CHAPITRE XV
comme le sauveur de la France, sacré par le pape Pie VII, doué du double prestige du génie conservateur et de la gloire militaire. Napoléon 1" ne tomba que par ses propres fautes, et n’eut qu’un reproche à faire à la France , c’était de l’avoir laissé trop libre de tout oser et de tout risquer.
A sa chute, le principe représentatif, momentanément éclipsé, reprit faveur, et tenta un essai déjà fort différent de celui de 1789. Il chercha à concilier avec la monarchie inamovible et héréditaire les supériorités de talent, de fortune, de naissance, dont une société régulière doit tenir compte et utiliser les forces acquises. De même que l’Empire avait été une réaction monarchique contre la Terreur, de même la charte de 181à et celle de 1830 furent une réaction représentative contre le pouvoir unitaire et absolu de la Convention et de l’Empire. Toutefois, au lieu de s’appuyer franchement sur les lois immuables de la justice et sur les lois non moins impérieuses de la nature humaine et de la vie sociale, au lieu de constater que la Révolution avait fait fausse route, et n’avait été utile qu’en poussant à bout les conséquences d’un système absurde, le nouveau régime tint encore à chercher son origine et son point d’appui dans les principes de 1789, et prétendit, à son tour, être, sous une forme plus sérieuse, la pure réalisation de la souveraineté nationale.
Tel est le point de départ des essais auxquels on se livre depuis cinquante ans, en prenant une ou deux
chambres, et en faisant, à différentes doses, tous les amalgames possibles d’élection et d’hérédité, d’ancien régime et de révolution, de liberté et de despotisme. Les hommes les plus distingués de toutes les classes de la société y ont mis ce qu’ils avaient d’intelligence, de courage, d’activité, de persévérance. Certes, il n’est permis de parler qu’avec respect de ces grandes âmes, qui ont illustré la France par la sincérité de leurs convictions, par la noblesse de leur caractère, par la pureté de leur vie publique, et dont plusieurs consacrent encore leur infatigable vieillesse à défendre, par les lettres et par la parole , l’idéal de leur vie entière. Toutefois, quiconque aime comme eux la liberté, et l’aime avec passion, doit rechercher et dire pourquoi ceux qui ont cru la servir n’ont rien bâti pour l’avenir, et ont conduit le pays à douter d’eux et de leur entreprise.
Le nouveau système était à la fois aristocratique et révolutionnaire. 11 exagérait sans mesure la part légitime d’influence qui appartient aux supériorités naturelles. Il concentrait à leur profit et les droits de la multitude, qu’il tenait en tutelle tout en invoquant sa souveraineté, et ceux de la royauté, qu’il affaiblissait et qu’il minait en la réduisant à l’inaction.
C’est le privilège des nations catholiques, et spécialement de la France, que la monarchie y ait toujours trouvé son point d’appui dans le peuple lui-môme, et que les masses n’y soient jamais tombées dans l’état de servitude et d’amoindrissement où elles vivent en