‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 116 sur 219 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Justice étant faite des épargnes du passé, chacun dut se remettre à l’œuvre sur une table rase, où la liberté individuelle illimitée remplaçait la réglementation excessive et tyrannique de l’ancien régime. Il n’est pas permis de contester la vive impulsion que cette secousse violente donna à l’activité générale et au développement de la richesse. Mais comme toutes les libertés sans frein, celle-ci devait inévitablement amener le triomphe des plus forts, l’oppression et l’exploitation des plus faibles. Les pauvres et l’État . lui-même se trouvèrent à la merci du capital , ayant libre carrière pour vendre, acheter, spéculer, agioter, accaparer et prêter à gros intérêts.

La richesse émancipée n’eut rien de plus pressé que de refuser les services gratuits, que jusque-là elle avait tenu à honneur de rendre au pays. En prenant les biens du clergé, elle eut grand soin de laisser aux frais de l’État et, partant, de la nation, l’enseignement, la charité, le culte, à l’entretien desquels ces fondations étaient destinées. Moyennant une redevance fort légère pour elle, elle s’exempta du service militaire, auquel jadis elle avait spécialement mission de pourvoir. Pendant que, d’une main, elle repoussait les charges de pur dévouement , de l’autre elle ne dédaignait pas de prendre la meilleure part des grades, emplois, fonctions , que la nation rétribuait sous prétexte d en ouvrir 1 accès à chacun, niais pour lesquels la faveur, la fortune et le savoir-faire avaient eu soin de garder des entrées particulières,

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Enfin, pour mettre le comble à ses privilèges, la richesse trouva moyen , au nom de la science économique, de se soustraire, sous sa forme active et envahissante de capital mobilier, à tout impôt et à toute contribution. Pendant que la terre, morcelée et arrosée de sueurs, payait une lourde part de ses récoltes, les capitaux, concentrés, maîtres du commerce, de l’industrie et du sol même par l’hypothèque, accumulaient sans peine leurs larges revenus , affranchis de toute charge publique. Le seul service qu’ils consentirent encore à rendre à l’État, fut de lui avancer, moyennant un large bénéfice, de quoi combler les déficits du présent aux dépens de l’avenir. Sans cœur et sans patrie, l’argent eût émigré à la moindre menace.

De là, pour le pays, l’obligation de payer une triple armée de soldats, d’employés et de créanciers, armée qui grossit tous les jours , et dont l’état-major se recrute dans un même petit cercle de familles favorisées. De là, au lieu du grand réservoir de richesses nationales, auquel chacun devait puiser, une dette publique d’une dizaine de milliards, et le droit, que chaque enfant apporte en naissant, de payer chaque année pour sa part environ cinquante francs de contribution. Üràce à cette prédominance des intérêts matériels, l’aristocratie du dévouement, de la vertu, du talent, de l’honneur militaire, de l’intégrité judiciaire , du patriotisme municipal , est partout éclipsée par une aristocratie ou plutôt par une féodalité financière, la plus basse et la plus égoïste de toutes.

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