‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 109 sur 219 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

la surveiller, de la diriger, et, au besoin, de l’épurer. Des quatre coins de la France se réunit à Paris une bande de brigands, qui, le soir, aux Jacobins, mettaient en accusation députés, ministres, fonctionnaires, puis, le jour, exécutaient leurs sentences, massacraient les prisonniers, promenaient la tête de leurs victimes, assiégeaient la Convention, demandaient qu’on leur livrât les membres suspects , et faisaient voter les autres sous le coup de leurs menaces. Ils se disaient le peuple, et ils étaient les plus forts. Comment leur prouver qu’ils mentaient?

Enfin, l’anarchie elle-même ne vivant qu’au moyen d’un certain ordre, et toute bande ayant besoin d’un chef, le pouvoir de la Convention et des Jacobins <?e centralisa peu à peu entre les mains du comité de salut public, auquel, comme son nom l’indique, tout était permis sous prétexte de sauver la patrie, et ce comité, à son tour, s’incarna dans un homme , représentant le plus élevé du peuple-roi et souverain pontife de l’Être suprême. Cet homme était Robespierre.

La France terrorisée par la Convention, la Convention épurée par les Jacobins , les Jacobins menés par Robespierre, voilà l’idéal politique auquel aboutit en quelques mois la conception première de 1789. Qu’on ne vienne pas aujourd’hui faire un piédestal de grandeur et de patriotisme à ces sophistes pédants et sanguinaires, sacrifiant froidement des milliers de victimes à une liberté chimérique. Leur règne fut

la pire des féodalités, la pire des autocraties et la mort de toute liberté. S’ils ont fait quelque bien à la France, c’est en lui inspirant l’horreur et le dégoût des erreurs extrêmes dont ils se faisaient les apôtres.

Un premier point fut acquis. Bien qu’étant, dans l’Église et au sein de l’État chrétien , le mode le plus parfait pour désigner les dépositaires de l’autorité et les représentants divers du pays , le principe électif avait conduit au despotisme complet, au pouvoir de fait le plus brutal, du moment qu’il avait prétendu remanier les lois de la nature , créer et transformer à sa fantaisie l’autorité et les intérêts sociaux. Dans l’ordre moral , ce faux affranchissement de l’esprit humain avait enfanté le culte hideux de la déesse Raison; dans l’ordre politique, il venait de remplacer Louis XVI et les états généraux par la Terreur.

II fallait donc renoncer à la souveraineté nationale et unitaire. Pour en sortir au plus tôt, le pays se jeta dans les bras de la seule force régulière qui existât, celle de l’armée , et il abdiqua entre les mains du premier général de valeur qu’il rencontra. De là le pouvoir de Napoléon 1", aussi nettement monarchique que celui de Louis XIV. Après Robespierre et le comité de salut public, c’était un inappréciable bienfait. Mieux valait le premier gouvernement venu, absolu et personnel, qu’un gouvernement imaginaire, perpétuellement mis en question et en péril. Acclamé

Page 1