IV. Vieux-bugi wara-wara <CvDara «charbon ardent
V. Malgache vulamena, litl. argent rouge, sumba amas rara, Htt. or rouge = tt or».
VI. Vieux-bugi rupajati, magindanao kancana, dayak (mot religieux) rawia «or», empruntés respectivement à skv. jâta rûpa «or», kâncana «or», ilravya «objet, richesses».
Cf. R. Brandstetter, Mata-Hari, Lucerne, 1908, in-8°, p. 8-9; Aymoniek- Caiîaton, Diclionnah-e cam-français , s. v° mo'h; G. 0. Blagden, Comparative vocahulary of aboriginal dialects, dans Skkat et Blagden, Pagan races of ihe Malay peninsula , Londi'cs, 1906, in-8°, t. II, p. 621, n° G^, s. v° gold. Veach n'a donc rien de commun avec le nom de i'or en indonésien.
'') Cod. pouco menas de 3o legoas «un peu moins de 3o lieues».
^^) Cod. Pulo Cambim ( sic) de cabras «l'ulo Cambim [ou île] des chèvres». Pulo Cambim est la transcription portugaise de Pulaw Kambih, qui signifie en effet «île des Chèvres». Celle île figure sur la carie de Godinho, du fol. /i8 v° : elle est située au Nord de la pointe orientale de ïimor. Il existe en effet une île de ce nom dans la Résidence de Timor et dépendances. Elle est également appelée Hoogciland.
'^' Cod. Pulonkior de cocos «Pulonhior [ou ile] des cocos» = Pa/aw niynv, qui signifie «île des Cocos». Celle île el la précédente, où reparaît le terme malais pulaw, au lieu du javanais nusa, ne figurent pas sur la carte du fol. 52.
'*' Cod. i^alo lambini de molhcres «Pulo Tambiul [ou ile] des Femmes». Lu
M. G. KLnRANl). 10
Les uavigateurs y aperçurent notamment riieureiise montagne d'or, et les gens de Sabbo qui montaient la barque mirent pied à terre dans le port, où ils virent une telle quantité d'or qu'ils en demeurèrent frappés d'étonnement. Ils en chargèrent autant qu'ils voulurent et tant que le navire en put supporter le poids. Puis, poussés par les vents du Sud, la barque regagna le port de Sabbo. Cette expédition enrichit cette terre, qui n'était pas très riche par elle-même. Aujourd'hui encore, tout l'or qui se trouve à Sabbo est celui qui provient de l'expédition de cette dite barque à Luca Veach.
(P. 66.) Les susdits navigateurs rapporleut qu'il se trouve à Luca Veach un pic élevé, qui est une montagne massive d'or. C'est-à-dire que ce métal s'y trouve en telle quantité qu'il est répandu dans les pierres en gros filons et en veines considérables.
Sous l'action du temps, cet or a été mis à nu et fait resplendir la montagne à tel point que de loin, sous la réverbération du soleil, elle apparaît comme un brasier eu feu.
Sur CCS informations, je fis apprêter de suite doux embarcations à rames, bien approvisionnées, avec des pilotes et des marins d'Ende [ou Flores] et d'autres officiers pour faire le voyage de Luca Veach. Alors que les embarcations étaient déjà prèles à lever i'aucre et à faire voile, les pères de l'ordre des Dominicains, comme vicaires de cette Chrétienté et administrateurs des pays du Sud, me supplièrent avec la plus grande insistance de ne pas elîectuer ce voyage, disant que les Chrétiens qui
carte du fol. 52 a : Lucatambini = Nusa TamLim, I. de Molheres. C'est la légendaire lie des Femmes dout Ercdia a voulu parler. Le javanais bini signifie bien «femelle, femme 55; mais tambini n'a pas ce sens. La géo[jraphie légendaire des Javanais à laquelle Ercdia a fait cet emprunt maladroit connaît une Nusa Tambini. C'est la Nusa Tambini où Aji Çaka, fbindou civilisateur des Javanais, s'établit en fan 10 do l'ère qui porte son nom [= 88 de notre ère] (cf. Raffles, Historij of Java, Londres, 1817, in- A", t. II, p. ?.3i), la Nusa Tambina du cycle léjjcndaire de Panji oîi le brahmane Kanda (appelé aussi Sakendo et Salirli), protecteur du râja de Nusa Kancana ttl'ile de i'or» , alla faire pénitence au ix° siècle [ibid., p. 90). Dans un manuscrit en javanais moderne contenant un fragment du cycle de Panji, il est question de Wando, princesse de Teml)ini {apud ms. cmlix [cod. Si^a], dans H. H. Jcynboll, Supplément op den catalogus van de Javaansche en Madoereesche Handschriften der Leidsche Universiteits-Bibliothcch, t. II, Leyde, 1911, in-8% p. 78). Et c'est évidemment cette Nusa Tambini ou Tëmbini qui, par un contre-sens, est devenue rSile des Femmes» de Eredia.
s'y aventureraient, ne connaissant pas la navigalion de cette raer<'' et la situation de Luca Veacli , courraient à une perte certaine et trouveraient la mort sur cet océan. Par respect pour la requête solennelle de ces religieux, j'abandonnai mon dessein et le voyage vers cette île si riche de Luca Veach ou ile d'or, n'eut pas lieu^">.
Le descobridor Emanuel Godinlio de Eredia m'ayant demande cette de'claration pour le bien de son voyage et de son entreprise et pour le service du Roi, je jure par les Saints Evangiles que tout ceci est la vérité et j'ai scellé les présentes de mon sceau ci-dessous.
Malaca, le h octobre 1601.
Pedro de Carvalhaes.
Pedro de Carvalhaes était sans doute de bonne foi; mais il va de soi que l'île de l'or en question est purement imaginaire; imaginaire aussi le voyage de Eredia à Luca Veach. Tout cela est du folk-lore transformé en réalité par un métis ambitieux à la recherche de dupes. Le résultat final est décisif dans ce sens : Godinho de Eredia ne retourna jamais dans l'ile en question.
Les Portugais navaient naturellement pas découvert les fameuses Iles de l'or. Les Hollandais eurent sans doute vent des projets d'expédition en Eldorado de leurs prédécesseurs et mirent aussi la question à l'étude. Le Dagh-Register gehouden int Casteel Batavia vaut passeremk cher ter plaetse ah ovcr te geheel Nederlants-Iitdia anno 1 636 ^f. Journal tenu dans le Château de Batavia de ce qui s'est passé à Batavia même ainsi que dans les Indes néerlandaises tout entières pendant l'année i636 » (édit. H. T. CoLENBRANDER, 's-Gi'avenhage , 18 9 9, gr. in-8°, p. 10/1) fait mention, au mois de juin, d'un projet de découverte de l'ile riche en or et argent (^fiet goiit ende sdverrljck eijlandiy^K On songe à charger de ce soin le commandaut Ma-
(') Cotl. como ignorantes daqudla narifraçâo.
'"^) La raison invoqm-e pour empêcher ce nouveau voyage à Luca Veach, est dilliciiement acceptable. 11 y a lieu de remarquer qu'il n'est pas question dans ce procès-verbal de la tempête qui oblifrea les marins de Sabbo à jeter à la mer la plus [jra.ule partie de i'or recueilli dans l'ile mcrveilltuse.
(^' L'édileur ajoute en note : «Cf. Lbv)pk, Ileue van Maarlen Gemlz», p. 3
^ lliO )k^— [196]
ihijs QuAST avec les navires Grol et Waterloose Werve. Suit ce curieux renseignement : «On rapporte que l'île aurifère et argentifère gît par 87° 1/2, à environ /loo milles à l'est {^bij oosteii) du Japon. ?)
D'après les renseignements recueillis par Diogo Pacheco sur la côte occidentale de Sumatra , les Iles de l'or devaient se trouver «à peu près à cent et des lieues au sud-est du port de Baros» (^supra, p. 187). Pendant les cent et quelques années qui ont suivi l'infructueux voyage du capitaine portugais, la région au sud-est de Sumatra a été parcourue en tous sens et aucune île aurifère n'y a été découverte; mais la légende de l'Ile ou des Iles de l'or, que justifient dans une certaine mesure les arrivages de poudre et de lingots d'or à Malaka, conserve ses fidèles parmi les gens de mer et les marchands européens. Les îles de l'Indonésie n'ont pas fourni encore de richesses comparables aux fabuleux trésors des Indes occidentales; mais l'enthousiasme des découvreurs n'en est pas atteint : leur foi reste entière et leur zèle ne se dément pas. Ceux qui, comme le signataire de ces bgnes, ont vu de près les prospecteurs du Transval et de Madagascar, peuvent témoigner de la touchante crédulité des chercheurs d'or; et leurs lointains prédécesseurs des xv' et xvi° siècles n'étaient pas moins crédules. L'insuccès des expéditions portugaises n'a découragé personne. Leur unique résultat pratique est d'avoir montré qu'il n'y a pas d'Iles de l'or dans i'InsuHnde; mais qu'à cela ne tienne; elles
et 35-io; Heeres, Life and labours of Abel Jansz. Tàsman, p. i5-305). Je n'ai pas eu occasion de consulter ces deux ouvrages. M. Paul Pelliot a eu Tobligeance de me signaler le mémoire de 0. Nachod, Ein unentdeckles Goldland { Mittheilungen dcr Deutschen Gesell. fiir Nalur- und Volkerkunde Oslasiens, Tokyo, t. VII, 3' part., p. 3ii-i5i), où on retrouvera l'historique des expéditions envoyées à la recherche de la légendaire lie de l'or, depuis le projet hollandais de Versteegen, en i635, jusqu'aux voyages de La Péiîouse, Anson, Brocguton, von Krhsenstebn, John Meares; et la liste des documents et cartes ayant trait à l'Ile de l'or, de i587 à iSgT) ! La première des expéditions, celle de Diogo Pacueco {supra, p. i8(3), n'y figure pas.
[197] — «•( làl ).€-H—
n'en existent pas moins et la recherche continue. L'Ile de l'or ne peut être que difficilement accessible : la rumeur publique la situera donc à Aoo milles à Test du Japon, dans quelque terre insulaire du Pacifique, où on ne la trouva pas davantage. La vraie merveille de la légende, c'est que les Portugais et Hollandais des xvf et xvn" siècles ne soupçonnaient pas encore la richesse aurifère du sud de Sumatra, où tant de fois ils firent escale. Le secret fut rigoureusement gardé, tant par les Sumalranais que par les trafiquants musulmans avec lesquels ils traitaient. En Indonésie comme en Afrique, l'européen est considéré comme un ennemi; le musulman ou l'hindou ont seuls la confiance de l'indigène. Ainsi ce trafic d'or qu'on cache jalousement aux marins d'Europe, a été connu d'un moine chinois dès la fin du vn^ siècle (LXXVII, LXXXVIII, p. 178) et il est révélé aux marins arabes par Bîrûnî (XLIII, p. 6/j) et surtout par les Instructions nautiques de Sulaymân al-Maurî (sufra, p. 102), quelque cent ans avant l'époque où le commandant Mathijs QuAST est chargé d'aller rechercher l'Ile de
l'or à l'est du Japon.
Le Kitâh al-minhftj de Sulaymân al-Maharî a une courte section (Juâj) consacrée aux distances entre certains ports de l'Océan Indien (ms. 2 5 69, fol. 22 r°). Aux lignes G-7, il est dit ceci : 4^«>Jî 5 (^^jJO()yxj J-iL^^ ^y^ ijy-^*-^ Jjwt^-uJî^ (^^3 j5j-^ JJl^ ^b u^y^^ «comme [entre] les îles Zurïn et les Sawâhil (côte orientale d'Afrique), il y a 60 zmn [= 180 heures de route] de distance; comme entre [l'ile de] Tayzam-turî et les Maldives, il y a 20 zâm [== 60 heures de route] de distance 55.
Dans la Hâwiija de Ibn Mâjid qui est datée du 1 3 septembre 1/162, la même île est également mentionnée (ms. 2292, fol. 107 v°, vers 10) :
^'; U^/^ iS^y («'0 fj^'' (:J^^ U-^^
Entre elle (Fane des Maldives cilée au vers précédent) et Tayzamtûrï, il y a 20 zâm.
En marge de ce vers, une main étrangère, très différente de celle du copiste, a écrit : t-^*x)l Sjj^rs- = o>jft<xM iy^ «l'île de Torw. Sïdï 'Alï, dans son Miihït, nous a conservé la légende de cette île de l'or :
[Le sol de] l'île de Tayzam-tùrï est connu comme terrain aurifère, comme il ne peut pas y en avoir un second au monde. On raconte qu'une fois, un commerçant indien était ailé pour affaires, du port de Surat de la province de Guzerate, dans les districts du Bengale. Comme il revenait du Bengale [à Surat] avec des marchandises, sa route le fit passer devant l'île de Tayzam-tûrï. Le marchand jeta l'ancre, vint sur l'île et s'empressa de faire cuire son repas. La chaleur du feu fit entrer l'or en fusion et il coula de tous les côtés. Lorsque celui-ci vit cela, il jeta par dessus bord toutes les marchandises qui se trouvaient sur le navire et le chargea avec la terre de l'île. Lorsque, avec l'aide d'Allah, il fut de retour dans le port de Surat, il donna au Fadisâh du Guzerate une partie [de la leri'e lapportée] et fit construire dans le port de Surat un talàw profond, c'est-à-dire un gigantesque bassm tout en pierre pour lequel il avait dépensé sur la part qui lui restait un kulûr, c'est-à-dire 100 lak [= lo millions de pièces de monnaie]. On n'avait jamais vu encore dans le monde entier une construction semblable (trad. Bittner, dans mes Relations de voyages, t. II, p. 54 1).
En fait, ni Ibn Mâjid, ni Sulaymân al-Mahrî ne mentionnent cette île de l'or purement légendaire; leurs Instructions nautiques sont des travaux scientifiques où la réalité seule est enregistrée. L'amiral turk, au contraire, ne néglige pas le folk-lore; il a Intercalé cette disgression sur l'île de Tayzam-tùri dans le passage du Kilâb al-minhâ] qu'il est censé traduire, sans prévenir le lecteur qu'il s'agit d'une addition de fon cru.
Cette croyance en l'île de l'or était si fortement ancrée dans l'esprit des découvreurs des xvii' et xvnf siècles, qu'on la trouve portée sur des cartes européennes et même sur des caries marines. Godinlio, par exemple, inscrit près de la côte occidentale de sa ç^ Sumatra moderne» (fol. 2/1 v" de la Decinraçam)
un archipel situé entre i° et ;2° de latitude Nord et correspondant à peu près à l'ile de Nias, au-dessous duquel est noté «ouroîi. Non loin de là, entre l'équateur et i° Sud, une autre île est appelée «Pulomâs 55 = malais Pûlaw mas, «île de l'or 55 — c'est probablement la Tanah Masa de Tarchipel des Batu. Linschoten, qui a beaucoup emprunté aux Portugais, a inscrit sur sa carte de l'Extrême-Orient une «Beach prouincia aurifera», située droit au sud de Java, entre 16° et 20° de latitude méridionale. C'est évidemment la Veach ou Beach de Godinho; la partie méridionale de cette «province aurifère» se confond avec le cadre de la carte et l'on ne sait s'il s'agit d'une île ou d'un continent. Cette hantise des îles de l'or se manifeste encore à la fin du xvnf siècle dans les cartes marines de \ Oriental Pilot. Elles figurent sur la carie 82 , entre 1° et 2" Nord et respectivement par 92° 3 0', 87° et 83° de longitude : «Ouro according to the Dutch. [Incertain 55 , «Another Ouro equally uncertainw, «Ouro or Owra. According to the English. Ils Situation and existence Uncertain » (cf. également la carte /i 7 du même atlas). La carte 1 7 est intitulée : A chartofthe Indian ïslands, with the Coasts of the Continent from Cahninera Point to Amoye in China, draivn from the Best Journals and Remarks of Navigators, ascertained hij astronomical observations, and improved from the last édition of the Neptune Oriental o/'Mons'' D'après de Mannevillette. Sur celte carte, entre 82" et 93° de longitude orientale de Londres, et o''3o' et 2° de latitude nord, sont inscrits, de l'est à l'ouest, trois îles ou groupes d'îles avec les inscriptions suivantes : «Ouro [portugais «orw] according to the Dutch», «another Ouro e(|iially uncertain» et «Shoal of Ouro uncertain». C'est évidemment un souvenir, transmis par les Hollandais (d'après le cartographe anglais), des lies de l'or que chercha vainement Diogo Pacheco.
Le ioWLî ics^l\ et le ^l^i v^ ^^ Sulaymân al-Maharî consacrent chacun une section aux îles Zarîn.