LE CHANT DU SEMEUR
Ya, chante, ô laboureur, afin qu'en ses entrailles La terre avec amour reçoive tes semailles ;
Afin que, par moment, L'âme des bœufs que la chair tient enveloppée, Quand tu la berceras avec ta mélopée.
Frémisse doucement.
Chante, ô semeur! Depuis qu'en un rythme sublime Le Créateur a fait résonner sur l'abîme
Son verbe fécondant.
Le rythme est tout-puissant, le rythme est salutaire : Tout ce qui s'accomplit de sacré sur la terre
S'accomplit en chantant.
Or, plus que ton labeur nulle œuvre n'est profonde ; Car c'est un sacerdoce aussi vieux que le monde.
Et qui te vient des cieux.
Que de sacrifier à la terre en off'rande, Afin que l'an prochain la terre te le rende,
Le grain mystérieux.
24 L'EiNGHANTÉE
Chante, et qu'ainsi ta voix soit austère, soit mâle ; Et lorsque tes blés murs, en un remous d'or pâle.
Onduleront aux vents.
Dans les soirs de l'été, pareil à ton cantique, Un chant s'élèvera vénérable et mystique
De leurs épis mouvants.
Chante, et sème ton âme avec ta mélodie.
Pour qu'en mangeant le pain de ta moisson grandie
Tes fils, devenus forts, Sentent, comme le vin qui monte au bord des cuves. Quelque chose de toi s'élever en effluves
De ton âme à leur corps ;
Pour qu'ils soient comme toi patients et robustes Dans l'accomplissement de leurs labeurs augustes,
Et, quand viendra ton tour D'aller te reposer dans la vie éternelle, Pour qu'ils sachent aimer la terre maternelle
D'un filial amour.