LA MANNE
Sur le peuple qui dort en la blancheur des toiles, Cependant que la nuit se hâte vers Nébo, Tel un fleuve de lait ruisselant des étoiles, Sur Israël descend l'aube d'un jour très beau.
La bonté du matin dans l'air plane épandue ; Vers la fraîche clarté qui pleut du firmament, Les tentes, dont l'étoffe est par la nuit tendue, Respirent en un large et clair frémissement.
Et vers l'aube, où le dais rose du jour s'éploie, Du côté de la Terre où le Seigneur a dit Qu'Israël cueillera des vendanges de joie, Voici qu'un merveilleux nuage resplendit.
Puis, sur le lin vibrant des tentes matinales, Tel, au jour de Tété, dans Faire où midi luit. Le froment sous les pieds sonores des cavales. Un lumineux grésil se disperse et bruit.
Or, la Tribu surgit en des rumeurs d'abeilles ; Et, par groupes, s'en vont les femmes à pas lents, Qui pour la cueillaison emportant des corbeilles, Parmi la manne blanche enfoncent leurs pieds blancs.
Tunis, 1893.