‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 105 sur 219 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

vons vu fouler aux pieds et les droits que des siècles de la possession la plus légitime rendaient sacrés, et les engagements ciui, signés la veille, ne pouvaient se violer sans dépouiller jusqu’au dernier vestige de loyauté. Et de tous ces peuples, assemblés à la hâte, contenus par la terreur, consultés à coups de fusil, comptant plus de victimes que d’électeurs, nous avons vu sortir l’audacieux mensonge de la nationalité italienne.

Ni la France, ni l’Autriche (et elles le pouvaient toutes deux ) n’ont empêché le guet-apens de Caslellidardo et la réunion de Cialdini et de Garibaldi sous les murs de Gaëte. Quant à elles, l’Angleterre et la Russie ont assisté à ces exploits avec une commune satisfaction, qui, à elle seule, est un profond enseignement. A n’en pas douter, elles épient le moment de tirer un nouveau parti de l’anarchie générale et de la division des puissances catholiques. Pourquoi elles, d’ordinaire si ombrageuses et si jalouses, laissentelles l’influence française s’exercer en Italie? C’est qu’à leurs yeux nous y travaillons contre nos propres intérêts; nous y fai.sons leurs affaires au delà de leurs espérances; nous leur créons un allié naturel, une nouvelle Prusse au cœur même de la race latine. L’une en a déjà profilé pour donner un roi à la Grèce, l’autre pour enlever à la Pologne l’ombre d'indépendance que lui garantissaient les traités, et pour étouffer une résistance désespérée par la plus barbare et la plus révoltante des répressions.

Ces menées d'insatiable ambition, ces forfaits commis, en pleine paix, à la face de l’Europe civilisée, et demeurant honteusement impunis, suffisent pour nous montrer combien sont dangereux les encouragements et l’appui momentané, que nous offrent ces deux puissances. 11 n’y a d’alliés sûrs et véritablement utiles que ceux auxquels on peut accorder sans crainte de larges avantages. Or, au point où ceux-ci en sont venus, ne serait-ce pas un crime de lèse-civilisation que d’accroître encore leur prépondérance? N’est-ce pas payer bien cher nos derniers agrandissements que de tolérer l’extermination de la Pologne? L’acquisition des bords du Hliin, elle-même, absoudrait-elle un traité qui donnerait la Sicile aux Anglais, ou Constantinople aux Russes? A l’heure qu’il est, quoi qu’on en dise, il n’y a d’alliance vraiment française que l’alliance autrichienne. C’est une vérité de simple bon sens, que M. Thiers a admirablement mise en lumière, et que des dénégations bruyantes et passionnées sont impuissantes à obscurcir.

Mais, c’est en vain qu’oubliant, un instant, la pomme de discorde jetée entre elles par l’unité italienne, et la Révolution grondant aux portes de Rome comme à celles du quadrilatère et de la Vénétie, la France et l’Autriche iraient chercher au bout du monde, en de lointaines et .séduisantes entreprises, la paix et l’union qui leur échappent. Il semble au premier abord qu’au lendemain de Magenta et de Solférino, c’est un chef-d’œuvre d’habileté et un remède à

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toutes les blessures que d’avoir conquis pour un archiduc ce bel empire du Mexique, reliant l’Atlantique et le Pacifique, et possédant les mines les plus riches de l’univers. Illusion! à quoi bon tourner le dos aux diflicultés dont l’Europe est encombrée pour en chercher d’autres au delà des mers?

De même que, sous le premier Empire, l’Autriche ne gagna rien à solliciter sa part des domaines du Pape, à accepter Venise et les dépouilles de l’Église en Allemagne, de môme, aujourd’hui, elle ne ferait qu’aggraver sa situation en ratifiant, comme on le lui demande, la spoliation presque complète du Saint- Siège, et en continuant au Mexique un régime fondé sur celle du clergé. Rien de pire et de plus éphémère pour elle qu’une paix assise sur de pareilles transactions. On en peut dire autant des efforts qu’elle fait à l’intérieur pour s’inoculer les idées révolutionnaires, pour établir l’égalité des cultes, la liberté illimitée de la presse, la centralisation bureaucratique et unitaire.

La vraie question reste entière. Qu’on se mette d’accord pour chasser les baibares qui sont à nos portes, et pour planter à Constantinople et à Varsovie le drapeau de la liberté chrétienne; qu’on se place courageusement à l’avant-garde de son siècle; qu’on désarme enfin la Révolution, en faisant cesser les souffrances intolérables et les iniquités monstrueuses qui sont sa raison d’èlro. Jusque-là, les passions gé^ néreuses, qui en France exigent un aliment, nous pousseront dans la voie de la politique subversive, et.

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LIBEHÏK NATIONALE SANS L’ÉGLISE. ‘Jl'J

de son côté, l’Autriche sera de plus en plus acculée par les ennemis, qui lui demandent , non-seulement la Galicie, Venise et le quadrilatère , mais la Hongrie, la Bohême, l’émancipation des races slave et maggyare, c’est-à-dire son complet anéantissement.

Cependant personne ne veut ouvrir les yeux, et nous marchons en aveugle à une nouvelle lutte, aussi stérile et aussi fatale que les précédentes. Car, pour le moment décisif, l’Angleterre tient en réserve ses flottes et ses capitaux, la Russie ses armées , à la fois aguerries et rendues disponibles par l’extermination des Polonais et des Circassiens. Quelques victoires que remporte la France, ces deux puissances jalouses ne consentiront jamais à la voir s’agrandir, sans exiger de surabondantes et d’inacceptables compensations. En définitive, c’est à leur profit que tourneront les essais tardifs et misérables de l’unité italienne , aussi bien que les grandes guerres de la Révolution à son début.

Ainsi, en présence des États catholiques amoindris ou divisés, le remaniement de la carte d’Europe reste, lui aussi , un problème réservé , dont la solution paraît, tous les jours, plus urgente et plus impossible. On parle beaucoup de nationalité ; mais la liberté nationale est partout foulée aux pieds ou menacée. Pour la sauver, le principe de non-intervention n’est qu’une fiction sans valeur. Il ne pare à aucun des dangers de la situation. 11 n’empêche pas une seüle des entreprises des plus forts. Comme la liberté de

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