‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 126 sur 219 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

railles , les concessions de mines et de chemins de fer, la richesse présente et future des nations, et qu’il ne restera plus, comme en Angleterre, qu’une minorité de propriétaires en face de la multitude croissante des prolétaires, qui empêchera les colères populaires, si longtemps déchaînées contre l’ombre de l’ancien régime, de se retourner contre ceux qui les auront excitées, amusées et trompées? Comment faire qu’après les vérités politiques et religieuses , la propriété ne soit pas, elle aussi, mise en question? La propriété n’est-elle pas, plus que tout le reste, une institution imparfaite, hérissée d’abus, variable avec les temps et avec les lieux, modifiée chaque jour par la loi et par l’impôt ? N’est-ce pas là qu’est la clef des problèmes qui pè.sent si lourdement sur le xix® siècle, et, pour que le droit commun et la liberté pour tous soient autre chose qu’un vain mot, ne faut-il pas à chaque citoyen un foyer inviolable, à chaque famille un héritage, garantie de son indépendance? Voilà où conduisent l’affranchissement de toute autorité religieuse et l’abdication de l’État lui-même dans les questions économiques. Voilà le mal profond que les plus généreux efforts ne feront qu’atténuer, et dont ils retarderont à peine l’explosion , si l’on n’y trouve un remède efficace.

De là, qu’on y réfléchisse bien, la menace inévitable de cette guerre et de cette révolution sociales, dont la pensée seule, en 18/|8, a glacé d’effroi la bourgeoisie, et, comme terme de ces luttes violentes, la nécessité.

non moins lamentable, d’une nouvelle centralisation, d’un nouvel absolutisme de l’État sur le terrain économique.

Les libéraux comme les autres y poussent. Du moment qu’on touche à leurs privilèges, ils trouvent tout simple d’invoquer les coups d’État, les transportations, les fusillades. A la moindre frayeur, ils réclament, comme un bienfait, les secours du pouvoir. Leur vole-t-on un chou , ils demandent l’embrigadement des gardes champêtres. Incapables de rien faire, de rien défendre eux-mémes , il leur faut partout un fonctionnaire. Ainsi , peu à peu , tout tend à se concentrer aux mains du pouvoir central , être abstrait, mystérieux, divinité omnipotente , qui , quoi qu’on fasse, s’incarnera toujours en un ou deux hommes, intelligents, dévoués, honnêtes, comme on l’est d’ordinaire, c’est-à-dire sans excès. L’aristocratie élective ou héréditaire fera place à une aristocratie de fait : directeurs, sous-directeurs, inspecteurs, contrôleurs, tous bien payés et remplissant leurs fonctions avec le zèle modéré qu’on met aux affaires d’autrui. Le pays ressemblera à une grande compagnie de chemins de fer, incapable de gérer sa propre fortune, connaissant à peine ceux qui seront censés la représenter, et cœurs, esprits, bras, fortunes seront à la merci de quelques casquettes galonnées, à la fois toutes-puissantes et irresponsables.

Que les riches vendent leur conscience et leur liberté au pouvoir, qui promet d’accroître on de con-

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