‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 111 sur 219 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Angleterre ou en Russie. 11 en est résulté qu’en disparaissant, l’ancien régime a laissé le champ libre à une démocratie en quelque sorte toute-puissante. En présence de cette force incontestable , capable de tout briser, institutions, dynasties, propriétés, il fallait également renoncer et à une compression désormais impossible, et à des flatteries dangereuses pour la multitude aussi bien que pour les plus grands rois. La vraie .sagesse et le vrai courage eussent été de faire franchement appel à la conscience et au patriotisme du peuple, de lui dire sans hésitation qu’il n’a pas le droit de créer à sa fantaisie la justice et la vérité, qu’il n’a pas le droit de changer, du jour au lendemain, gouvernements et constitutions, que son devoir est de respecter la nature des choses, les supériorités acquises, les services rendus, les institutions anciennes, les gouvernements établis, en un mot , la véripolitique. Sans doute, le peuple peut méconnaître ce devoir ; mais il est certain d’expier par de rudes châtiments tout abus de sa liberté.

Cette tâche, il est vrai, était difllcile pour des hommes d’État, nés d’un accident de la veille et croyant à peine à leur lendemain, pour une aristocratie de circonstance, tout à coup placée au pouvoir, entre ceux qui venaient de le perdre et ceux qui aspiraient à l’occuper à leur tour. On n’osait affirmer aucun principe antérieur et supérieur à la volonté changeante de la nation, et pourtant on reconnaissait en elle des éléments qui commandaient sa forme

constitutionnelle. On n’osait s’attribuer aucune autorité propre en dehors de la délégation momentanée qu’on avait reçue, et cependant on était obligé tous les jours d’agir, comme gouvernement, sans consulter le pays.

Les ministres les plus éminents se virent réduits à une lutte incessante pour défendre leurs actes systématiquement attaqués. Soutenant ce qu’au fond de leur conscience ils regardaient comme la vraie constitution du pays et comme leur juste autorité, ils étaient, en même temps, obligés de faire croire au peuple qu’il se gouvernait réellement lui-même. Contestée comme tout le reste, l’hérédité avait derrière elle une branche cadette, toujours prête à la remplacer. L’élection reposait sur un cens arbitraire, sur une loi électorale perpétuellement remaniée. Sur celte base chancelante , la Constitution n’était plus une vérité, inspirant foi et dévouement, mais une hypothèse scientifique à vérifier tous les matins, et restant à la merci d’une émeute ou d’un coup de majorité. De là, pour se maintenir, la nécessité d’une compression énergique contre les mouvements d’en bas , et d’un système de corruption donnant satisfaction aux appétis et aux ambitions d’en haut : système, à la fois, impopulaire et incapable de produire un pouvoir respecté, une autorité durable, une aristocratie forte et unie. La balance des pouvoirs, si élégante et si ingénieuse en théorie, se réduisait à l’équilibre instable et à la lutte sourde d’un roi régnant sans gouverner, de

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