CHAPITRE XV
tn
s( s représentants librement élus. Une assemblée unique, réunissant et exerçant la plénitude de tous les pouvoirs, et n’en laissant au roi qu’une ombre et qu’un souvenir : tel fat l’idéal unitaire et républicain, réalisé le jour où , confondant toutes les classes et tous les intérêts, les états généraux de 1789 se constituèrent en assemblée souveraine , et entamèrent avec la royauté une lutte dont il était facile de prévoir l’issue.
Certes , c’eût été merveille que de supprimer la déchéance originelle avec autant de facilité qu’on la niait, et de faire disparaître d’un trait de plume les inégalités naturelles et les luttes d'intérêts qui en sont la suite inévitable. Mais, au fond, que s’est-il passé? Les vertus idéales des Grecs et des Romains n’ayant pas spontanément germé dans les cœurs, on s’est retrouvé en présence des réalités et des nécessités sociales. Rien de plus facile que de rejeter la suprématie bienfaisante de l’Église ; rien de plus impossible que de se soustraire à celle de l’État, d’autant plus concentrée , plus despotique et plus arbitraire que le frein religieux est plus relâché.
Le principe électif eut beau se croire tout-puissant, tenter la folie où s’était usé le principe héréditaire en la personne de ses plus grands princes , fouler aux pieds les lois de la richesse et du travail , bouleverser les institutions et les droits acquis, jeter au vent clergé, noblesse, corporations et dynasties. Au lieu de l’autorité modératrice de l’Église , le pays subit le
Digilized by GocJgle
LiBKim:; politiquk sans l'kgusi:.
contrôle audacieux et illimité de quelques philosophes. Aux supériorités traditionnelles, fondées sur le dévouement et sur les services de plusieurs générations, succéda le règne des parvenus de l’intelligence et de l’habileté. Des débris des vieilles fortunes confisquées, il s’en créa de nouvelles, faites en un jour par l’agiotage. Le clergé avec la garantie de ses vertus et de .sa foi, l’aristocratie territoriale forte de .son instinct de conservation et de son sang versé pour le pays, la bourgeoisie appuyée sur ses traditions de liberté et sur ses habitudes d’autonomie, et enfin la royauté, arbitre inamovible de ces intérêts divers, firent place au despotisme sans contre-poids d’une majorité toutepuis.sante, et à une seule aristocratie de députés, à qui l’élection décernait un brevet d’infaillibilité. En dehors de l’État, plus de force morale capable de tempérer ses excès. Dans l’État lui-même, plus de division de pouvoirs, plus de règle, de stabilité, de sécurité. Tout à la merci d’une poignée de parleurs, assez habiles pour enlever les suffrages populaires et pour dominer la majorité parlementaire.
Mais, disait-on, le peuple devait facilement réparer ses erreurs, contrôler ses représentants, et les forcei à marcher droit dans la voie de la justice et de la liberté. En effet, au-dessus de l’assemblée qui faisait et appliquait les lois, qui votait et employait les impôts, qui recrutait et commandait l’armée, il se forma, au nom du peuple, une puissance organisée chargée de