CHAPITRE XIV
y eut pour la cour de Vienne une magnifique occasion de reprendre son rang et sa véritable ligne politique. Comptant sur la reconnaissance de l’Autriche, sûr de la Prusse, qui est le satellite naturel de la politique russe, l’empereur Nicolas pensa que le jour était venu de résoudre à son gré la question d’Orient , et jeta à l’empire turc un gant que la France et l’Angleterre furent seules à relever. Si, à ce moment, faisant taire sa méfiance, et peut-être aussi de trop honnêtes scrupules, l’Autriche s’était résolument unie à nous, elle pouvait rendre la lutte décisive. Au lieu des glorieux mais stériles lauriers d’une guerre maritime, elle nous eût assuré contre le colosse du Nord les avantages sérieux d’une victoire continentale. Pour elle, rien de plus facile que de provoquer et d’organiser le soulèvement de la Pologne, alors si opportun et si fécond, aujourd’hui si malheureux et si stérile. Rien de plus fructueux que d’échanger la Galicie, ce remords rongeur, et le pesant et inutile fardeau de la Lombardie contre la possession des provinces danubiennes.
Un avenir nouveau s’ouvrait pour cette puissance, le jour où, suivant les simples indications du bon sens et le cours d’un des plus beaux fleuves du monde, elle tournerait le dos à l’Italie, et renoncerait au mirage fatal qui l’a toujours entraînée au delà des Alpes. Elle avait là , à ses portes , de vastes provinces chrétiennes, opprimées par les Turcs, dépeuplées par le despotisme, prêtes à acclamer leurs libérateurs, ouvrant un large et fertile débouché au trop-plein des
populations germaniques. Au lieu de donner la main aux Cosaques pour garder la Galicie et la Lombardie, union sacrilège que l’on a osé appeler la Sainte-Alliance, au lieu de rester, au delà des Alpes, la sentinelle avancée de l’autocratie orientale , elle devenait ainsi en Orient le champion de l’indépendance des chrétiens, l’avant-garde de la civilisation, le salut de la Pologne, le rempart de l’Europe contre la domination moscovite.
Les Autrichiens laissèrent perdre cette occasion, et prirent le plus mauvais parti, qui était de n’en prendre aucun. La paix avec la Russie se fit à leurs dépens. Dès le congrès de Paris, on put voir que le but de la France n’était plus d’affranchir ni les chrétiens d’Orient, ni les Polonais, mais les Italiens. Renonçant à entamer la Russie, elle allait se venger sur l’Autriche, au risque d’ébranler, avec le Saint-Siège, la clef de voûte du monde catholique. Ainsi, la vieille inimitié, assoupie depuis 1815, se réveilla. La guerre éclata, en dépit du principe de non-intervention, et les fautes de l’ancien régime appelèrent et provoquèrent une fois de plus celles de la Révolution.
Chacun sait les événements qui ontsuivi. Nous avons vu renaître, non plus au profit de la France, mais à ses portes et sous son patronage, le droit nouveau, s’exerçant dans toute l’Italie, renversant, par la violence et par la trahison, gouvernements et dynasties, ne tenant compte ni du vœu des populations , ni des divisions établies par la nature elle-même. Nous l’a-