CHAPITRE I
âmes, mais aujourd’hui dépassée, éclipsée, confondue par la science et la raison modernes. Alors ce serait le Pape et l’Église qui mentiraient , et leurs réclamations insensées se perdraient bientôt, comme un lointain murmure, au milieu des harmonies d’une nouvelle civilisation.
C’est entre ces deux partis qu’il s’agit de choisir. De quel côté est la vérité, non pas seulement théologique, mais politique et pratique’/ Est-elle dans cette infaillibilité catholique et pontificale que tant d’ennemis ont attaquée et contestée sans la décourager, et dont l’Encyclique plante de nouveau sous nos yeux le drapeau séculaire? Est-elle dans ces mystérieux oracles de 1789, dont tout le monde parle sans les connaître, et a peur sans les avoir regardés en face , mais dont le prestige pourrait bien s’évanouir au simple examen d’un œil plus hardi et moins pressé de juger comme la foule? Qu’on examine, la chose en vaut la peine; mais qu’on se dise bien, par avance, qu’il faudra être catholique avec Pie IX en rompant avec les illusions de son temps, ou bien garder ses illusions en cessant d’être catholique.
Que s’il faut être avec Pie IX pour rester catholique, ce n’est pas tout de se soumettre et d’accepter la vérité les yeux fermés, sans songer ni à l’étudier ni à l'appliquer. L’adhésion du chrétien n’est pas un abaissement, encore moins une abdication de sa raison. Pour lui , la parole de l’Église est un soleil illuminant tout à coup des horizons nouveaux, où son
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esprit se sent mille fois plus à l’aise, mille fois plus libre et plus fort. Il se complaît à y retrouver en une splendide évidence les vérités qu’il cherchait, et qu’il avait plus ou moins pressenties. En même temps lui apparaissent clairement les devoirs , dont la certitude fait la force et la joie de la conscience.
L’Encyclique n’est donc pas une dernière protestation contre des maux incurables et contre des faits irrévocablement accomplis. 11 n’y a de plaies sans remèdes que celles où l’on n’ose pas porter jusqu’au fond le fer et le feu de la vérité. Si le Pape a parlé au risque de soulever tant de passions, c’est précisément pour nous dire comment nous pouvons échapper au danger. A nous maintenant de faire que le cri d’alarme du pilote suprême ne soit pas un avertissement inutile, perdu au milieu de la tempête. A nous qui, pour sauver le navire, nous consumions en vains efforts, de nous soumettre tous à cette puissante et commune direction. Si nous y sommes résolus, le salut est entre nos mains.
Pie IX éclaire d’un jour nouveau et fécond les enseignements de l’histoire , les obligations du présent, les espérances de l’avenir. A sa voix, nous saurons comment, à l’exemple de nos aïeux, nous pourrons être partout, même sous les régimes les moins chrétiens, non des rebelles ni des rétrogrades , mais les hommes les plus utiles à leur temps et à leur pays, les citoyens les plus dévoués au pouvoir et à la liberté véritable, les ouvriers pacifiques du progrès, et, avant
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tout, les libérateurs des pauvres, des faibles et des opprimés. Au gouvernement qui se croit attaqué dans les principes de sa constitution , nous ferons voir au contraire que l’Église rappelle et dégage les principes nécessaires à l’existence de toute autorité; aux libéraux inquiets pour les droits de l’homme et de la nation, que l’Église seule peut les affermir et les consolider; à tous, qu’au lieu d’être un brandon de discorde ou un instrument de despotisme, la doctrine catholique s’offre, au contraire, comme le foyer d’intimité et d’expansion des âmes. Car il n’y a d’union sincère que dans la vérité , de liberté possible qu’entre des hommes unis par les mêmes vérités.
Ainsi étudiée, l’Encyclique nous apparaîtra, dans ses conséquences actuelles et pratiques, comme l’apn plication lumineuse des lois de la nature et de la raison, comme l’idéal dont il faut sans cesse se rapprocher ‘. « La souveraineté spirituelle et temporelle du Pape sera pour nous la forteresse inexpugnable , en qui réside la force de toute justice et de toute vérité, la vigie du haut de laquelle le, gardien suprême aperçoit de loin les écueils cachés et les embqches ennemies. » Or il ne suffit pas d’avoir le pressentiment de ce magniflque ensemble. C’est à sa vue claire, nette, raisonnée, que nous devons arriver. Nous devons nous mettre en mesure de répondre à toutes les objections, de convaincre tous les hommes de