionnaires suivants : le Rakryan^''^ Mahâman-
(') Le texte a bhûmi jàva construit à la malaise, et il s'agit ici de l'île de Java de nos cartes. C'est t'équivalent exact de i'iudonésien moderne tcmahjàwa, iitt. aterre, pays de Javan, où le caractère insulaire de Java n'est pas marqué. Ce genre d'expression est commun à tout le domaine linguistique de l'indonésien; cf., par exemple, en malgache : tnni Madarrasikara «la terre, le pays de Madagascar;) (malg. tâni répond à indonésien occidental tânah, avec le même sens). ^
'-) Situé par Rouffaeu dans le haut pays du fleuve de Jambi (cf. mes Relalions de voyages, t. II, p. 602 , n. 3 et i).
(') On remarquera que le fameux souverain javanais Krtanagara est titré ici Çrî Mahàrâjadhirâja , iitt. rrSa MajcsLi- le grand roi des rois», titre dont le souverain du Zàbag = Çrivijaya avait le privilège. Mais ce texte est daté de i3o8 çaka= 1286 de notre ère et c'est l'époque où le Zâbag-Çrivijaya entre en pleine décadence et succombe sous les coups de ses adversaires Javanais, Thaïs de Sukhodaya et Singalais. A cette même époque les rois javanais sont assez forts pour repousser l'attaque prochaine des troupes chinoises de Hubilaï Hân et c'est dans la même période que se fonde le puissant empire de Majapahit, qui sera l'héritier de la souveraineté exercée par le Çrivijaya depuis le début de notre ère.
(4) C'est le titre javanais que le Tchou fan tche et le Song che mentionnent sous sa forme chinoise ^ f^ j£ lo-ki-lien (cf. Pelliot, Deux itinéraires, p. 3 11, et C'/iau Ju-kua, trad. IIiuth-Rockhill, p. 76).
<n''' Advayabrahma, le /îa/.T^a« sinkan chjah Sugatabrahraa ; puis, au dyah Saingèt'''^ patjânan hah Dipaùkaradâsa et au Rahryan démuhpu Vïra. Ensuite, à cause de ce don convenable, tous les sujets du pays de Malâyu se réjouirent : brahmanes, ksatriya, vaiçya et sudra et, au milieu des Arya (nobles), Çrî Maharaja'^' Çrïmal Tribhuvanarâja Maulivarmadeva s'en réjouit le premier.
Inscription cambodgienne gravée sur le piédestal d'une grande statue de Buddha provenant du Vat Hua Vien, une des pagodes de Grabi (le j}j^ ^ ^ Kia-lo-hiAw Tchoufan tche, vide supra, p. i/i, et du Song che), du pays de Jaiya (siamois : Xaya), qui est situé dans la partie septentrionale de la baie de Bandon, sur la côte orientale de la péninsule malaise (cf. G. Goe- DÈs, Le royaume de Çrïvijaya, (oc. cit., p. 33-36). L'inscription est incorrectement datée , mais « un fait semble certain , c'est qu'elle ne saurait guère être postérieure au milieu du xiii' siècle » i^ihid., p. 36).
XCI. En 11006 {sic) çaka, année du Lièvre, par ordre de Kamraten An Maharaja çrïmat Trailokyarâjamaulibhusanavarmadeva, le 3° jour de la lune croissante de Jyestha, mercredi, le Mahâsenâpati Galânai (?) qui gouverne le pays de Grahi, invita le Mrateii Çrî Nâno à faire cette statue. Le poids du samrit est 1 hhâra 2 tula et la valeur de l'or (employé pour la dorure) est 10 tamlih. Cette image a été érigée
(') Litt. «le grand manlri ou ministre».
(-) D'après une heureuse suggestion de M, I'eluot, satngët semble Lien être le titre indonésien qui est à ia base de la transcription chinoise sseu-ma-kie (vide supra, p. ^3, n. 2), dont ie troisième caraactère est à implosive finale dentale.
(') Le roi de Malâyu n'est titré que Çn Maharaja «Sa Majesté le grand roin à côté du Çri Mahâràjadhiràja de Krtanagara {vide supra, p. 180, n. 3). C'est que le Malâyu a été envahi et vaincu en 1 i(j7 çaka = 1275 et que l'ambassade de Krtanagara est, en somme, envoyée à un vassal (cf. Pararaton, Irad. IkiNDEs, édit. Kkom, p. 92). Krtanagara fut le premier prince javanais qui prit le titre de prabhu [ibid., p. 78 et 8-'i), dont les Çailendra de Çrivijaya usaient depuis des siècles, car il ligure dans l'inscripliou de Vieù Sa {vide supra, XX.1X, p. hi).
afin que tous les fidèles s'en réjouissent, la vénèrent et l'adorent ici . . . obtiennent l'omniscience '''.
Het oud-javaansche lofdicht Nâgarakrtâgama van Prapanca (i365 A. D.) [Le panégyrique en Aieux-javanais intitulé Nàga-
(') Une inscription sanskrite découverte sur le territoire du Minankabaw, et qui se trouve actuellement à Pajjar Ruyon, est au nom de : Çrïmat çri A[ Jyâdityavarma . . . râjendramaulimanivarmadeva mahârâjâdhirâja, et datée de 1978 çaka = i356 (cf. Commissie in Nederlandsch-Indië voor oudheikundig onderzoek op Java en Madoera. Oudlteikundig verslag iQi^, 2' trimestre, p. 5 1-52 et A a; le titre royal précédent est aux lignes 6-7; aux lignes 18-19, le même souverain est appelé : Adityavarmanrpatemanivarmadeva). Cet Adityavarman nous est connu par ailleurs. Sous le titre général de Het zoogenaamde rolinschrift van vBalu Bëragung-n in Mënangkabau {126g en isgj çaka), dans Verspreide geschriften, t. VI, 1917, p. aig-aGS, Kern a réuni deux articles intitulés : "f Opschrijt van Batoe Beragong op Sumatra et Het opschrift van Batoe Bei^agong opriieuw onderzoclu, publiés dans les Bijdragen tôt T., L. en V. V. N-I en 1872 et 1877, oii il est question de ce souverain. Cf. également, du même auteur, De n'ij-inscriptie op het Amoghapaça-beeld van Padang Candi (Midden-Su)natra)\ i^Gq çaka (dans Verspreide gescitriflen, t. Vil, 1917, p. 173), où ce roi est appelé : Çrimat çiï Udayâdityavarman râjendramaulimâlivarmadeva maliârâjâdhirâja, et où il est fait mention de Malaijapura, erreur de graphie pour Malaynpura {ibid., p. 17^^). Par une autre inscription également publiée par Kern (Het sanskril-inscitrift op den grafsteeu van Vorst Adityavannan te Kubur Baja, Mënangkabau ; ± i3oo çaka, dans Verspreide geschriften, t. Vil, p. 2i5-32i), nous savons que ce roi était fds de Advayavarman et titré Kanakainedinlndra «souverain de la terre de l'or». Nous savons, enfin, que ce dernier souverain eut un lUs, Anafigavarman, qui fut probablement son successeur (cf. N. J. Krom , Eine sumatraansche Inscriplie van Koning Krtanagara, loc. cit., p. 338). D'après ces textes épigraphiques , on peut établir la liste suivante des rois de Malâyu au xiii" siècle çaka :
Çrïmat Tribuvana râjamaulivarmadeva, qui règne en 1208 ç. = 1 286 (supra, XC, p. 179);
Advayavarman , père du roi suivant;
Çrimat çrl A[ jyâdityavarma (var. Udayâdityavarman) râjendramaulimanivarmadeva ( var. râjendramauHmâlivarmadeva), qui régnait en 1269 ç. = 13/17 et mourut vers i3oo ç. = 1378.
Anangavarman.
Le Maharaja çrimat Trailokya râjamaulibhûsanavarmadeva de l'inscription cambodgienne de Grabi était certainement un roi de Malâyu, car ses titres
RAKRTÂGAMA (le Prapanca, daté de 1287 caka = i365 de notre ère], texte en transcription, traduction et commentaires par H. Kern, avec annotations et indices de N. J. Krom, La Haye, i9i9,in-8% avec une carte des dépendances de l'empire de Majapahit et un fac-similé de quelques feuilles du manuscrit kawi.
XGII. L'île de Sanialra, l'une des dépendances de l'empire de Majapahit, y est désignée sous le nom de frpays de Malayu (tanah ri Malayii)n par le poète javanais qui en mentionne les vingt-quatre villes ou étals suivants : ffLes principales îles {sic) qui sont sous la souveraineté (de Majapahit) dans le pays de Malayu sont les suivantes : Jambi, Palemban , Karitan,Tëba (Toha), Dharmmâçraya (Dharmâçraya), Kançlis (Kandis), Kahwos (Kawai), Manankabwa (Mënankabaw ou Minankabaw), Siyak (Siak), Rëkân (Rokan), Kâmpar, Pane (Paney), Kâmpe (Pulaw Kompai), Haru (Aru), Mandahiliù (Mandaihù), Tumihan pour Tamihan (Tamian), Parllâk (Përlak), Barat, Lwas lâwan (Padan Lwas ou Gayu Luas), Samudra (l'ancien état de Sumutra, sur la côte nord-est de l'île dont on retrouve encore les ruines près de Lho' Seumawé), Lamuri (Grand-Aceh), Batan (peut-être l'île de Batam), Lampun (Lampon) et Barus (Baros). Telles sont les plus importantes dépendances du pays de Malayu tout entier; tous ces pays dépendent [de l'empire de Majapahit]. n (Chant i3, p. 5o; cf. également chant h\, strophe 5, p. io5, et chant h'2 , strophe 9, p. 107; pour les identifications précédentes, voir p. 267-259, et mes Relations de voyages, t, II. p. 662, oii la note 8 : trPane ou Panei dans l'ouest de Sumatra « est à corriger en : rfsur la côte orientale de Sumatra, en face de l'île de Jamar = Jumur de \ Oriental Pilotr> I cartes A2 et 43], et p. 671.)
Les noms entre parenthèses représentent la forme malaise moderne des notations du texte kawi.
Les deux complexes sanskrit et cliinois sont parallèles au double point de vue sémantique et syntaxique : ^ ^\ hntcheou recouvre exactement suvarna-dvïpa ; Tun et l'autre repré-
protocolairos sont remarquablement idonliques à ceux des rois do celte dynastie sumalranaiso alk'sl(;s par les iiisniptiims qiip nous possédons.
sentent littéralement or4/e, le premier terme étant, par antéposilion, complément du second. Chavanncs a traduit kin-tcheou par t^île d'or», mais cette interprétation n'est pas à retenir : c'est ç^île de l'or?? qu'on doit lire, et c'est ainsi qu'il faut également traduire le suvarnadvipa des textes sanskrits. En chinois et en sanskrit, le sens du complexe est un peu flou : il peut s'agir aussi bien d'une île riche en mines d'or que d'une île dont le sol et la flore sont en or. Mais, dans le cas présent, il n'y a pas place au doute; l'information s'appuie sur un fait concret bien connu : la richesse aurifère de Sumatra, et nous n'avons pas affaire à un thème de folk-lore. On vient de voir (supra, p. 177) que l'un des noms malais de la grande île indonésienne est Pûlaw Emus Kile de l'or» (cf. un toponyme de formation parallèle : Pidaw Bfitu td'île de la pierre», ainsi appelée parce qu'il s'y trouve une pierre remarquable et non parce qu'elle est constituée par un bloc de rocher; Pûlaw Pinah «île de l'aréquier», etc.). Pûlaw Emâs répond à Kin-tcheou et à Suvarnadvipa, construit suivant les exigences de la syntaxe indonésienne, à l'inverse du sanskrit et du chinois; et, comme il vient d'être dit, le sens en est clair et ne comporte aucune amphibologie (cf. également Birûnî, XLIII, p. 64).
Pour Yi-TsiNG (LXXXVII et LXXXVIII, p. 178), l'île de l'or = Fo-che ou Che-li Fo-che, c'est-à-dire la partie méridionale de Sumatra. Dans l'inscription malaise de 1208 çaka [supra, XG, p. 179), le pays où se rend la mission javanaise est appelé Suvarnabhûmi «la terre de l'or» (1 c) et il est dit explicitement plus loin que le pays en question est le Malâyu (àb), c'est-à-dire la partie de Sumatra également désignée sous le nom de Minankabaw^^l L'auteur du Kitâb al-minhâj, Sulaymân al-Mahrî, compte parmi les ports de Sumatra (LXXXII,
(1) Cf. mon mémoire Malaka, le Mâlayu et Malâyur, J. As., XP série, t. XII, p. 5i et suiv.
p. 103), trois ports par lesquels s'exporte l'or : Pancùr, à l'ouest; Pariyaman «célèbre parmi les honimes [et qui est situé dans le pays] de Manankabwa [=Minankaba\v] », au sud-ouest; et Sumutra, au nord-est'^'. Les anciennes relations portugaises sont plus explicites encore :
Arrivèrent également [à Malaka] , dit Gaspar Gorrea (Lendas da India, t. Il, p. 9 66), quatre barques du royaume de Manancabo, qui ne produit pas d'autre marchandise que l'or en poudre et en barres, que les gens du pays apportent [à Malaka].
L'or qui est importé à Malaka , disent les Commentaires d'Albuquerque (^Commentarios do Grande Afoxso Dalboquerqve, édit. de 1776, t, III, chap. XXXII, p. 161), provient en majeure partie d'une mine [du pays] de Menamcabo, qui se trouve à l'extrémité de l'île de Samatra, du côté du sud, en face de Malaka, à six jom's de mer. . .
A ce moment, arrivèrent trois joangajaoas (navires à rames et à voiles) du royaume de Menamcabo , qui est situé à l'extrémité de l'île de Gamatra, sur l'autre côte méridionale [que celle qui fait face] à Malaka [= côte sud-ouest]. Ils apportaient une quantité d'or {ibid., chap. xxxvii, p. 182). [Pour d'autres témoignages portugais de la richesse en or du Minaùkabaw, cf. mon mémoire Malaka, le Malâjju et Malàyur, dans /. As., XP série, t. XII, 1918, p. 80-81.]
Il est plusieurs fois question des fameuses «Iles de Xov-n [Ilhas do ouro) dans les relations portugaises de la période des
t') M. Eilhard Wiedemann a récemment publié et a eu l'obligeance de me faire parvenir un article sur les drojjues employées par les Arabes, où fifjuro, en traduclion, un important extrait de i'oncyclopédio de NuwayrI (mort en i33a). A propos du camphre, l'auteur arabe dit : «En ce qui concerne son habitat orijjiuel, il y a plusieurs ofiinions. Les uns disent cpie le camphre provient do Faneur [=I5aros, sur la côte occidentale de Sumatra], une île de 700 parasan(jes de tour qui est connue comme le pays de l'or. . .-n {Beilruge zur Geschichte der Naturwissenschaften , XLIX. IJber von den Arabern benutzte Drofren, dans Silzitnfrsberichte der pltysih(discJt-n>ediz{n{schen Sozietdt in Erlangen, Band hS, i(ji6, p. 17.) Cette information dont j'ai eu connaissance pendant l'impression du présent mémoire, contirme heureusement le témoignage de Yi-tsing et de l'inscription malaise de 1208 çaka : l'île de Sumatra est bien le pays ou l'île de l'or.
découvertes. En fait, les découvreurs étaient surtout préoccupés de recueillir des informations sur l'Eldorado oriental pour pouvoir s'y rendre et en rapporter les fabuleuses richesses qu'une légende plus que millénaire situait dans des îles indéterminées ^^l Joâo de Barros, Thistoriographe royal du xvi^ siècle, en parle à trois reprises dans la décade III :
. . . Diog'o Pacheco, dit-il (liv. III, cliap. m, p. 964), peu de temps après son arrive'e de Malaka [à Sumatra], avait apporté d'importantes informations sur les lies de l'or qui, d'après un bruit général dans l'Inde, gisaient au sud de Sumatra. C'est à l'effet de les découvrir que Diogo Lopes [de Sequeira] envoyait Diogo Pacheco, parce que celui-ci était très versé dans les choses de la mer et extrêmement habile découvi'eur, étant, en outre, un parfait gentilhomme. Dans ce but, on lui donna l'ordre d'armer un navire à bord duquel il serait, et un brigantin dont serait capitaine Francisco de Sequeira. . .
Pacheco se met en route et touche à Daya, sur la côte nord-ouest de Sumatra, où le brigantin se met au plein et se perd corps et biens, à l'exception d'un esclave canarin (^ibid., p. 266). Avec son seul navire, le marin portugais descend le long de la côte et fait escale au port de Baros :
(P. 268.) . . . Tandis qu'il se trouvait là, il ne se préoccupait que de deux choses : se tenir sur ses gardes de peur que, pendant la nuit, à l'instigation des Maures [=miisuiQians] de Cambaya [qui se trouvaient là], il ne fût victime de quelque traîtrise; et s'informer auprès des gens du pays de ce qu'ils savaient et disaient des lies de l'or qui gisaient au sud de l'île de Sumatra. D'autant que, à Malaka où se rendaient certains marchands de ce royaume de Baros, l'opinion générale était que ce pays de Baros ne produisait pas autant d'or qu'ils en apportaient, mais que la plus grande partie était obtenue par échange dans les Iles de l'or où ces marchands se rendaient par mer. Quoique les Maures et les gens du pays fussent très jaloux [de conserver le secret] de ce com-
^^) Sur ces îles légendaires, cf. Pomponius Mêla, Pline l'Ancien, Solin, Isidore de Séville, dans Coedès, Textes d'auteurs grecs et latins relatifs à l'Ex trême-Orient , Paris, if)io, in-8°.
merce, Diogo Paclieco piil cependant acheter deux ou trois indigènes qui s'y étaient rendus et qui finirent par lui dire ce qu'ils avaient vu et ce qui s'était passé. (P. 269.) Ils racontèrent que, à peu près à 100 et des lieues au sud-est du port de Baros, gisait une ligne de hauts-fonds et de bancs de sable, au milieu desquels se trouvait une île, légèrement accidentée, dont les cotes étaient couvertes de palmiers; à l'intérieur de l'ile, vivait une nombreuse population noire avec laquelle ils échangeaient de l'or sur le rivage, parce que ces gens ne permettaient à personne de se rendre où ils habitaient. Pour celte raison, [les commerçants de Baros] ne connaissaient ni l'intérieur de l'ile, ni la façon de vivre des insulaires. Ceux-ci donnaient une grande quantité d'or en échange de pièces d'étoffes de Cambaya, de la même sorte que celles que Pacheco avait apportées : vespicias (toiles), viantazes (draps) et beiHangis (toiles) bleus et rouges^'*. Quoiqu'on se procurât de l'or à très bon marché en l'échangeant pour des étoffes de qualité inférieure, cependant, beaucoup de marchands qui s'y étaient rendus une fois, malgré la grande quantité d'or qu'ils en avaient }-apporté, n'y retournaient plus de peur d'y perdre la vie. En général, de vingt navires qui partaient pour les lies de l'or, il n'en restait que le quart, ces voyages étant extrêmement périlleux; on ne pouvait les effectuer que pendant une mousson qui durait trois mois et seulement avec des navires de très faible tonnage à cause des nombreux hauts-fonds et bancs de sable qu'il y a là, [entre lesquels] se trouvent de très étroits passages par où l'on fait route. Ces passages changeaient de place chaque année par suite du déplacement des sables (p. 370) sous l'action des courants marins pendant la période d'hiver de cette région. Quand les marins étrangers arrivaient à entrer ou sortir par ces passages, un jour où il ne faisait pas très beau et calme, la mer furieuse engloutissait tout ce qu'elle rencontrait. Cependant, bien que les indigènes de Baros lui exposassent les très grands dangers qu'on courait, jaloux [qu'ils étaient de se réserver] ce commerce, comme il le comprit, Diogo Pacheco ne cessait de leur poser de nombreuses questions, autant pour son instruction personnelle que pour se rendre compte s'il n'y avait pas quelque contradiction dans ce qu'ils racontaient. Après qu'il en eut tiré ce qu'il put, comme cette enquête était la principale raison qui l'avait fait s'arrêter à Baros pendant quelques jours, il piit congé du roi et de ses gouverneurs et fil roule en longeant la côte de l'Ile. . .
'') Pour ces étoffes, cf. mon mémoire Los poids, mesures et monnaies des mers du Sud aux xvi' et wii' siècles, J. As., dér. 190.0, p. 203-2o3.
Pacheco contourna Sumatra par le sud et, remontant la côte orientale de l'île, retourna à Malaka, sans avoir tenté de découvrir les lies de l'or.
En juin 1621, rapporte encore Barros (décade III, liv. IV, chap. m, p. 4i2), arriva de Portugal un navire apportant des instructions du roi D. Manuel, fr Entre autres choses, le roi invitait Diogo Lopes [de Sequeira] ... à charger quelqu'un d'aller découvrir les lies de l'or précitées qui gisent par le travers (« través) de l'île de Sumatra; car, plusieurs personnes qui étaient allées dans cette région de l'Inde {naquellas partes da India), avaient donné grand espoir qu'on pourrait les découvrir. . . -n
Les Lenchs da India «Les légendes de l'Inde» ont trait à la période comprise entre 1/197 ^^ i55o. Nous savons par une indication de l'auteur lui-même qu'il travaillait encore à la rédaction de ses Lendas en i56i (cf. 1. 1, p. 2 65). Elles ont été publiées par les soins de l'Académie des Sciences de Lisbonne, le t. III en 1862, le t. IV en 186/1; 'm-k\
(T. III, 1" partie, p, 288, chap. 11.) Des navires de France.
En l'année qui précéda 1697, trois navires armés en corsaires dont l'un commandé par le Portugais Esteuâo Dias Brigas , partirent de France et firent route à destination de l'Inde . . .
(P. 2 4o.) ... Le second navire se sépara du convoi au cap de Bonne- Espérance, du côté du Sud, ne sachant plus où il allait. Il prit le chemin des côtes de l'île de Sumatra et arriva à l'Ile de l'or dont le sable du rivage , gros et petit , est tout en or. La végétation y est luxuriante ; il Y a de grands bois (aruoredos), des rivières d'eau excellente, beaucoup d'arbres fruitiers dont les fruits sont savoureux. Les habitants sont nus et sauvages , ne se couvrant que d'étoffes fabriquées avec des feuilles d'arbres (follias d'heruas). Ils ne mù-ent aucun obstacle à ce qu'on prît ce qu'on voulut. Les [marins du navire français] embarquèrent autant d'or qu'ils voulurent et s'en allèrent, faisant route sans savoir dans quelle direction le vent leur serait le plus utile. Ils arrivèrent ainsi sur la côte de Sumatra en pleine détresse, la plupart d'entre eux étant morts ou malades. Le navire faisait tant d'eau, qu'il était sur le point de couler. Ils mirent le cap sur la terre pour s'y échouer; mais avant d'y arriver, ils s'échouèrent sur un banc (de sable ou de roches) oii le navire se perdit. Ceux qui pouvaient travailler, mirent la chaloupe en
état et vinrent à terre avec beaucoup d'or que chacun y avait rais. [En arrivant] à terre , ils moururent. Des barques de pêcheurs qui les rencontrèrent par hasard, emportèrent i'or. On apprit cela à MalaJia par des marchands de Sumatra qui venaient y trafiquer, que partout on parlait de cotte chaloupe que des pêcheurs avaient trouvée pleine d'or
et que les hommes qui en parlaient (e que os homens que falauâo
como bombardeiros?). On amena un de ces individus au roi d'un pays (sic) qui le fit empaler parce qu'il disait qu'il ne saurait pas retrouver l'Ile [de l'orj. On apprit e'galement que ceux qui découvrirent celte Ile de l'or n'appartenaient pas à l'équipage du navire commandé par le Portugais Brigas.
(T. IV. p. 3o6.) [En i5Zi3] ... [le gouverneur Martim Afonso de Sousa] donna l'ordre à Jeronymo de Figueiredo de partir avec un galion et trois fustes , à la découverte de l'Ile de i'or qu'on disait être par le travers (atraués) de i'ile de Sumatra, au large de Sumatra, du côté de l'Ouest. . . Au moment de partir, le navire [désigné pour cette expédition] faisait tant d'eau que, pendant la nuit, il coula dans la rivière [de Goa oh il était ancré ... On le remit à flot] et il fut réparé et prit ensuite la mer. Le directeur des finances fit informer Diogo Cabrai qu'il avait fait faire secrètement des trous au navire et celui-ci coula [en mer]^'^
Il est question d'îles de l'or dans un curieux mémoire de Godinho de Eredia (ou Heredia)^-' intitulé : Declaraçam de Malaca e India Méridional com o Cathay em III tract. Le texte portugais avec traduction française, sans notes, a été publié sous ce titre : Malaca, l'Inde Méridionale et le Cathay, édit. et trad. Léon Janssen d'après le manuscrit de la Bibliothèque Royale de Bruxelles, avec une préface de Gh. Ruelens; Bruxelles, in-/i°, i88;i, XIV pages -f 8a folios -[- loo pages, avec ho cartes et plans cl 19 illustrations de l'auteur. Ce mémoire est adressé à Philippe 111 de Portugal et daté de Goa, le â/i novembre 1610 (la traduction porte par erreur : a/i décembre). Dans ce texte, Inde mcridionak désigne une terre et des îles
(') Ce fonctionnaire portujjais avait un intérêt, que nous ne soupçonnons pas, à cmpèchor le d('part du galion.
'-) Sur ce porsonnnjjc, cf. Hamy, Le descohridor Godinho de Eredia, dans Bull. Soc. Géojrr. de l'avis, juin 1878, p. 5i6.
-^«.( 13Zt )<^— [190]
imaginaires situées au sud du i o^ degré de latitude australe. La seconde partie (p. 5/i et suiv.) est consacrée à cette Inde méridionale. Il y est question de deux îles riches en or : Lucaantara (lire : Luça y4«tora= javanais Nusa Anlara «l'île du milieu 77, litt. «l'île entre [d'autres îlesjw)'^' et Luca (^=-Luça, pour Nusa «île 55) Veacli = Veak. Dans la première, oii se rendit un prince javanais, «il y vit beaucoup d'or, de girofle, de noix muscade imassanos=massa nos'j, de sandal blanc et rouge, d'autres épices et aromates, et en prit des échantillons w (p. 58).
La description de l'île de Luca Veach vaut d'être reproduite intégralement :