‹ L'encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789;Chapitre 137 sur 219 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

ne pas leur accorder, comme en Angleterre, la fermeture des magasins? En devenant générale, cette mesure ne nuit plus à personne, et elle donne, alors, aux patrons eux-mêmes, des loisirs que leur ôte la concurrence. Enfin, si les ouvriers en reconnaissent Tutilité incontestable, pourquoi ne pas favoriser l’établissement d’une même règle commune aux travaux extérieurs, aux ateliers nombreux? Pourquoi ne pas fixer à ce jour, naturellement désigné, les réunions, les fêtes, les leçons ou lectures, qui sont la vie publique et intellectuelle du travailleur?

Qu'on le remarque bien, il ne s’agit pas ici de contraindre un peuple, qui ne le voudrait pas, à sanctifier le dimanche. Quand on en aurait le pieux désir, on n’y parviendrait point. De telles lois doivent être réclamées, sanctionnées, soutenues par la conscience publique et par les mœurs , et elles tombent d’ellesmêmes en désuétude quand cette force leur fait défaut. Mais si , comme en France, c’est une minorité d’esprits forts qui s’entendent pour discréditer le repos du dimanche, si c’est une minorité de capitalistes ou de fonctionnaires qui le foulent aux pieds dans les grands travaux publics, c’est un tort grave de leur part, et ce serait folie de les laisser faire. Il faut montrer au peuple que cette prétendue liberté mène droit à la servitude, et n’a pour résultat que de façonner aux exploiteurs des bandes d’esclaves, sans foyer comme sans autels , peu à peu dépouillés du dernier vestige de dignité ou d’indépendance. Il faut

VÉRITÉ SOCIALE

prouver à l’ouvrier que , pour conquérir la liberté sociale, intellectuelle et morale, ailleurs que sur le papier, le premier pas à faire est de vouloir et de respecter le repos du dimanche. C’est là le seul moyen de rendre possibles et faciles, par la libre initiative des hommes, une foule de progrès, qui paraissent aujourd’hui chimériques, et que les violences révolutionnaires ou les combinaisons économiques ne réaliseraient jamais. Enfin , en élevant ainsi le niveau moral , on est certain de diminuer les crimes et les délits, contre lesquels la société est si souvent obligée de sévir. En un mot, c’est accroître la part de la liberté, et restreindre celle de la répression.

Ainsi, liberté du mariage religieux, liberté de l’enseignement religieux, liberté du dimanche, liberté des associations et des corporations religieuses, en un mot liberté de l’Église, qui n’est autre chose que la vérité sociale dans la vérité religieuse, et qui, par les libres vertus et par les libres dévouements, peut seule agrandir sans limites le champ de la liberté sociale ; voilà tout le programme des catholiques. Que l’État favorise franchement l’expansion de leur activité, qu’il la débarrasse des entraves qui la paralysent, qu’il la protège contre les passions perfides qui la combattent, et qu’il se borne à réprimer les abus les plus grossiers de la puissance du capital. 11 exercera ainsi la plus facile et la plus douce des interventions, au lieu de se lancer dans je ne sais quelle imitation,

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