‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 127 sur 219 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

server leurs jouissances, c’est une lâcheté qui se conçoit. Mais, à ce nouveau despotisme, que gagneront ceux qui n’ont rien? 0»’y gagneront les masses laborieuses? Quand, par impossible, au lieu d’être héréditaire, la propriété deviendrait complètement élective, et qu’elle serait mise tout entière à la disposition de l’État, le capital n’en serait ni moins exigeant, ni moins impitoyable pour le travail. Les lois les plus radicales, essayant de partager violemment la richesse actuelle, n’auraient d’autre résultat que de la détruire, et viendraient se briser contre la force des choses, c’est-à-dire contre une puissance infiniment plus grande que la leur. Sous prétexte d’émanciper les prolétaires , cette application finale des principes de 1789 mettrait le sceau à leur servitude économique, politique et religieuse.

En tout temps et sous tous les régimes, le seul moyen d’être libre, c’est d’avoir quelque chose à soi. Or la Révolution n’a inventé que la liberté illimitée du propriétaire, c’est-à-dire l’absolutisme de ceux qui étaient déjà libres, et elle ne peut plus y toucher sans atteindre, en sa source, la richesse elle-même. Comment sortir de ce cercle vicieux? Où est la force morale capable de régler l’usage des biens de ce monde sans les détruire, de les répartir plus équitablement sans violence, et d’en assurer à chacun une part suHisante pour garantir la vie de sa famille, l’exercice de ses droits civiques et l’indépendance de sa conscience?

Nous avons constaté le principe de mort, que la

liberté illimitée ne fait que déchaîner. Il est temps de trouver le principe de vie , qui pourra donner aux ouvriers une association , une repré.sentation et un enseignement sérieux, et rallier en un faisceau commun les forces et les dévouements isolés, qui s’agitent confusément pour leur émancipation.

Page 1