CHAPITRE XIV
Qu’allait faire la Révolution, dégagée des préjugés de race et de dynastie , déclarant la guerre à toute autocratie et à toute féodalité, invitant, sans distinction, les peuples à briser leurs chaînes et à réaliser l’idéal de la liberté? En apparence, rien de mieux que de rompre des traités odieux , de reviser un droit des gens barbare et inique, et de secouer jusqu’en ses racines le vieux monde pourri du xvm® siècle. Mais à quel tribunal allait-on déférer la cause des nations opprimées? Supprimant et l’arbitrage du Saint-Siège et le respect du passé , c’est-à-dire le principe de morale et les conditions de stabilité sur lesquels reposait la vie des peuples, on ne leur reconnaissait plus aucun droit acquis, aucune possession légitime et traditionnelle. 11 ne leur restait que le droit, illusoire pour les plus faibles, abusif pour les plus forts, d'affirmer leur existence les armes à la main. C’était , en définitive, proclamer que la force matérielle était la dernière expression de la justice, et remettre le sort du monde à la décision du canon et des baïonnettes. Comme les plus forts abusent toujours de la victoire, et s’abandonnent tôt ou tard à des rêves de domination égoïste, à la place d’injustices limitées par les traités et adoucies par le temps, le droit nouveau ouvrait carrière aux injustices illimitées et à tous les excès de la violence.
Ainsi qu’on pouvait s’y attendre , en Angleterre et en Russie, l’appel de la Révolution resta sans le moindre écho, ou plutôt il causa une joie secrète aux enne-
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LIBERTK NATIONALE SANS L’ÉGLISE. ail
mis, toujours prêts à profiter de nos dissensions et de nos fautes. Au contraire , il jeta parmi les nations catholiques un nouveau brandon de discorde et d’anarchie.
En attendant le règne de la justice idéale, il inaugura la guerre acharnée de l’ancien et du nouveau régime , de l’absolutisme dynastique et de l’absolutisme populaire.
Surexcitée par une véritable fièvre de combats , la France se mit à poursuivre pour elle-même le fantôme de la domination universelle. Renonçant à atteindre l’Angleterre, elle déchargea sa colère sur ses voisins. Elle prit un stérile plaisir à dépouiller le Saint-Siège, à détruire les petits États libres d’Italie, à ravager l’Allemagne, enfin à user ses armées triomphantes contre l’héroïque résistance des Espagnols. Ce ne fut qu’après avoir soulevé tout le continent par son ambition, et lassé jusqu’aux Polonais par ses froideurs calculées, qu’elle alla porter aux Russes le coup tardif et téméraire , signal de sa défaite.
Les guerres de la Révolution et de l’Empire avaient immolé en pure perte plusieurs millions d’hommes. Elles n’avaient remédié à rien. Elles avaient fait disparaître ce qui restait encore de petites nationalités et de républiques indépendantes. Foulant aux pieds les traités et les droits acquis, elles avaient achevé de dégager l’ancien régime de tout frein et de toute pudeur.
La paix qui suivit ratifia les anciennes et les nou-