‹ L'enchantéeChapitre 29 sur 67 · TROISIÈME PAROLE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PAROLE

Mère, voici votre fils.

— Voici votre mère.

O Mère douloureuse, ayez pitié de nous !

Pour délivrer du mal notre âme repentie, Comme on offre une gerbe en prémice, à genoux. Vous avez présenté votre fils en hostie; Et pendant que, broyés par le divin courroux, Tous ses os gémissaient comme un grain sous la meule. Vous n'avez pas laissé sa douleur toute seule ;

Mais, vous mêlant vous-même à la Rédemption, Et pour que le Très-Saint outragé par nos crimes Obtînt un ineffable excès d'expiation, Dans votre cœur percé de sept glaives intimes, Vous avez enduré de sublimes douleurs.

Puis, tout en sachant bien quelle race nous sommes. Et ce qu'allait coûter le rachat des pécheurs, Sous la croix où Jésus fut cloué par les hommes, Mère, vous nous avez adoptés pour enfants 1

Ah ! votre œuvre n'est pas finie encor sur terre ! Si Jésus, descendu de ses clous triomphants. Est assis dans la gloire à la droite du père, La croix, toujours plantée au sommet du Calvaire, Etend sur nous ses bras inexorablement.

Et c'est nous, maintenant, nous tes fils, que la vie Dans un impitoyable et long crucifivcment Attache, tour à tour, sur cet arbre, ô Marie!

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Ce sont nos pieds, nos mains qu'elle cloue à ce bois. C'est nous qu'elle flagelle au plomb de ses lanières, Et c'est nous dont le sang ruisselle sous ses doigts, Comme l'eau d'un chemin creusé par des ornières.. — Et, quand le sort mauvais nous déchire le cœur. Elle n'a que du fiel à nous donner à boire; Et si, nous détournant de son roseau moqueur, Du fond de notre angoisse et de notre déboire, Nous crions : Elohim, lamma Sahacthani?

Souvent, hélas I le ciel reste sourd sur nos têtes.

Au nom de votre sein dont le Fruit est béni, Marie, ah ! demeurez sous la Croix où vous êtes ! Car nous ne sommes pas un Dieu comme le Christ, Nous ne sommes pas nés dans le sang d'une Vierge Et nous ne sommes pas les fils du pur Esprit, Pour ne point murmurer, comme lui, sous la verge. Eve nous a portés coupables dans ses flancs, Et notre chair est plus fragile que le chaume; Et si nous ne sentions que sur nos pieds sanglants. Goutte à goutte, votre pitié verse son baume ;

Si notre ombre n'avait l'étoile de vos yeux ; Si nous ne savions pas qu'à notre mort, ô Mère, Vous serez là, toujours, et que vos doigts pieux, Comme du miel cueilli sur une fleur amère, Emporteront vers Dieu notre amour pénitent, Oui, si nous n'étions pas certains de ce prodige, Lasse, peut-être, un jour, lasse de souffrir tant. Notre âme pourrait bien se sentir du vertige, Et se plaindre trop haut de son crucifiement.

Ainsi que le bélier révolté qu'on immole. Méconnaissant la main qui préside au tourment. Et qui de nos douleurs nous forge une auréole, Nous pourrions bien, hélas! en maudire les coups Et blasphémer le don divin de la souffrance... — Nous pourrions bien mourir dans la désespérance.

O Mère douloureuse, ayez pitié de nous

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