‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 101 sur 219 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Après Dieu, l’homme se doit à sa patrie. L’indépendance et la grandeur de la nation , à laquelle il appartient, lui sont plus chères que ses propres jouissances. Quand elle est menacée, il sacrifie, sans hésiter, sa fortune, son avenir, ses affections et sa vie. Aussi est-il juste que dans la sphère politique nous fassions une place à part à la liberté nationale. On reproche souvent aux catholiques d’être de mauvais citoyens, parce qu’ils laissent le premier rang à Dieu et à son Église. Mais cet ordre sacré ne saurait se renverser impunément. Quiconque met sa patrie audessus de la vérité et de la justice éternelles, en vient bientôt à élever son propre égoïsme sur les ruines de sa patrie. Il devient le fléau des autres pays et du sien. Tels seront les fruits de la politique révolutionnaire.

En prenant la place de l’Église pour inaugurer une ère nouvelle de bien-être et de liberté, et pour mettre

i. Prop. 01 et 02.

fin à toutes les injustices, la Révolution ne bornait pas ses espérances au territoire de la France. Sans s’arrêter à ce que ce dessein offrait de chimérique et d’absurde , elle prétendait appliquer sur-le-champ et partout les principes désormais destinés à faire le bonheur de tous les peuples.

Certes, par le monde, il ne manquait pas de grandes iniquités à réparer. Depuis que le schisme et l’hérésie étaient entrés dans le concert européen , et que le Saint-Siège était dépouillé de son antique rôle d’arbitre suprême, nous avons vu que les chrétiens d’Orient restaient livrés sans défense aux Turcs, la Pologne aux Russes, l’Irlande à l’Angleterre. Ici, à l’abri de ses inaccessibles déserts, la race slave, disciplinée par le schisme et par l’autocratie , croissait à vue d’ceil comme une armée compacte et impitoyable, avide de conquérir et d’opprimer le continent. Là, du fond de nie qui lui servait de citadelle, la race anglo-saxonne, dressée pour cette âpre curée par le génie protestant d’Élisabeth et de Cromwell, organisait en grand l’exploitation du genre humain , et accaparait peu à peu les colonies, le commerce et l’industrie du globe tout entier. Jusqu’alors, loin de tenir tête à ces deux rivales, la race latine, l’espoir de la civilisation, les avait fortifiées par ses propres dissensions. L’Espagne ne comptait plus parmi les puissances, et, à elles seules, la France et l’Autriche avaient versé, pour se disputer la Belgique et l’Italie, plus de sang qu’il n’en eut fallu pour la conquête du monde.

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