PITIÉ
Le printemps venu, quand les violettes
Rouvriront les yeux, Combien Ton verra de sombres squelettes
D'arbres sous les cieux î
LE CHANT DLi SEMEUR
Un soir religieux d'automne est par la plaine. Sur l'uniformité du paysage roux, Le soleil, arrondi comme une lune pleine. Projette ses rayons violacés et doux.
Seul, là-bas, en un champ dont la lisière est sombre, Le dos dans la lueur que verse le couchant. Ayant l'air de chasser devant lui sa grande ombre, Un laboureur épand la semence en marchant.
i/aUelage le suit. Par les mottes herbues
Traînant la herse aux dents luisantes, les deux bœufs
Profilent sur le ciel leurs statures trapues,
Et tanguent, en marchant, dans le terrain houleux.
Il va. La glèbe fume ainsi qu'une\endange. Et, tandis que le blé s'envole de sa main, Il se prend à chanter, très bas, un air étrange, Grave et triste comme un motet de chant romain.
Puis, par gradations et suivant la cadence
Des grands bois dont le vent tourmente les sommets,.
Il enfle et développe enfin sa voix immense
Dans les neumes d'un chant qui ne finit jamais.