LES FLEURS LAIDES
Dan=; les champs, dans les prés, sous les haies. Dans les bois pleins de nids gazouilleurs. Au printemps, quand les choses sont gaies, Il est d'amers chagrins pour des fleurs,
Pour les fleurs que jamais on ne cueille. Que les yeux des passants ne voient pas, Que jamais un corsage n'accueille, Dont aucun amoureux ne fait cas.
Tristes fleurs dont jamais une abeille N'a mêlé le miel à ses rayons, Où pas un ver luisant ne sommeille, Et que dédaignent les papillons.
Leur corolle est chétive, inodore, Et leur teint anémique et fané, Dès l'instant qu'elles peuvent éclore.
Leur fait l'air vieillot et suranné.
Ce sont là pourtant des fleurs que j'aime, Car, sous leurs dehors décolorés, Elles ont une âme tout de même.
Et souvent des charmes ignorés.
Car du moins leur laideur solitaire, Les couvrant de son humilité, A l'abri des regards de la terre.
Leur conserve leur virginité.