CHAPITRE XVII
arme secondaire et purement défensive contre le mal, et elle a, comme arme offensive, la persuasion , la libre adhésion de l’homme à la vérité et à la vertu : à la vérité, pour accepter les nécessités sociales et pour créer la stabilité; à la vertu, pour rendre ces nécessités moins dures et pour créer le progrès. Ou’«ne réglementation modérée, raisonnable, acceptée par l’opinion et par la conscience publique , réprime les violations manifestes de la justice naturelle, les envahissements criants de la cupidité et de l’exploitation ; qu’une liberté illimitée soit laissée au bien, c’est-àdire aux purs dévouements , qui se consacrent volontairement à réparer les misères inévitables, à relever et à panser les blessés sur le champ de bataille de la vie ; voilà toute l’économie du système catholique. II a la prétention de réaliser ainsi, pour tous, la plus grande et la seule liberté possible.
D’abord, la simple expansion de la vie et des institutions catholiques produira spontanément, chez l’ouvrier, l’amour du travail, l’économie, les vertus de famille, l’esprit d’association. Ainsi se créera en face du capital égoïste une concurrence charitable, qui fera pénétrer dans les mœurs et dans les lois les sentiments d’une justice et d’une fraternité croissantes. Enfin par l’économie et l’association d’un côté, par les largesses et les réserves de la charité de l’autre, on verra se reconstituer le patrimoine des prolétaires, véritable couronnement de la liberté sociale.
Rien de mieux , sans doute, que d’encourager les
VÉllITfi SOCIALE.
caisses d’épargnes et de secours mutuels que nous possédons déjà. Cependant ce n’est là qu’un moyen fort incomplet. On décuplera sa puissance en l’organisant par corps de métiers, et en permettant aux corporations de se faire une réserve collective et inaliénable pour pourvoir aux besoins de leurs membres. Rome nous offre, sous ce rapport, des modèles vivants, beaucoup plus rapprochés de la vraie liberté que les corporations fermées et fiscales de l’ancien régime. Suivez cet exemple : fortifiez ces associations par un lien religieux; permettez-leur d’avoir des écoles, des églises, des hôpitaux, des fêtes à elles, et vous leur rendrez une vie .salutaire, sans aucun nies inconvénients ni des dangers des affiliations révolutionnaires. Pour les seconder, leur donner des types, des appuis, des auxiliaires, laissez des ordres religieux se consacrer spécialement au service des ouvriers, et mettre à résoudre les problèmes de l’industrie et du travail, la persévérance que les enfants de saint Benoît ont employée à cultiver nos déserts. Enfin qu’on renouvelle, et qu’on développe, sur des bases chrétiennes, les œuvres de prêts gratuits aux ouvriers, de dots aux filles pauvres, de secours aux veuves et aux mères de famille, œuvres qui chercheraient vainement à vivre sur une base purement philanthropique.
Voilà, dans l’ordre social, la part de la liberté individuelle. Maintenant quelle sera l’intervention du pouvoir civil , nécessaire pour la protéger? Quels seront les lois, les moyens défensifs, en harmonie avec