‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 136 sur 219 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

et même supérieur, et que les enfants de chaque culte reçoivent un enseignement complètement séparé. 11 a là, pour l’État, une obligation étroite de respecter la foi de tous, et d’éviter avec soin, surtout en histoire, en philosophie ou en économie politique, des leçons données en son nom, inculquant à la jeunesse la pire des religions, celle qui consiste à n’en avoir aucune.

L’Église a toujours proclamé et respecté, plus que personne, la liberté qu’ont les parents d’élever leurs enfants dans leurs propres croyances, fussent-elles erronées. Elle s’est montrée et se montre encore, à Rome, beaucoup plus tolérante que toute autre société religieuse ou civile. S’il se produit, de siècle en siècle,

' une exception semblable à celle du petit Mortara, cette exception a l’avantage de constater, d’une manière solennelle, les limites que la vérité s’est tracée.s, et les précautions infinies dont elle a entouré le droit des parents. Plus libres à Rome qu’en bien d’autres pays, les juifs y jouissent de la faculté du divorce; ils sont en quelque sorte cbex eux, et, dans une foule de circonstances, ils s’administrent et se jugent euxmêmes, Toutefois, il leur est interdit de prendre des serviteurs chrétiens, et, s’ils étaient juifs sincères, ils seraient les premiers à n’en pas avoir. De plus, il est sévèrement défendu aux chrétiens de baptiser un

enfant juif sans l’aveu de ses parents, hormis en dan-

ger de mort imminente. Si, en dépit de ces précautions, le petit Mortara est devenu chrétien en quelque

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sorte malgré l’Église, le baptême, qui n’est pas une vaine cérémonie , lui a donné droit à une éducation chrétienne et à la pleine connaissance de la vérité. De ce moment, il était enfant de l’Église, et le Pape aurait donné sa vie plutôt que d’abandonner volontairement une âme dont il était devenu responsable. Mais, je le répète, c’est là un cas unique, où le droit des parents dans l’erreur cesse devant un droit supérieur de la vérité.

Pendant ce temps-là, dans les États infidèles, hérétiques ou schismatiques, ce sont des millions d’àmes que l’on arrache par violence à cette même vérité, et, dans les États rationalistes, le pouvoir, sous prétexte d’impartialité, condamne la jeunesse entière au scepticisme, c’est-à-dire à la servitude organisée sur la plus vaste échelle.

Que l’on cesse donc d’élever les catholiques dans les mômes écoles et les mêmes collèges que les protestants, les juifs ou les musulmans d’Algérie. Cette promiscuité est une des hontes du xix® siècle. L’enseignement ne saurait être séparé de la religion Uni à elle, il ne sera jamais trop développé ni trop général. Puisse-t-il être gratuit pour les pauvres, non par des contributions prélevées sur leurs sueurs , mais par le concours volontaire des riches! Puisse-t-il être obligatoire, en s’adressant à des enfants réellement affranchis d’un travail prématuré, et non en disputant, un

t , Prop. 45, 47, 48.

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instant, des êtres étiolés à la fatigue et à la misère! C’était le vœu des conciles au moyen êge; ce sera toujours celui des catholiques. Mais si, sous l’œil de la religion, ce double caractère, gratuit et obligatoire,* arrive è se concilier avec le droit des parents, donné à un enseignement rationaliste et incrédule, ce serait le comble du despotisme. Sous ce rapport, nous sommes heureusement bien loin des tendances de la Révolution. La loi de 1850 a ouvert la voie, et il ne reste que des améliorations faciles è réaliser.

Enfin, pour toute famille et pour tout homme, quel que soit son âge, le repos du dimanche est la base de la vie intellectuelle et morale. Une des première.s sollicitudes d’un législateur sérieux doit être, non pas de conduire, par la force, aux églises, les gens qui n’y sont pas disposés, mais d’empêcher qu’on ôte à personne la liberté suprême de son âme , et qu'en contraignant les hommes de travailler sans cesse, on les réduise à l’abrutissement et à la servitude. Les pays catholiques sont les seuls où la passion et la rage antireligieuses aient été jusqu’à méconnaître l’importance de cette loi primordiale , que l’Angleterre et les autres pays protestants ‘ ont le bon sens de

i . On peut citer à ce sujet, comme type de sagesse, et de dignité bien comprise, la résolution récente i)rise par l’association des compagnons imprimeurs de Berlin.

Considérant :

t» Que le repos corporel et intellectuel constitue, après un travail assidu de six jours, un besoin urgent pour tout travailleur;

2" Qu’une activité, interrompue seulement par le sommeil le

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respecter, comme la base de leur hygiène politique et sociale.

Ainsi, tout d’abord, que l’État, qui doit l’exemple, suspende ses travaux le dimanche, et laisse à ses ouvriers, employés, soldats, fonctionnaires de tous les degrés, le temps d’accomplir leurs devoirs et de respirer au moins quelques heures en famille. Ensuite, quoi de plus facile que de faire entrer cette clause dans les cahiers des charges de toutes les grandes entreprises, canaux, chemins de fer, mines, etc., auxquelles le gouvernement concède des privilèges? Sur la demande des employés du commerce, qui sont tous intéressés à avoir un jour de liberté, pourquoi

plus iudispeusable , affaiblit la force uécessaire au travail , tient le travailleur éloigné de toute tendance morale plus élevée et l'en rend incapable;

3° Que le salaire du travail de six jours doit être suffisant pour faire vivre le travailleur, et que l’expérience prouve que la position du travailleur n’est pas meilleure quand il travaille sept jours;

4° Que l’établissement du travail du dimanche, comme moyen de concurrence, est absolument blâmable;

5" Que le travailleur « libre n ne peut ni ne veut rester audessous des esclaves de l’antiquité ni de ceux du temps actuel ;

L’association des compagnons imprimeurs de Berlin déclare que le travail du dimanche est une mesure préjudiciable à la prospérité matérielle et intellectuelle qui doit être absolument rejetée, au point de vue moral, et invite, eu s’en référant aux efforts faits antérieurement dans ce sens, toutes les sociétés de travailleurs, ainsi que tous les patrons bienveillants, de publier des manifestations analogues et de réagir autant qu’ils le pourront contre la funeste habitude du travail du dimanche dans les ateliers.

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