LA VILLE MORTE
La ville d'autrefois est morte et solitaire : Les yeux de ses maisons pleurent comme des veuves^. Et, sur les murs de ses remparts, la vieille terre A tissé le filet de ses verdures neuves.
Les grelots d'or ne tintent plus au cou des mules. La chanson des âniers s'est tue, et les esclaves Ne font plus, en tournant la meule aux ergastules. Sonner le cliquetis de fer de leurs entraves.
Et, l'œil mi-clos sous leurs paupières altières, Les princesses d'amour et les patriciennes Ne s'alanguissent plus au rythme des litières Que règlent les accords des flûtes lydiennes.
...Et le palais s'élève, au sommet, dont la voûte N'a plus d'écho pour les tumultes de la joie, Car les chars triomphaux ont déserté la route Où, dans le gravier d'or, l'herbe haute verdoie.
La lambrusque a noué ses vrilles aux acanthes, Et les sarments entrelacés des chèvrefeuilles, Sur les hanches, autour du torse des bacchantes. Font ondoyer aux vents des tuniques de feuilles.
Du marbre qu'ont blessé des fêlures subtiles Rejaillissent les pleurs des natales fontaines ; Et le porphyre et le jaspe des péristyles Laissent suinter l'eau captive dans leurs veines.