CHAPITRE XVII
la conscience publique, et avec les exigences du xix® siècle ? On aurait grand tort de penser que ce soit le côté délicat, où il y ait certaines portions de vérité à cacher habilement aux regards. Au contraire , ici éclatent la supériorité et le triomphe de l’Kglise. Kn tout temps, elle se flatte de diminuer la rigueur et le nombre des peines nécessaires, la violence et l’arbitraire du pouvoir, de. limiter et de restreindre l’emploi des moyens coercitifs. 11 ne saurait en être autrement, puisqu’elle fait exécuter, par la persuasion et par de libres vertus, la plus grande partie des lois d’ordre et de morale, sur lesquelles repose l’existence de la société.
Cette règle générale est facile à vérifier dans ses applications. Si l’opinion seconde les efforts de l’Église, et flétrit, comme ils le méritent, l’agiotage, les spéculations véreuses et l’usure, il suffira, pour ainsi dire, d’appliquer la législation en vigueur. Qu’on permette à l’œil vigilant de la justice de sonder, jusqu’en leurs derniers replis , les affaires douteuses ; qu’on maintienne le taux légal de l’intérêt et l’interdiction des spéculations à termes, mesures aujourd’hui battues en brèche , et presque tombées en désuétude sous les coups de la licence financière. Sans innovation sérieuse, on parviendra ainsi à réprimer les abus de la souveraineté du capital.
Quant à la dignité et à l’indépendance de l’ouvrier lui-même, les économistes sensés s’accordent à le reconnaître, il n’y en a pas sans la famille, et il n’y aura
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point de famille sans le respect du mariage, de l’éducation et du dimanche chrétiens.
En effet, quelle sanction la loi civile la plus sage peut-elle apporter au mariage, et comment rendrat-elle cette union durable et féconde, si les époux n’acceptent pas librement et généreusement les devoirs que Dieu leur impose? Puisque la loi est trop souvent impuissante à réprimer le désordre des mœurs, à quoi sert donc de les attaquer dans leur source la plus pure et la plus certaine , en prenant la place du prêtre , et en s’arrogeant le droit d’unir les époux? A quoi bon le mariage civil, antérieur et supérieur au mariage religieux?
Ainsi , nous dira-t-on, vous allez remettre aux prêtres les registres que la Révolution leur a enlevés, et, en abolissant le mariage civil, vous niez le droit naturel et imprescriptible, que l’homme avait, bien avant le christianisme, de s’unir la femme? Non : l’Église ne fait qu’affirmer et consacrer ‘ ce droit primordial. Mais, quand elle n’est pas au nom de Dieu le témoin de cet engagement, et qu’elle n’en a pas examiné et pesé les conditions, de deux choses l’une : ou bien, ceux qui croyaient s’unir, ne le pouvaient pas, et alors le mariage civil ne fait que placer ces malheureux entre un lien coupable , qu’ils ne sont plus libres de rompre , et la voix de leur conscience, qui leur ordonne de se séparer ; ou bien, ils pouvaient