‹ L'empire sumatranais de CrivijayaChapitre 7 sur 16 · Chapitre vn. De l'île de Loca Veach · texte numérisé non relu

Chapitre vn. De l'île de Loca Veach

(P. 63.) ... La'"' navigation était suivie entre les îles d'Ende (Florès) et Luca Veach '^\ terre produisant de l'or eu grande quantité : on en tirait de nomJjreux lingots de ce métal par des échanges, ainsi que le racontent les vieillards d'Ende. Ces vieillards rap[)ortent l'aventure de cette harque d'Ende qui, faisant voile vers Luca Veach, fut prise, à la hauteur de l'Ile de Saho'*', par une violente tempête. Elle ne put entrer nia Saho, ni dans le port deRajoam'^' ni à Lucachancaua '"', rivages qui sont en vue l'un de l'autie. La tourmente l'entraîna et lui fit perdre de vue toutes ces îles. Ensuite ie temps se calma, les vents tombèrent. Pendant trois jours, la bai-que égarée navigua de part et d'autre, puis

(^) C'est l'ancien nom de Madura , appliqué ici à une île imaginaire.

(^) Je reproduis la traduction de Janssen en la rectifiant par des notes.

(^' Pour cette ile , vide infra.

'*■) God. Sabbo. La carte du fol. 52 a Sabo. C'est l'île appelée Savu, Sawu ou Rai Hawu, la Savoe de nos cartes, entre Sumba et Timor.

(^) Cod. ilha Rajoam «l'île de Rajoam». La carte du fol. 5:2 a Rajoan. C'est l'île Ranjmva ou Rai Jua du groupe des îles Savu.

(^) Luca est pour /»m = javanais mtsa «îlen; Chancana est vraisemblablement à corriger en *Canc/ian« = À'flHtana. Sur la carie du fol. 5tî, ces trois îles et une quatrième non dénommée sont situées par Godinbo au nord et à peu de distance de l'île de Petau et au Nord-Nord-Oucst de la pointe de Beacb.

elle fut poussée à Luca (p. 64) Veacli où les marins qui montaient rembai'cation, débarquèrent dans un village. Ils voulaient faire de l'eau et des vivres car, pendant la tempête. Us avaient tout perdu sauf une certaine quantité de fruits d'une espèce de [talmier nommée SivaUas'-^^ qui servaient de lest au bâtiment. Ces fruits du Sivallas étaient très estimés h Luca Veach. Ils obtinrent en échange de leurs Sivallas ^-'> autant d'or qu'ils en voulurent : ce métal est très commun à Luca Veach où le gravier qui se trouve au pied des arbres est du minerai d'or '^'.

Cette île de Luca Veach mesure environ 8 lieues espagnoles de circonférence. Sa terre, qui produit des minerais, est fraîche et en partie boisée''^ : elle est très fertile en riz et en grains de toutes sortes, bien plantée de palmiers , de cocotiers domestiques '^' et d'une grande variété de cannes à sucre. De nombreuses et fraîches rivières où coule une eau excellente et où se trouvent des rochers aurifères, arrosent le pays, et les marins d'Ende y firent de l'eau ^°'.

Une autre partie^'' des habitants sont des blancs à cheveux blonds, avec des yeux bleu clair, petits de taille, nus ou mal vêtus. Ils habitaient des maisons couvertes de paille et vivaient du fruit de leur travail, cultivant des jardins légumiers^''. Parmi eux se trouvent également des hommes bruns, mais tous parlent la même langue qui est celle de Sabo et de Rajoam ''>. Ils emploient le fer pour fabriquer les armes, les frondes, les dards et les lances dont ils munissent la pointe de dents de poisson. C'est le plus riche et le plus puissant d'entre eux qui gouverne le pays.

Le long de la côte, sur une largeur de i5o pas géométriques, la mer

^'^ Cod. dafructa sivallas.

'-) Cod. sivallas, fructa de palmm bravas «sivallas, fruit de palmiers sauvages. . . ».

'^) Cod. era de mettaes de ourn, Htt. ff était do métaux d'or», était en or. Il n'est pas du tout question de minerai.

('') Cod. estava fresca echea de bosques arvoredos welle était fraîche et couverte de forêts [et] de bois:i.

'^) Cod. de cocos domeslicos, c'est-à-dire de cocotiers cultivés.

W Cod. e tem muytas e fresca ribeyras de excelente agoa do rochas de ouro, onds fizerâo aguada trot il y a de nomlircuses et fraîches rivières d'oau excellente [sourdant] de rochers on or, où [les marins étrangers] liront de l'eau».

'') Cod. E a gente algua «(juel(jues-uns des habitants».

(^) Cod. com grangeria de orlas, ils vivent de leurs labeurs et travaux [qui consistent] «ou «ullure do jardins» ; ils vivent du produit de leurs jardins.

^°' Cod. de lla,joa6 (sic, pour lia]oâo) e Sabbo.

qui baigne cette île est remplie d'une espèce de corail ''' recouvert de varech, ce qui gêne le débarquement dans le port de Luca Veach. Pour que l'embarcation pût atterrir, il fallut couper les branches de ces varechs et s'y frayer un passage. De cette façon, la barque toucha terre el revint sans encombre , car il n'y avait pas d'autres récifs ni bancs de sable sur iacôte''-'.

Après que l'embarcation eut un chargement suffisant d'or, elle quitta Luca Veach. Mais, assaillis par une nouvelle tempête, les marins furent obligés de jeter leur or à la mer '^^ Ils n'en gardèrent que ce qui était nécessaire pour lester la barque et regagnèrent Sabbo quand le temps se calma. Us y déchargèrent leur or dont il y avait encore une telle quantité que tous les habitants de Sabbo en furent frappés (p. 65) d'étonnement. La vue de ces richesses leur donna l'intention de faire une nouvelle expédition vers Luca Veach, mais ils ne donnèrent pas suite à leur projet à cause de l'ignorance des habitants , qui ne savaient ni la latitude ni la configuration de Luca Veach. EnGn cette île s'appelle ainsi parce que, dans la langue de Sabbo et de Java^''^ Luca^^'' signifie (fîlen et Veach veut dire cfd'om ^^K

(^) Cod. de certos coraes falsos «de certains faux coraux».

'^) Cod. per nào haver outras restingas «car il n'y avait pas d'autres récifs".

^^' Le jet de l'or à la mer a pour but d'apaiser la tempête. C'est un thème de folklore bien connu, qui est généralement à trois motifs : I. Motif de l'arrivée dans une île ou un pays inconnus; II. Motif de l'enlèvemont par les étrangers du produit caractéristique de l'île; III. Jet obligatoire du produit en question pour apaiser la tempête occasionnée par l'enlèvement de ce produit. Dans le cas présent, comme il s'agit d'un voyage de chercheurs d'or, Godinho raconte qu'il en fut conservé une certaine partie à titre de lest , pour montrer aux indigènes de Sabo que Luca Veach est l'île de l'or qu'on recherche. Sur un thème de folklore parallèle, cf. mes Relations de voyages, t. II, p. 299, 3 10 et 4 10. Dans ces trois passages, les roses magiques disparaissent par combustion instantanée dès qu'elles sont portées hors de la roseraie {supra, LU, p. 68;LVII,p. 69;LXXIV, p. 77).

W Le texte a : chez les indigènes de Ende = Flores, de Sabbo et de Java.

W Luca est pour /«ça = javanais nusa «île». Nusa n'est usité qu'à Java, Madura et à Madagascar (nûsi). Partout ailleurs, «île" est généralement désigné sous le nom de pulaw, pulo ou par une variante dialectale se rattachant à ce thème.

W En indonésien, le nom de l'or se rattache aux types suivants :

I. Malais mas, ^mas ; javanais ëmas; bisaya, dayak,tagal amas; batak ornas; makassar amasaq; vieux-bugi masa; bësëmah ëmas, rëmas. Cf. khmèr wuw,

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