PROJET D'EMPRUNT DE M. FICIIEL
Le Constitutionnel du 22 juin rapportait et recommandait laconiquement le projet d'emprunt présenté par M. FiclicI à l'honorable M. Humann, et que nous donnerons plus bas.
Soit coïncidence, soit plagiat, ce projet se recommande au public parce qu'il se fait l'écho de notre principe sur la nécessité d'un papier populaire. Dans le cas où la ressemblance de nos idées avec celles de M. Fichel serait uue simple coïncidence, nous serons heureux de pouvoir partager l'honneur de la découverte de ce principe, quoique le nôtre ait été annoncé eu France en juillet 1 837, parla brochure le Nouveau- Monde ,o\\ Projet financier d'une complète Réforme sociale, dont nos lecteurs pourraient encore trouver quelques exemplaires au cabinet de lecture, rue Montmartre, 10.
Danslecasde plagiat nous remercierons encore M. Fichel d'avoir su nous comprendre , nous voudrions même que cet honneur nous fût accordé tous les jours par les journalistes et les écrivains français, parce que la science de la banque de laquelle peut dépendre le bonheur de la France et du monde, et qui d'ailleurs est le pivot de (apolitique mercantile anglaise, se rendrait ainsi familière.
Les chambres de 1840 se montrèrent bien arriérées dans cette science en accordant un nouveau privilège À la banque. Napoléon disait au Conseil d'État eu 1805 :« Les Français ne savent pas ce que c'est qu'une banque, c'est toute une génération à créer. » Les chambres ne donnèrent pas la preuve qu'elles appartenaient à celte nouvelle génération parce que le grand capitaine ne pensa qu'à en faire des générations militaires.
Aussi est-il tombé victime de son erreur, et le principe de Pitt le fit mourir sur un rocher. C'est par celte science que l' Angleterre est devenue puissante et qu'elle aura toujours le monopole du commerce taut que la France ne s'occupera pas de banques.
Mais que n'apprcnncnt-elles pas les intelligences françaises, aussitôt qu'elles le veulent? Nous prions donc les notabilités de la presse de se rendre familière cette étude, qui dans son aridité contient le germe de toutes les réformes. Exiger l'amélioration du peuple sans pourvoir à l'avance à la bonne administration de la caisse, c'est supposer le bonheur possible dans la famille tout en laissant sans contrôle, au bon plaisir du caissier, les fonds destiués a la subsistance de ses membres.
L'Angleterre saura toujours respecter les Anglo- Américains parce qu'elle sait qu'en cas de guerre ils pourraient créer 'lOO millions de dollars de papier, comme elle sut créer 400 millions sterling pour abattre Napoléon. Voilà l'omnipotence du crédit. Prolétaires, prêchez l'association financière, abandonnez les paroles vides de sens dont nous avons été tous victimes, demande/ par des pétitions la rente du prolétariat, et vous serez heureux ! La foi que nous recommande M. Lamennais doit consister dans la banque nationale, et le quatt-d heure 1 pour obtenir votre bonheur et celui du monde arrivera lors de son installation.
» MoNsna'n lb Ministre ,
» Je prends la liberté d'appeler votre attention sur quelques idées relatives au projet d'emprunt dont le gouvernement s'occope en ce moment. Leur réalisation me semble offrir autant d'avantages aux prêteurs qu'aux emprunteurs.
• Jusqu'à présent les banbwtes de l'Angleterre ont été en quelque sorte naturalisées partout, grâce à la commodité de leurs subdivisions, grâce à la facilité de leur transport et de leur transmission, qui n'offre pas les m-
1 Or, ces lois oppressives peuvent êtres abolies en un quart d'heure. Les châtriez qu'a forgée* régoisme se briseront d'elles-mêmes, dès que le peuple souverain les louchera du doigt.
Problème : Trouver une organisation où tout le monde soit propriétaire.
Solution : Établir une organisation où nul ne soit propriétaire.
Ou bien :
Problème : Réaliser les conditions de la liberté universelle. Solution: Constituer la base d'un esclavage universel. «Prolétaires, hommes du peuple, croyez donc si vous voulez vivre, croyez, et votre foi vous sauvera, • ( Du passé et de Cavenir du peuple,)
convénicnts du métal, sur lequel la circulation donne même fréquemment au papier-monnaie une valeur de cours supérieure.
• C(t avantage immense, que l'Angleterre tire de son papier- monnaie, m'a frappé vivement, et je me suis demandé s'il ne serait pas possible que la France n'eût sous ce rapport rien à envier & set voisins. Un moyen bien simple d'arriver à ce résultat m'a paru réunir les conditions les plus avantageuses dans tin emprunt.
• Le gouvernement doit naturellement chercher a trouver de l'argent aux conditions les moins onéreuses, et il ^'éloignera inévitablement de celte chance en suivant la marche adoptée pour les emprunts précédents. Sans aucun doute il sera dans la nécessité de se mettre en rapport avec des banquiers qui feront leurs conditions en se chargeant de procurer par soumission les fonds nécessaires.
• Au lieu de traiter avec quelques capitalistes isolés, le gouvernement, fort de son crédit et agissant sans intermédiaire , peut aujourd'hui , s'il le veut, obtenir de l'argent au pair à raison de 8 p. °/o , en admettant le moyen que je propose cl qui consiste en ceci :
• 1° Emettre cinq cents millions d'obligations ou de titres au porteur, numérotés et divisés depuis 8,000 francs jusqu'à 5 francs;
• 2" Le remboursement aurail lieu dans vingl cinq ans par deux tirages chaque année ;
• 3° Sur le taux de l'inlérét 1 p. serait prélevé pour être mis a l'intérêt composé , et destiné à des primes attachées aux premiers numéros sortant à chaque tirage ;
• 4° I.cs obligations ou les tilrcs porteraient intérêt depuis le moumonl de leur émission jusqu'à celui de leur remboursement, et circuleraient avec leur augmentation progressive jusqu'au moment où le sort les appellerait;
• 5° La transmission aurait lien par la simple remise du litre. L'avantage immense que l'on pourrait retirer de ce mode d'emprunt ne me semble pas devoir être douteux.
• L'cxiguité des obligations, en les plaçant à la portée de toutes les fortunes , donnera la facilité d'en faire une monnaie courante dont la valeur augmentera d'une manière incessante, et, devenant une véritable valeur commerciale, établira d'autant plus la confiance dans l'emprunt.
• D'un autre côté, il est à remarquer que l'on se porte bien plus volontiers vers les valeurs auxquelles s'attachent quelques chances aléatoires, que vers les valeurs Gxes on dont la hausse et la baisse sont pour ainsi dire insensibles.
. Veuillez observer, Monsieur le Ministre, qu'il n'entre point dans mes idées de faire une loterie d'un emprunt. La différence de l'un à l'autre est
trop sensible; mais il est permis, je crois , d'admellrc qu'une immense quantité de petits rentiers, que séduisaient autrefois des chances bien douteuses , s'empresseront d'acheter des valeurs qui , en leur offrant des chances plus considérables que la loleric même , leur assureront encore le capital et le revenu, seront à la portée du plus mince bien-être, et rcsferont entre leurs mains, ou pourront circuler comme une pièce de monnaie.
• Si le projet que je soumets à vos lumières, Monsieur le Ministre, vous parait mériter quelque suite, je serais heureux d'avoir l'honneur de vous développer verbalement ma pensée tout entière . et je solliciterais dans ce but la faveur d'une audience.
• J'ai l'honneur , etc.
FIGUEL,
levard Montmartre. •
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