‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 103 sur 219 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

velles injustices, partagea les peuples comme de vils troupeaux , consacra l’agrandissement démesuré de l’Angleterre et de la Russie , et laissa les puissances catholiques, non-seulement amoindries, mais encore plus divisées et plus désunies que jamais. Ainsi, au lieu de réparer les fautes du passé , il semble que la Révolution ait eu mission de les aggraver et de les pousser jusqu'à leurs dernières limites, '

De guerre lasse, on en est venu au principe moderne de non-intervention. Après avoir eu la velléité de bouleverser et de conquérir le monde, on s’est jeté dans le système, non moins chimérique, qui consiste à ne toucher à rien et à laisser chacun faire ses propres affaires. Toutefois, ce n’est là qu’une fiction, qui n’empêche ni l’antagonisme des principes ni celui des intérêts. Types vivants de l’ancien régime et des idées nouvelles, toutes deux froi.ssées par les traités de 1815, la France et l’Autriche sont restées en présence comme deux rivales, aspirant à prendre Tune sur l’autre la revanche de leurs défaites. Ni les périls communs à éviter, ni les intérêts supérieurs à sauvegarder n’ont pu empêcher le développement et l’explosion fatale de cette folle inimitié.

Bien que vaincue, la France avait un avantage marqué. Dans le cercle de méfiances où le congrès de Vienne l’avait enfermée, elle avait le privilège unique de ne garder aucune conquête injuste ou violente, et de ne pas posséder une province, une ville, un hameau, qui ne fût fier d’être français. Elle exerçait de plus

l’ascendanl des idées révolutionnaires , qni, ayant encore sur les esprits le charme mystérieux de l’inconnu , continuaient à miner dans ses bases la vieille société européenne. C’était une excellente position offensive. Moins heureuse, l’Autriche n’avait trouvé que de pauvres compensations à ses immenses sacrifices d’hommes , d’argent et de territoire. Elle n’était redevenue la première ni en Europe, ni même en Allemagne , où la Prusse et les États secondaires formaient deux puissances égales à la sienne. En Galicie, elle gardait sa part de la Pologne, la liant et l’inféodant à la politique russe, comme l’honnête homme qui a faibli , et qui reste à la merci de ses complices. En Italie, elle n’avait reçu que des provinces difficiles garder et des peuples animés d’une haine traditionnelle contre la domination tudesque. C’était une détestable position défensive.

Tout était donc contre l’Autriche. Le temps ne pouvait que l’affaiblir , tandis que , pour reprendre sa place dans le monde , la France n’avait qu’à réparer ses pertes et qu’à attendre. 18/j8 vint mettre ces résultats en évidence. Pendant que nos soldats relevaient à Rome le Saint-Siège et l’influence française, la maison de Habsbourg, à deux doigts de sa perte, fut réduite à implorer l’intervention russe en Hongrie, et à lui devoir son salut.

Cependant, il semble que plus nos malheurs sont grands, plus la Providence nous prodigue les occasions de les réparer. Au lendemain même de ce danger, il

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