CHAPITRE XIII
de conspiration cachée, et que, respectant le christianisme dans son principe , elle s’était contentée de restreindre sa liberté ou de modifier quelques points de sa doctrine , même dans les pays catholiques , le clergé, pour éviter un plus grand mal, avait pu consentir à des concessions purement disciplinaires, diminuant sa plénitude d'action, mais pourtant lui permettant encore d’exercer sur le pouvoir, sur les lois, sur la société tout entière une influence incontestable. Depuis 1789, l’erreur, déployant son drapeau, attaquaitdans sa base l’édifice catholique. Niant la divinité de Jésus-Christ, aflirmant la souveraineté de la raison, elle réclamait ouvertement tous les droits qui appartiennent à la vérité, c’est-à-dire le pouvoir de remanier et de façonner à son gré les lois, les mœurs et les institutions. Mis en face d’une rivale qui lui disputait ouvertement son domaine, le catholicisme ne pouvait lui tenir tête qu’en reprenant, lui aussi, sa pleine liberté d’action, en se dégageant des entraves, des transactions et des servitudes qui l’avaient peu à peu amoindri, et en affirmant hautement sa mission divine, sa prééminence et sa suprématie universelle. 11 devait mettre la raison au défi de fonder jamais, sans la Foi, ni autorité stable, ni liberté sincère, et lui annoncer, d’avance, que ses expériences les plus variées n'aboutiraient qu’à d’inutiles calamités. La Foi seule pourrait un jour rétablir l’ordre dans ce chaos, et, sur les ruines amoncelées par les révolutions, réconcilier l’autorité et la liberté, les gouverne-
nients et les peuples, le pouvoir établi par Dieu et la volonté nationale, le capital et le travail, les riches et les pauvres, la force matérielle et la force morale, le fait et le droit, l’État et l’Église. De là l’impulsion puissante que les périls suprêmes de la société donnèrent au clergé qui a vu de près la Révolution, pendant que, dans les pays d’ancien régime, il se traînait encore sous la lourde étreinte des lois joséphistes.
Les articles organiques n’en ont pas moins survécu à l’Empire, et sont restés pour les révolutionnaires le palladium de la servitude des consciences. Trop timides pour les abolir ouvertement, les gouvernements qui se sont succédé, les ont maintenus en apparence, comme une satisfaction donnée à la raison moderne. 11 semble que les rapports de l’Église et de l’État soient demeurés les mêmes : l’Église protestant toujours contre les infractions faites par l’État à la paix qu’elle avait consentie, l’État menaçant de rompre cette trêve précaire, et de répondre aux résistances de l’Église par des mesures plus radicales. Mais, en réalité, le temps fait successivement justice des entraves imposées à la vérité, et, pendant que, de son côté, l’erreur continue à miner la société, l’Église, peu à peu, reconquiert la liberté dont elle a besoin pour lutter contre la liberté du mal , et pour guérir, quand le jour en sera venu, les plaies du monde moderne.
Aujourd’hui, les évêques peuvent déjà, sans permission de l’État, sortir de leurs diocèses, se réunir
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