EXERCICES DE RÉCAPITULATION SUR L'EMPLOI DE TOUS LES TEMPS
Mettez le temps convenable.
Il faut que je vous conter une petite historiette, qui être vraie et qui vous divertir. Le roi se mêler depuis peu de faire des vers ; MM. de St-Aignan et Dangeau lui apprendre comme il falloir s'y prendre. Il faire l'autre jour un petit madrigal que lui-même ne trouver pas trop joli. Un matin, il dire au maréchal de Grammont : « Monsieur le maréchal, je vous prie, lire ce petit madrigal, et voir si vous en voir jamais de plus impertinent. Parce qu'on sait que depuis peu f aimer les vers, on m'en apporter de toutes les façons. -> Le maréchal, après lire, dire au roi : « Sire, Votre Majesté juger divinement bien de toutes choses ; il est vrai que voilà le plus sot et le plus ridicule madrigal que Je lire jamais. » Le roi se mettre à rire et lui dire : « N'est-il pas vrai que celui qui le faire est bien fat? — Sire, il n'y a pas moyen qu'on lui donne un autre nom. — Oh ! bien ! rf/re le roi, je être ravi que vous m'en parler si bonnement, c'est moi qui le faire. — Ah ! Sire, quelle trahison ! Que Votre Majesté me le rendre; je le lire brusquement. — Non, Monsieur le maréchal : les premiers sentiments être toujours les plus naturels ».
Le roi rire fort de cette folie, et tout le monde trouver que voilà la plus cruelle petite chose que l'on poiivoit^ faire à un vieux courtisan. — Pour moi, qui aime toujours à faire des réflexions, je vouloir que le roi en faire là-dessus et qu'il jw^er par là combien il est loin qu'il contiaisse jamais la vérité. (Mme de Sévigné, Lettres.)
Demain ! Il fut un temps où ce mot contenir pour moi la plus belle des magies. En le proyioncer, je voir des figures inconnues et charmantes me faisant signe du doigt et murmurant: « Venir ! » J'aimais tant la vie alors! y avoir en elle la belle confiance d'un amoureux, et je ne penser pas qu'elle pouvoir me devenir sévère, elle qui pourtant t'^/"e sans pitié.
Je ne l'accuse pas. Elle ne me faire pas les blessures qu'elle a fait à d'autres. Elle m'a même quelquefois caressé par hasard, la g^rande indifférente ! En retour de ce qu'elle me prendre ou refuser elle m'a donné des trésors auprès desquels tout ce que je désirer n'était que cendres et fumée. Malgré tout, je perdre l'espérance, et maintenant je ne puis entendre dire : «A demain! » sans que J'éprouve un sentiment d'inquiétude et de tristesse.
Non ! je n'avoir plus confiance en mon ancienne amie, la vie. Mais je Vainier encore. Tant que je ro«r son divin rayon briller sur trois fronts blancs, sur trois fronts aimés, je dirai qu'elle être belle et je la bénir.
(Anatole France, Le Livre de mon ami.)
Un jour, à la fin d'une de ses promenades, il revenir a.\x pays des Hêtres. Cètre maintenant une sombre forêt, presque noire, avec des feuillages impénétrables. Il aller sous la voûte immense, humide et profonde, regrettant la brume verdoyant, ensoleillé et légère des petites feuilles à peine ouvert; et, comme il suivre un étroit sentier, il s'arrêter, saisi d'étonnement, devant deux arbres enlacer.
Aucune image de sa vie plus violant et plus éinouvant ne pouvoir frapper ses yeux et son âme : un hêtre vigoureux étreindre un chêne élancé.
Gomme un être désespéré au corps puissant et tourmenté, le hêtre, tordant, ainsi que des bras, deux branches formidables, enserrer le tronc du chêne en les refermer sur lui. L'autre, tenu par cet embrassement, allonger dans le cieU bien au-dessus du front de son agresseur, sa taille droite, lisse et mince, qui sembler dédaigneuse. Mais, malgré cette fuite vers l'espace, cette fuite hautaine d'être outragé, il porter dans le flanc les deux entailles profondes et depuis longtemps cicatriser que les branches irrésistibles du hêtre creuser dans son écorce. Souder à jamais par ces blessuresfermer, ils pousser ensemble, en mêler leurs sèves, et, dans les veines de l'arbre violé, couler et monter jusqu'à sa cime le sang de l'arbre vainqueur.
Mariolle s'asseoii' pour les regarder plus longtemps. Ils devenir en son àme malade, symboliques, effrayants et superbes, ces deux lutteurs immobiles qui raconter aux passants l'histoire éternelle de sa vie. (Grv de Maupassant.)
Dès que le canon des Suédois faire brèche aux retranchements, ils s'avancer la baïonnette au bout du fusil, ayant au dos une neige furieuse qui donner au visage des ennemis. Les Russes se faire tuer pendant une demi-heure sans qu'ils quittassent les revers des fossés. Le roi attaquer à la droite du camp où être le quartier du czar; il espérer le rencontrer, ne savoir pas que l'empereur lui-même être chercher ces quarante mille hommes qui devoir a.TT\vev dans peu. Aux premières décharges de la mousqueterie ennemie, le roi recevoir une balle à la gorge; mais c'être une balle morte qui s'arrêter dans les plis de sa cravate noire et qui ne lui fait^e aucun mal. Son cheval être tué sous lui. M. de Spaar me dire que le roi sauter légèrement sur un autre cheval, pendant qu'il disait : « Ces gens-ci me faire faire mes exercices, » et continuer de combattre et de donner les ordres avec la même présence d'esprit. Après trois heures de combat, les retranchements être forcés de tous côtés. Le roi poursuivre la droite jusqu'à la rivière de Narva avec son aile gauche, si l'on pouvoir appeler de ce nom environ quatre mille hommes qui ea poursuivre pvès de quarante mille. Le pont ro/;ipre sous les fuyards : La rivière fut en un moment couvert de morts; les autres, désespérer, retourner à leur camp sans qu'ils sussent où ils aller. Ils trouver quelques baraques derrière lesquelles ils se mettre; là, ils se défendre encore, parce qu'ils ne pouvoir pas se sauver ; mais enfin leurs généraux Dolgorouky, Golloflcin, Federowitz, venir se rendre au roi et mettre leurs armes à ses pieds.
(Voltaire, Histoire de Charles XII.)
Déjà Henriette être debout ; elle marcher vers lui.
— Cêtre vous, Francis, lui dire-eWe. Comment ./e 7ie pas vous entendre entrer? Il y a longtemps que vous être ici?
— Très longtemps, répondre-\\, et il lui prendre la main. Mais pardon de vous avoir efjrayer.... je devoir ia.nt savoir que ces petites surprises vous font mal...
— Un doux mal cette foïs,dire-e\\e pendant qu'elle riait, si vous êtes bien. Et elle insister : Dites vite comment vous vous sentir maintenant. J'ai eu peur que vous n'avoir pris ces vilaines fièvres dont on nous menacer toujours. Nous
vous espérer pour le thé et nous n'avons pas même osé demander de vos nouvelles. Vincent aller écouter à votre porte, et, comme vous ne faire aucun bruit, il penser que vous reposer. Vous avez le feu aux mains encore...
— C'ètre un peu de fatigue causer sans doute par ce soleil, répliquer-W. Mais elle être tout à fait passée. Et sa voix se faire insistant pour répéter : tout à fait. Ce n'est même plus la peine que nous en parlions. Vous me laisserez m'asseoir auprès de vous et vous me raconterez comment vous employer cette après-midi où vous vous promener....
— Nulle part, interrompit la comtesse. Henriette ne vouloir jamais sortir. Elle recommencer de n'être pas raisonnable en s'inquiétant comme si vous aller être malade.
— Vous me calomnier, maman, dit la jeune fille à qui revenir ses fraîches couleurs; Ravoir ma correspondance en retard et ]' écrire des lettres toute l'après-midi. Voulezvous les voir? (Paul Bourget, La Terre promise.)
Quand les Barbares détruire le monde romain, le latin classique continuer cependant en Gaule à être la seule langue qu'on écrivait, la langue de l'Etat et de l'Eglise, et cela par une invincible nécessité: on ne pouvoir le remplacer ni par le latin vulgaire, qui n'en être aux yeux de tous qu'un usage vicieux, ni par l'allemand, que la majorité ne comprendre pas, et que les Francs eux-mêmes avaient si peu l'idée d'écrire qu'ils faire rédiger en latin leur loi nationale. Il résulter de là que la classe ecclésiastique ou plutôt cléricale, qui embrasser au moyen âge, à peu d'exceptions près, toutes les professions intellectuelles, garder l'usage du latin, même quand on avoir commencé à écrire en français, Veatretenir dans les écoles, \e jjerjjé tuer pendant tout le moyen âge comme langue savante et sérieuse. C'ètre là un événement de grande importance, un fait capital, qui détruire toute harmonie dans la production littéraire de cette époque : il séparer la nation en deux, et être doublement funeste, en soustraire à la culture de la littérature nationale les esprits les plus distingués et les plus instruits, et en les emprisonner dans une langue morte, étrangère au génie moderne, où une littérature immense et consacrée leur i/)(poserses\dèQS
et ses formes, et où il leur èt7^e à peu près impossible qu'ils développassent quelque originalité. (Gaston Paris,
La littérature française au moyen âge.)
Landry, qui être un peu fier de son naturel, se fâcher dans un autre moment : mais il était si accablé qu'il ne dire mot et s'en retourner du côté de la rivière, décidé à se mettre à l'eau, bien qu'il ne savoir encore plonger ni nager. Mais, comme il marcher la tête basse et les yeux ficher en terre, il sentir quelqu'un qui lui taper sur l'épaule, et, se retourner, il vit la petite fille de la mère Fadet, qn'onappeler dans le pays la petite Fadette, autant parce que c'ètre son nom de famille que parce qu'on vouloir qn' eWe être un peu sorcière aussi. Vous savoir tous que le fadet ou farfadet, qu'en d'autres endroits on appeler le follet, est un lutin fort gentil, mais un peu malicieux. On appelle aussi fades les fées auxquelles, du côté de chez nous, on ne croire plus guère. Mais que cela vouloir dire une petite fée, ou la femelle du lutin, chacun en la voir s'imaginait qu'il voir le follet, tant elle être petite, maigre, ébouriffée et hardie. C'ètre un enfant très causeur et très moqueur, vif comme un papillon, curieux comme un rouge-gorge et noir comme un grelet. Et quand je mets la petite Fadette en comparaison avec un grelet, c'ètre vous dire qu'elle n'être pas belle, car ce pauvre petit cricri des champs est encore plus laid que celui des cheminées. (Georges Sand, La petite Fadette.)
Au fond de son âme, cependant, elle attendait un événement. Gomme les matelots en détresse, elle promener sur la solitude de sa vie des yeux désespérer, cherchant au loin quelque voile blanche dans les brumes de l'horizon. Elle ne savoir pas quel être ae hasard, le vent qui la pousserait jusqu'à elle, vers quel rivage il la mener, s'il être chaloupe ou vaisseau à trois ponts, chargé d'angoisses ou plein de félicités jusqu'aux sabords. Mais chaque matin, à son réveil, elle Vespérer pour la journée, et elle écouter iows les bruits, se lever en sursaut, s'étonner qu'il ne venir pas; puis, au coucher du soleil, toujours plus triste, désirer qu'elle fût au lendemain...
Les journées allaient donc maintenant se suivre ainsi à la file, toujours pareilles, innombrables, et n'apportant rien ! Les autres existences, si plates qu'elles être, avoir du moins la cliance d'un événement. Mais pour elle, rien n'arriver, Dieu l'avait voulu ! L'avenir être un corridor tout noir, et qui avait au fond sa porte bien fermée.
(Gustave Fi..\ubert.)
Le miraculeux passage du St-Bernard par Napoléon l'est moins que celui de 1515, exécuté avec les moyens tellement inférieurs de l'époque. L'artillerie être beaucoup pins pesant alors, et le génie n'être pas né. Le passage être si brusque et si inattendu, que le général ennemi, Prosper Colonna, être trouvé à table par le chevalier Bayard et demander si les Français descendre du ciel...
La Durance une fois passer, on /uonter jusqu'au rocher de St-Paul qui arrêter court. On le percer avec le fer, travail énorme qui se faire en un jour. On n'être encore qu'à Barcelonnette, c'est-à-dire au pied des Alpes.
La chaîne centrale des monts se d.resser ici, le dos monstrueux qui séparer les eaux qui aller au Rhône de celles que recevoir le Pô. Pietro Navarro qui être l'inventeur des mines, faire sa route à force de poudre, faisant sauter des blocs énormes. C'être encore le plus facile. Le plus hasardeux était sur les rapides glissades au-dessus des précipices, qu'on accrochât et qu'on enfonçât les premiers pieux sur lesquels on devoir jeter des ponts, qu'on établit le long des abîmes des galeries en bois où les chevaux oser passer et sur ces frôles improvisations de charpentes, tremblant, gémissa7it et criant, qu'on roulât soixante-douze gros canons de bronze. Souvent on n'oser le faire. Et alors, avec des câbles, on descendre les canons au fond de l'abîme, pour les remonter de l'autre côté avec un efîort infini...
On trouver enfin la pente italienne et la vallée de la Stura. Mais là, le mont Pic di Porco se mettre encore en travers, dernière défense que les Alpes vaincre opposer à cette titanique entreprise. On la franchir le quatrième jour, et, le cinquième, on être dans les plaines de Saluées, à l'entrée de la Lombardie. (Michelet, Histoire de France.)
Est-ce à dire qu'après l'école romantique il n'y avait plus rien à découvrir en poésie ? Je ne dire pas cela. Il y avoir quelque chose peut-être. Quoi ? Je ne savoir. Quelque chose de moins précis, de moins raisonnable, de moins clair, de plus chantant, de plus rapproché de la musique que la poésie romantique et parnassienne. Noti-e poésie a toujours trop ressemblé à de belle prose. Ceux même qui y 7nettre le moins de raison en mettre encore trop. Imaginer quelque chose d'aussi spontané, d'aussi gracieusement incohérent, d'aussi peu oratoire et discursif que certaines rondes enfantines et certaines chansons populaires, des séries d'impressions noter comme un rêve. Mais supposer en même temps que ces impressions être très fines, très délicates et très poignantes, qu'elles être d'un poète un peu malade qui a beaucoup exercé ses sens et qui vivre à l'ordinaire dans un état d'excitation nerveuse. Bref, une poésie sans pensée, à la fois primitive et subtile, qui n' exprimer ]yo\ni des suites d'idées lier entre elles (comme /rare la poésie classique) ni le monde physique dans la rigueur de ses contours (comme faire la poésie parnassienne), mais des états d'esprit où nous ne distinguer pas bien les choses, où les sensations être si étroitement unies aux sentiments, où ceux-ci naître si rapidement et si naturellement de celles-là qu'il suffire que nous notions nos sensations au hasard et comme elles se présenter pour que nous exprimions par là même les émotions qu'elles éveillent successivement dans notre âme.
(Jules Lemaitre, Les Contemporains.)
Il y a quatre hommes, qui dans les arts et dans les lettres, se sont élevés au-dessus de tous les autres, tellement audessus qu'ils semUer d'une race à part : Dante, Shakespeare, Beethoven et Michel-Ange. Ni la science profonde, ni la possesion complète de toutes les ressources de l'art, ni la fécondité de l'imagination, ni l'originalité de l'esprit, ne suffire à leur donner cette place ; ils avoir tout cela ; mais tout cela être secondaire. Ce qui les porter à ce rang, c'être leur âme, une âme de dieu tombé, tout entière soulever par un effort irrésistible vers un monde disproportionné au nôtre, toujours combattant el souffrant, toujours en travail et en
iT^nJn'ul ^J"V-/"''P^^'' ^" S'assouvir comme de s'abattre •s e/>Zi;/02/er solitairement à dresser devant les hommes es colosses aussi effrénés, aussi forts, aussi doulourTusem 'n sublimes que son impuissant et insatiable désir
Par ce trait, Michel-An^e être moderne, et c'ètre pour cpla peut ère qu'aujourd'hui nous le comprenons sans eiïor Etre-M plus infortuné que Ies| autres hommes ? Quan on regarder les événements du dehors, il sembler que non ^\ra.s la souffrance se mesurer à l'ébranlement de l'être in" teneur, non au choc des choses extérieures, et s'il y avoir jamais une ame capable de transport, de frémissement et 1 mdignation, c'etre celle-là. (Taixe, Voyage en / J[e )
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UXE AURORE BORÉALE
Les premières lueurs, encore douteuses, apparaissent à 1 horizon du Nord comme une aube indécise. Un a ge "eo-! ment sombre do nuances, dans lequel Bravais croere reconnaître la masse des brumes qui peser au loin sur a mer se dessiner en noir à travers le ciel, dans la direction ^00^6 magnétique mais bientôt une courbe de lumière se moUrer du-dessus de la strate épaisse de vapeurs, semblable à une arcade immense déploger de l'une à l'autre extrém té de la Terre. La lueur d'un blanc jaunâtre gagner rapidement en éclat, sans qu'elle éteigne pourtant le feu des étoileSS •; lant au travers, elle falgurer, elle onduler et si dTnacer comme la flamme .s.co.^.r par lèvent; parfois aus^ e e fe repartir en masses symétriques, on croire qu'on voU\Ts ouvertures flamboyant d'un édifice dont la içlL rester dans les ténèbres Souvent un deuxième arc lumineux, puTs untroisie..meoumème d'autres encore, .9Vrrronr?/r au-dessus du premier, et leurs nappes de feux concentriques ^Sr jusque dans le haut du ciel. Pendant quelque temps ces ar ches de lumière éclairer seules l'espace ; mais o??ô,> Lu-" dain des rayons colorés qui s'élancent dos arcs v4? le zénith en faisceaux convergeant. A la base le vert, au centre le .jaune d'or, à l'extrémité le rouge pourpre se sùccéderré gu lierement sur ces fusées, ajoutant ainsi à la Iplndeur^è'
fin d,r. ^^'^."'^"•''^' ''^'°''° o^^errer par Mauper.uis, à la h onn^i ,1 r 'p'f'' '" '°"^' ^^^^'^ ^^'^^6 tellp intensité que la constellation d'Onon sembler tioyer dans le sang...
La variété de leurs formes changeant être infinie: tantôt les deux bases de l'arcade cesser de reposer sur l'horizon et la nappe lumineuse onduler et se reployer sur elle-même comme une immense draperie franger; tantôt les gerbes de rayons, brusquement arrêter dans le ciel, semblent gw'eZ^es se réunissent en une coupole d'or; souvent elles sont séparées les unes des autres comme par des colonnes de fumée, et tour à tour les lueurs de l'aurore s'éteindre et se rallu- ^^^QP (Elisée Reclus, La Terre.)
Un soir, il faisait un profond calme, nous nous trouver dans ces belles mers qui baigner les rivages de la Virginie, toutes les voiles étaient pliées; j'étais occupé sous le pont, lorsque i'entendre la cloche qui appeler l'équipage à la prière : je me hâtai d'aller mêler mes vœux à ceux de mes compagnons de voyage. Les officiers être sur le château de poupe avec les passagers; l'aumônier, un .livre à la main, se tenait un peu en avant d'eux; les matelots étaient répandus pêle-mêle sur le tillac: nous être tous debout, le visage tourné vers la proue du vaisseau, qui regarder l'occident. Le globe du soleil, prêt à se plonger dans les flots, apparaissait entre les cordages du navire au milieu des espaces sans bornes. On rfire, par les balancements de la poupe, que l'astre radieux changeait à chaque instant d'horizon. Quelques nuages étaient jetés sans ordre dans l'orient, ou la lune ;;?on^er avec lenteur; le reste du ciel était pur: vers le nord, formant un glorieux triangle avec l'astre du jour et celui de la nuit, une trombe, brillant des couleurs du prisme, s'élever de la mer comme un pilier de cristal supportant la voûte du ciel. , , n. Il être bien à plaindre celui qui, dans ce spectacle, n eilt point reconnu la beauté de Dieu. Des larmes couler maigre moi de mes paupières, lorsque mes compagnons otant leurs chapeaux goudronnés, vinrent à entonner d'une voixrauque leur simple cantique à Notre-Dame de Bon- secours, patronne des mariniers. Qu'elle était touchante la prière de ces hommes qui, sur une planche fragile, au milieu de 1 Océan, contempler le soleil couchant sur les flots! Comme elle allait à l'âme, cette invocation du pauvre matelot a la mère de douleur! La conscience de notre petitesse à la vue de 1 infini nos chants détendant au loin sur les vagues, la nuit
qui s'approchait avec ses embûches, la merveille de notre , vaisseau au milieu de tant de merveilles, un équipage religieux, saisi d'admiration et de crainte, un prêtre auguste en prières, Dieu pencher sur l'abîme, d'une main retenir le soleil aux portes de l'occident, de l'autre élever la lune dans l'orient, et prêtant, à travers l'immensité, une oreille attentive à la voix de sa créature : voilà ce qu'on ne savoir peindre, et ce que tout le cœur de l'homme suffire 'à peine pour sentir. (Chateaubriand, Le Génie du christianisme.)
Ce qui arrêtait ces dames, c'était le spectacle prodigieux de la grande exposition de blanc. Autour d'elles, d'abord, il y avoir le vestibule, un hall aux glaces claires, pavé de mosaïques, où les étalages à bas prix retenir la foule vorace. Ensuite, les galeries s'enfonçaient, dans une blancheur éclater, une échappée boréale, toute une contrée de neige déroulant l'infini des steppes tendues d'hermine, l'entassement des glaciers allumer sous le soleil. On retrouver le blanc des vitrines du dehors, mais avivé, colossal, briller d'un bout à l'autre de l'énorme vaisseau, avec la flambée blanche d'un incendie en plein feu. Rien que du blanc, tous les articles blancs de chaque rayon, une débauche de blanc, un astre blanc dont le rayonnement fixe aveugler d'abord, sans qu'on pouvoir distinguer les détails, au milieu de cette blancheur unique. Bientôt les yeux s'accoutu/)(er: à gauche la galerie INIontigny allongeait les promontoires blancs des toiles et des calicots, l(>s roches blanches des draps de lit, des serviettes, des mouchoirs; tandis que la galerie Michodière, à droite, occuper parla mercerie, la bonneterie et les lainages, exposer des constructions blanches en boutons de nacre, un grand décor bâti avec des chaussettes blanches, toute une salle recouvriras molleton blanc, écl'iirer au loin d'un coup de lumière. Mais le foyer de clarté rayonnait surtout de la galerie centrale, aux rul)ans,elaux fichus, à la ganterie et à la soie. Les comptoirs disparaître sous le blanc des soies et des rubans, des gants et des fictuis. Autour des coloiinettes de fer, s'élevaient des bouillonnes de mousseline blanche, nouer de place en place par des foulards blancs. Les escaliers étaient garnis de draperies blanches, des draperies de piqué et de hasin alternées, (]ui filer
le lon^»- des rampes, entourer les halls, jusqu'au second étage; et cette montée de blanc prenait des ailes, se pressait et se perdait comme une envolée de cygnes. Puis, le blanc y^etomber dos voûtes, une tombée de duvet, une nappe neigeuse en larges flocons; des couvertures blanches, des couvre-pieds blancs, battaient l'air, accrocher, pareils à des bannières d'église; de longs jets de guipure t?'averser, se^nble?^ suspendre des essaimsdepapillonsblancs, au bourdonnement immobile; des dentelles frissonnaient de toutes parts, flottaient comme les fils de la Vierge par un ciel d'été, emplissaient l'air de leur haleine blanche. Et la merveille, l'autel de cette religion du blanc, é^/'e au-dessus du comptoir des soieries, dans le grand hall, une tente faite de rideaux blancs, qui descendre du vitrage. Les mousselines, les gazes, les guipures d'art, couler à flots légers, pendant que des tulles brodés, très riches, et des pièces de soie orientale, lanier d'argent, servir de fond à cette décoration géante, qui tenait du tabernacle et de l'alcôve. On dire un grand lit blanc dont l'énormité virginale attendre, comme dans les légendes, la princesse blanche, celle qui devait venir un jour toute puissante, avec le voile blanc des épousées. (Zola, Au bonheur des dames.)
Venise est la perle de l'Italie; je ne rien voir d'égal : je ne savoir qu'une ville qui en approche, de bien loin, et seulement pour les architectures, c'ètre Oxford. Dans toute la presqu'île, rien ne pouvoir lui être comparer. Quand on se rappeler les sales rues de Rome et de Naples, quand on penser aux rues sèches, étroites de Florence et de Sienne, quand ensuite on regarder ces palais de marbre, ces ponts de marbre, ces églises de marbre, celte superbe broderie de colonnes, de balcons, de fenêtres, de corniches gothiques, mauresques, byzantines, et l'universelle présence de l'eau mouvoir et luire, on se demande pourquoi on perdre dexi-^ mois dans les autres villes, pourquoi on ne pas employer tout son temps à Venise. On faire le projet de s'y établir, on se jure qu'on y reviendra; pour la première fois, on admirer non pas seulement avec l'esprit, mais avec le cœur, les sens, toute la personne. On se sent prêt à être heureux ; on se dit que la vie est belle et bonne. On n'a qu'à ouvrir
les yeux, on n'a pas besoin de se remuer; la gondole avancer d'un mouvement insensible; on est couché, on se laisse aller tout entier, esprit et corps. Un air moite et doux arriver aux joues. On voir onduler sur la large nappe du canal les formes rosées ou blanchâtres des palais endormis dans la fraîcheur ou le silence de l'aube; oh oublier \.omV, son métier, ses projets, soi-même; on regarde, on cueille, on savoure, comme si tout d'un coup, affranchir de la vie, aérien, on joZaner au-dessus des choses, dans la lumière et dans l'azur. (Taine, Voyage en Italie.)
Au bout de quelques instants l'enfant avait disparu. Le soleil se coucher, l'ombre se faire autour de Jean Yaljean. Il ne pas manger de la journée ; il est probable qu'il avoir la fièvre.
Il était resté debout et n'avait pas changé d'attitude depuis que l'enfant s'enfuir. Son souffle soulevait sa poitrine à des intervalles longs et inégaux. Son regard, arrêter k dix ou douze pas devant lui, sembler étudier avec une attention profonde la forme d'un vieux tesson de faïence bleue tombé dans l'herbe. Tout à coup il tressaillir, il venir de sentir le froid du soir.
Il raffermir sa casquette sur son front, chercher macliinalernent à croiser et à boutonner sa blouse, faire un pas, et se baisser pour reprendre à terre son bâton. En ce moment, il apercevoir \a. pièce de quarante sous, que son pied avait à demi enfoncée dans la terre et qui briller parmi les cailloux.
Gètre comme une commotion galvanique. — Qu'est-ce que c'est ça? dit-il entre ses dents. Il reculer de trois pas, puis s'arrêter sans pouvoir détacher son regard de ce point que son pied /bw^er l'instant auparavant, comme si cette chose qui luisait là dans l'obscurité être un œil ouvert /?a:cr sur lui.
Au bout de quelques minutes, il s'e7r//ice/' convulsivement vers la pièce d'argent, la saisit, et, se redresser, se mita regarder au loin dans la plaine, debout et frissonner comme une bête fauve effarée qui chercher un asile. Il ne vil rien. La nuit tomber, la plaine être froide et vague, de grandes brumes violettes monter dans la clarté crépusculaire.
Il dire : << Ah! » et se mit à marcher rapidement dans une
cerlaine direction, du côté où l'enfant disparaitre. Après une trentaine de pas, il s'arrêter, regarder et ne vo^'r rien.
Alors il cria de toute sa force : — Petit-Gervais! PetitGervais !
Il se lut et attendit. Fiien ne répondre. La campagne être déserte el morne. Il être environné de l'étendue. Il n'y avait rien autour de lui qu'une ombre où se perdre son regard et un silence où sa voix se perdait.
Une t)ise glaciale souffler et donner aux choses autour de lui une sorte de vie lugubre. Des arbrisseaux secouer leurs petits bras maigres avec une furie incroyable. On d2re qu'ils menacer et poursuivre quelqu'un.
Il recommença à marcher, puis il se mit à courir, et de tem[)s en temps il s'«r/'6'^er et c/'/er dans cette solitude, avec une voix qui être ce qu'on pouvoir entendre de plus formidable et de plus désolé : — Petit-Gervais! Petit-Gervais! (Victor Hugo, Les Misérables.)
La muraille de nuée avait changé d'aspect. Elle n'avait plus son unité. Elle se froncer horizontalement en toucher au zénith d'où elle surplomber sur le reste du ciel. Elle avait maintenant des étages. La formation de la tempête s'y dessiner comme dans une section de tranchée. On distinguer les couches de la pluie et les gisements de la grêle. Il n'y avait point d'éclair, mais une horrible lueur éparse; car l'idée d'horreur pouvoir s'attacher à l'idée de lumière. On ente7%dre la vague respiration de l'orage. Ce silence palpiter obscurément. Gilliat, silencieux lui aussi, regarder se grouper au-dessus de sa tèle tous ces blocs de brume et se composer la dlfYormité des nuages. Sur l'horizon peser et s'étendre une bande de brouillard couleur cendre, et au zénith une bande couleur plomb; des guenilles livides />entifre des nuages d'en haut sur les brouillards d'en bas. Tout le fond, qui était le mur de nuages, était blafard, laiteux, terreux, morne, indescriptible. Une mince buée blanchâtre, transversale, arriver on ne sait d'où, couper obliquement, du nord au sud, la haute muraille sombre. Une des extrémités de cette nuée traîner dans la mer. Au point où elle touchait la confusion des vagues, on rtj9t'rcero/r dans l'obscurité un étoujfement de vapeur rouge. Au-dessus de la longue
nuée pâle, de petits nuages, très bas, tout noirs, voler en sens inverse les uns des autres comme s'ils ne savoir que dev'enir. Le puissant nuage du fond croissait de toutes parts à la fois, augmentait l'éclipsé et continuait son interposition lugubre. Il n'y acoir plus, à l'est derrière Gilliat, qu'un porche de ciel clair qui aller se fermer. Sans qu'on avoir l'impression d'aucun vent, une étrange diffusion de duvet grisâtre jo^sser éparpiller et émietter comme si quelque gigantesque oiseau venait d'être plumé derrière ce mur de ténèbres. Il s'était formé un plafond de noirceur compacte qui, à l'extrême horizon, toucher la mer et s'y mêler dans la nuit. On sentait quelque chose qui avançait. C'était vaste et lourd, et farouche. L'obscurité s'épaississait. Tout à coup, un immense tonnerre éclater.
(Victor Hugo, Les Travailleurs de la ruer.)
AXTONIX
Je pense, mon cher maître, que je aller vous demander la permission de m'absenter, maintenant que je finir ce travail.