CHAPITRE XIII
entre eux, correspondre avec Rome, et aller se retremper eux-mêmes à la source de toute autorité et de toute doctrine. Les ordres religieux ont pris leur place au grand jour, comme les auxiliaires nécessaires du clergé séculier pour la prédication, pour l’en.seignement et pour toutes les œuvres de charité. Alors qu’il y a cinquante ans, l’enlèvement du Pape laissait l’Europe indilTérente, la seule inquiétude de voir le trône de Pie IX renversé cause dans tous les esprits une émotion indéfinissable. Dissidents et rationalistes en sont venus à reconnaître le caractère sacré de cette grande institution, clef de voûte de l’ordre social, et, autour de Pie IX, les évêques du monde entier, réunis en assises solennelles, ont proclamé la nécessité de son pouvoir temporel et la plénitude de sa souveraineté spirituelle.
Insensé qui voudrait nier cet immense progrès, cet éclatant réveil de la vie catholique, ou essayer de le comprimer par l’application des lois pénales édictées en l’an x. Le pouvoir a été plus sage, et il a su constater que, par son dédain, l’opinion publique avait frappé ces mesures d’impuissance. En ce moment, la question est de savoir si le catholicisme est vrai ou faux, si la société et le pouvoir seront catholiques ou rationalistes. Mais, soit que la raison moderne, soit que la raison catholique possède la vérité, chacun reconnaît que le propre de la vérité est d’être libre , indépendante de tout contrôle administratif, supérieure à toute autorité humaine. Dans l’état des esprits, pour
avoir le droit de toucher à une doctrine, il faut que l’État se soumette lui-même à une doctrine opposée, et qu’il lui rende publiquement hommage. 11 ne pourra plus rien contre l’Église s’il n'est ouvertement rationaliste, rien contre les ravages de l’incrédulité s’il n’est ouvertement catholique.
On fait de grands mais inutiles efforts pour échapper à cette alternative.
Dans la lutte qui va chaque jour grandissant, et où la raison moderne sera bientôt arrivée à la limite des expériences possibles, l’État, comme bien des gens, hésite, tâtonne, et voudrait garder une sorte de neutralité. Pendant que la Révolution , rejetant le catholicisme comme faux et dangereux, érige la raison en religion d’État, et que le catholicisme se proclame la seule religion vraie, ayant droit à l’adhésion du pouvoir comme à celle des citoyens, on flotte entre ces deux puissances inconciliables , on les ménage toutes deux , on leur accorde une demi-liberté , et , pour justifier ce rôle passif, on imagine un laisser-fairo théorique, qui ressemble beaucoup au principe politique de non-intervention. C’est une trêve , ce n’est pas une solution, et la question religieuse est une question réservée jusqu’au jour où la Révolution aura dit le dernier mot de ses réformes politiques et sociales.