‹ L'enchantéeChapitre 24 sur 67 · SOUVENIR · texte numérisé non relu

SOUVENIR

Mon âme était sereine, et dormante, et limpide, En face de la mer dormante, l'autre soir. Mon âme n'avait pas de sillon, ni de ride En face de la mer opaline, miroir Où le soir immergeait son clair-obscur fluide.

Mon âme était limpide en face de la nuit Belle comme un matin dont l'aube serait bleue ; Elle était l'eau tranquille où nul vent ne bruit. Que pas un goéland n'effleure de la queue, Et que nul aviron ne trouble de son bruit.

D'où vient qu'est survenue une tristesse en elle ? Et d'où vient que, pareil au pêcheur inconnu Que l'on croyait parti pour l'absence éternelle, Un souvenir d'antan, ce soir, est revenu Me rechanter soudain sa vieille ritournelle?

Et telle une lueur du soir parmi la mer,

— Combien douce, combien fuyante, combien vaine ! —

D'où vient que j'ai senti, parmi mon cœur amer,

— Plus douce encor, et plus fuyante, et plus lointaine^

L'image de l'Aimée en face de la mer?...

Tunis, i893.

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